QUE FAIRE AVEC LE FRONT NATIONAL ?

QUE FAIRE AVEC LE FRONT NATIONAL ?La droite classique, sous la conduite de Jacques Chirac, avait jusque-là réagi face au FN par l’ostracisme et l’exclusion. Cela avait failli fonctionner. Certes Jean-Marie Le Pen, avec 16,86 % eut l’insigne honneur de figurer au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2002, quand les électeurs avaient sanctionné si fort « la Gauche » que son candidat, Lionel Jospin, pourtant donné gagnant par tous les sondages et les politologues, dû s’incliner dès le premier tour. La présence de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour ! La réaction de peur irrationnelle et de rejet fut si forte que toutes les forces politiques de gauche, des plus grandes aux plus petites, à l’exception de « lutte ouvrière », nonobstant même les critères de classe, pour celles qui étaient censées en connaitre encore, appelèrent à voter Jacques Chirac. Ce dernier fut élu au deuxième tour avec un score digne d’une République bananière, 82,21 %. Jean-Marie Le Pen avec 17,79 % ne gagna que 790 319 voix sur le premier tour. Cette expérience électorale de 2002 a agit comme un cataclysme sur les consciences. Ces résultats électoraux qui paraissaient devoir sonner le tocsin de la 5ème république, agirent en vérité comme un électrochoc et ressuscitèrent, plus fort que jamais, le système du bipartisme et de l’alternance. C’est ainsi que s’explique pour une large part les surprises multiples des élections présidentielles de 2007, en commençant par un taux de participation record – 83,77 %- en contradiction avec ce qui était la tendance depuis fort longtemps..Parmi les électeurs potentiels de gauche, nombreux furent en 2002 ceux, qui regrettèrent avoir, voté selon leur cœur et leurs convictions et de ne pas avoir, dés le premier tour « voté utile » pour assurer la qualification du candidat « de gauche » que le système leur avait désigné.Parmi les électeurs Lepénistes, nombreux furent ceux qui réalisèrent, que même qualifié pour le deuxième tour, le candidat frontiste, frappé d’ostracisme, n’aurait jamais aucune chance d’accéder à la magistrature suprême.Ces ressentis de part et d’autre expliquent à la foi la forte mobilisation électorale de 2007, et la forte polarisation du vote, dès le premier tour, sur les deux candidats du système, écrasant, marginalisant les « petits partis », et provoquant le revers électoral du « Front national ». Cela explique aussi le succès considérable de Nicolas Sarkozy qui avec 53,06 % des voix au deuxième tour fut le président le mieux élu de toute l’histoire de la cinquième république, mieux même que le Général de Gaulle. En effet, l’effondrement du FN au premier tour qui signifiait que le candidat de l’UMP avait déjà gagné un volant considérable de cet électorat lui assurait pour le second tour le report le plus large des électeurs ayant une sensibilité d’extrême droite. Depuis les années 84 environ, le corps électoral français se répartit dans les proportions suivantes : 56 % à droite, 44 % à gauche. On voit donc qu’avec plus de 53 % des suffrages sur son nom, Nicolas Sarkozy faisait quasiment le plein du potentiel électoral de son camp. Au demeurant, ce dernier pouvait prétendre, et il ne s’en priva pas, avoir tué le FN ainsi rendu à 10,44 %,.Or, nous voilà en 2012, et le FN ressurgit, plus fort encore. La première remarque que nous serons amenés à faire, sur le ton de l’humour, c’est que les médecins qui firent en 2007 le constat de décès étaient de sacrés ignares. Grisés par la victoire qui leur montait à la tête ils ne virent même pas que le prétendu cadavre bougeait encore. La deuxième remarque que nous ferons, c’est que, foin de l’avoir tué, Sarkozy a été le meilleur médecin du FN. Du parti sonné, cassé, hors jeu, de 2007, il a contribué à faire en 5 ans un parti puissant, conquérant, dans une forme olympique et en situation de jouer un rôle clé dans une future recomposition de la droite française. Que s’est-il passé ? En tout premier lieu, il ne fallait pas mettre la France dans les mains de ce gnome narcissique et idiot. Une politique adaptée aurait sans nul doute confirmé le diagnostic de 2007 et bouté le FN dans la marginalité. Mais parce qu’elle lui avait servi la soupe, Sarkozy s’illusionnait à propos de l’Histoire. Il ne savait pas que c’est elle qui fait les hommes dont elle a besoin, et