LETTRE OUVERTE A JEAN-LUC MELENCHONNous apprenons par la presse et les médias audiovisuels votre intention d’aller, peut-être, pour les prochaines élections législatives, disputer Marine Le Pen sur « ses terres ».Partageant l’essentiel de votre thématique, nous considérons cette éventualité comme une idée calamiteuse et contre-productive et serions peinés que vous lui donniez suite. Puissent nos arguments vous en dissuader.Nous avons, de longtemps, écrit sur notre site Web – Lavoiedessansvoix.fr – plusieurs articles qui en disent les raisons. Ce qui suit en est un condensé.Analysant les résultats du premier tour des présidentielles, nous notions ceci :« Un seul, par delà le score du Front national, un seul autre grand évènement modifie la donne, c’est le score du Front de Gauche, et surtout, la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Certes, le résultat électoral est en dessous des prévisions « sondagières », nous l’avions anticipé. Certes le pari de devancer le FN est bien loin d’avoir été tenu. C’était une erreur tactique de le faire. Du coup ça ternit l’interprétation d’un résultat somme toute encourageant. Le front de Gauche, que nous définirons ici, pour des raisons d’aisance, comme « la gauche combative », a réalisé le meilleur résultat électoral de la mouvance communiste depuis 30 ans. Les thèmes développés durant la campagne ont sans nul doute contribué à réarmer les esprits de la volonté de combattre. Et c’est cela l’essentiel.Une droite politique à 56 %, une « gauche » politique à 44 %, 1 tiers de l’électorat ouvrier qui vote pour le FN, qui est socialement, qui devrait être potentiellement électeur de gauche. Alors, que fait-on du FN, que fait-on de l’électorat populaire du Front national ? On le courtise en allant sur son terrain, en flattant ses préjugés ? C’est ce qu’a prétendu faire Sarkozy à la tête de l’UMP qui va y perdre son âme. On les ostracise encore, on les insulte : « branquignoles ! Poivrots ! ». C’est un peu court et en total décalage avec les réalités.Point ne suffit en effet « d’engueuler » Marine ou Jean-Marie, ni même Sarkozy leur cher « ennemi » et plus précieux allié. Il faut oser se remettre en cause soi-même. Ils ont une part de responsabilité dans la dérive droitière de l’électorat en général et l’électorat ouvrier et populaire en particulier, ceux qui ont, de longues années durant cautionné et politiquement justifiée, de manière active, la politique de la « Gauche ». Car c’est bien elle qui a détruit les repères de classes, l’espérance socialiste en une société meilleure. C’est bien elle qui a culpabilisé la conscience ouvrière, qui a substitué aux solidarités de classe les prétendues « nouvelles solidarités », l’équité à l’égalité, les « gagneurs » aux besogneux, les valeurs boursières à la valeur travail, qui a déconsidéré les idées de collectivité et de partage pour sublimer celles de l’accaparement personnel.Alors certes, à la décharge de Jean-Luc Mélenchon et de nos amis du « Front de gauche », il faut bien dire qu’ils ne se sont tout de même pas limités aux insultes en direction des cadres ni à la condescendance, humiliante à l’endroit des électeurs du Front national, pour « ces pauvres types qui se trompent de colère ». Ils ont œuvré, aussi et surtout, à rendre voix à une « gauche radicale », à restaurer un certain discours de classe et la fierté d’appartenir à cet immense peuple qui actionne la forge de l’économie mondiale, qui est à l’origine de la richesse, la vraie.C’est dans cette voie qu’il faut persévérer. Ce n’est pas celle des ostracismes, c’est celle de la reconquête.De nouveaux griefs cumulés, de nouvelles déceptions à l’endroit « de la Gauche » précipiteraient cette fois le FN au centre du jeu politique. Que « la gauche molle » déçoive, cela est couru d’avance et inévitable, car inscrit dans ses gênes. Ce n’est pas là que se situe le véritable danger. Le danger serait que « toute la gauche » soit rendue responsable, sans que ne se dessine aucune alternative, sans que ne s’offre aucune planche de salut. Là se situe dès lors la responsabilité historique du Front de gauche. Et sa faillite dans cette affaire le rendrait partiellement responsable des succès ultérieurs du FN, quels que soient la dureté de ses insultes et le niveau sonore de ses imprécations contre ce parti. »Dans la période qui s’est ouverte le 6 mai, le Front national a tout lieu d’occuper une place politique prépondérante à droite. Le piège pour le Front de Gauche, serait alors de s’enfermer dans le statut de « front antilepen » (une résurgence de « ras le front ») et d’oublier d’être l’opposition populaire radicale à la politique de la finance internationale dont hollande après Sarkozy, sera le nouveau maitre d’œuvre ou à défaut l’otage.Un duel de terrain, Mélenchon/Le Pen, focaliserait les attentions sur cet aspect réducteur des choses, et engagerait, qu’elles que soient par ailleurs, les intentions des protagonistes, votre mouvement dans une impasse historique. Ce serait une aubaine, que cette posture de Mélenchon et du « Front de gauche » pour la gauche d’alternance, le plus sûr moyen de neutraliser une opposition gênante. Ne serait-ce pas le plus sûr moyen aussi de brouiller votre message politique que cette bataille des extrêmes, qui « se rejoignent » comme chacun sait, ici dans la confrontation et dans le pugilat, et que des gens « responsables » observent de loin avec condescendance, comme on assiste à un combat de coqs.