cru vraiment que c’était lui qui faisait l’histoire. La tête enflée par son succès, sa vision du monde brouillée par son reflet narcissique, ses capacités d’analyses parasitées par son égo, cet homme a gâché, réduits à néant les résultats tangibles de la politique de Jacques Chirac à l’égard du Front national. Au bout du compte, il cède à la postérité une France malade avec des tensions exacerbées, un possible retour en arrière sur le bipartisme avec à la clé les risques d’une crise institutionnelle.Lors du premier tour des élections présidentielles de 2012, le « Front national », sur le nom de Marine Le Pen, a comptabilisé 17, 9 % de l’électorat, soit 6 millions et 421 mille voix. Cela certes parait effarent à une majorité de Français, habitués depuis ses origines voilà plus de trente ans déjà, à considérer le Front national comme un parti fasciste donc anti républicain et anti démocratique.Une droite politique à 56 %, une « gauche » politique à 44 %, un tiers de l’électorat ouvrier ou salariés votant FN, qui pourraient-être potentiellement (socialement) des électeurs de gauche. Alors, que fait-on du FN, que fait-on de l’électorat populaire du Front national ? On le courtise en allant sur son terrain, en flattant ses préjugés ? C’est ce qu’a prétendu faire Sarkozy à la tête de la « Droite UMP » qui va y perdre son âme. On les ostracise encore, on les insulte : « branquignoles ! Poivrots ! » c’est un peu court et en total décalage avec les réalités.Nous recommanderons humblement à Jean-Luc Mélenchon et à nos amis du « Front de gauche », pour le cas où ils ne l’auraient pas faite, la lecture d’un gentil petit livre, sortit il y a quelques années déjà, sous la signature du sociologue Didier Eribon, et qui a pour titre « Retour à Reims ». Homosexuel, arraché à son milieu social culturel d’origine par sa réussite universitaire, Didier pensait avoir rompu les amarres à cause de « la honte » que lui procurait son homosexualité mal vécue. Mais il réalise, bien des années après que la « honte sociale » de ses origines niées avait joué un rôle probablement plus grand encore dans cet éloignement. Après la mort de son père il revient à Reims, dans sa famille et constate avec douleur le délitement politique de la société dont il était issu. Autrefois fière dans ses convictions prolétariennes et communistes, dans la revendication de son identité de classe, celle-ci, ses proches, son frère, votent à présent pour le front national. Que dire, que faire, l’injure est un renoncement, et point de salut sans la reconquête de ses couches de travailleurs et salariés qui ont perdu leurs repères de classe. Didier Eribon pointe, et il a raison, les responsabilités de « la gauche » dans cette dérive politique.Point ne suffit en effet « d’engueuler » Marine ou Jean-Marie, ni même Sarkozy leur cher « ennemi » et plus précieux allié. Il faut oser se remettre en cause soi-même. Ils ont une part de responsabilité dans la dérive droitière de l’électorat en général et l’électorat ouvrier et populaire en particulier, ceux qui de longues années durant ont cautionné et politiquement justifié, de manière active, la politique de la « Gauche ». Car c’est bien elle qui a détruit les repères de classes, l’espérance socialiste en une société meilleure. C’est bien elle qui a culpabilisé la conscience ouvrière, qui a substitué aux solidarités de classe les prétendues « nouvelles solidarités », l’équité à la l’égalité, les « gagneurs » aux besogneux, les valeurs boursières à la valeur travail, qui a déconsidéré les idées de collectivité et de partage pour sublimer celles de l’accaparement personnel.Alors certes, à la décharge de Jean-Luc Mélenchon et de nos amis du « Front de gauche », il faut bien dire qu’ils ne se sont tout de même pas limités aux insultes en direction des cadres ni à la condescendance, humiliante à l’endroit des électeurs du Front national, pour « ces pauvres types qui se trompent de colère ». Ils ont œuvré, aussi et surtout, à rendre voix à une « gauche radicale », à restaurer un certain discours de classe et la fierté d’appartenir à cet immense peuple qui actionne la forge de l’économie mondiale, qui est à l’origine de la richesse, la vraie.C’est dans cette voie qu’il faut persévérer. Ce n’est pas celle des ostracismes, c’est celle de la reconquête.

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