L’ESTOCADECertes, il se sera battu comme un taureau dans l’arène. L’animal sait que la mort – politique – est au bout du spectacle. C’est d’ailleurs lui qui en a décidé ainsi. Son égo est trop grand. N’a-t-il pas dit qu’il quitterait la vie politique s’il n’était pas réélu ?Il ne peut à la fois gagner en suffisance les voix du FN dont il a besoin et celles du centre. Alors, Sarkozy joue son va-tout, en direction des électeurs de Marine Le Pen. Il prétend, « méthode Copé », qu’il va faire mentir les sondages. C’est ça qu’il a en vu, en siphonnant, peut-être une nouvelle fois les voix du FN. Il subodore qu’il a peu de chance de réussir, mais c’est la seule, sa dernière. Alors, il y jette toutes ses forces, « barre à droite toute » et advienne que pourra.Il aura t-eu dans ce combat, l’occasion de faire ainsi la preuve de toute sa dangerosité politique, de démontrer toute la perversité de sa personne. Foulant aux pieds les valeurs républicaines, ne parait-il pas vouloir précipiter l’UMP dans une dérive d’extrême droite . Anticiperait-il l’éclatement de cette formation et souhaiterait-il approfondir, avant de s’effacer, les conditions de la recomposition d’une droite radicale incluant le FN ?Il est ignare, son égo l’aveugle. Il n’a retenu de sa victoire de 2007 que sa part de vérité. Il croit qu’elle tient tout entière aux qualités de sa personne et à sa finesse tactique. C’est pourquoi il a cru pouvoir renouveler l’exploit. Il n’a pas compris la part du système de l’alternance et du bipartisme dans la genèse de l’élection du président de la République au suffrage universel, il n’a pas compris la part des circonstances historiques particulières qui avaient favorisé sa victoire de 2007, le syndrome de 2002 qui avait puissamment agi en faveur de la bipolarisation politique.Après moi le déluge. Ignare certes, mais il ne peut tout de même pas ignorer que sa défaite, si elle survient, scellera le sort de l’UMP, c’est-à-dire, plus de vingt ans d’efforts de la droite républicaine pour construire un parti unique d’alternance. Pire même, qu’avec le FN au centre du jeu, elle a tout lieu de précipiter une crise majeure de la cinquième République ! Il n’était pas le « bon cheval » de la droite républicaine pour aborder l’échéance présidentielle de 2012, nous avions dit cela il y a plusieurs mois. Mais son ego a prévalu sur les intérêts de son propre camp. La défaite venue il sera le défouloir de leurs rancoeurs, le responsable de tout. Mais en vérité, les Bernadette, les Juppé, les Rafarin, les de Villepin même, qui n’ont pas osé dissuader sa candidature, ou qui n’ont pas eu l’audace de proposer un candidat alternatif, ou la capacité de s’imposer ne peuvent se défiler complètement. Ils portent dans la cuisante défaite qui s’annonce, une part presque aussi grande de responsabilitéLa garde rapprochée obéissante, le concert médiatique au diapason, « les sondagiers », tentent de garder le calme, de minimiser l’impact des nouvelles et évènements défavorables, de resserrer sans cesse les boulons. Le malaise est pourtant sensible et apparait au grand jour à qui veut y voir. Ça sent le soufre et la débandade. Pour « la troupe », ce beau monde parle de victoire, mais joue en vérité la défaite. Juppé avait pris ses distances à propos de la loi sur le génocide arménien, il réitère ces jours ci en se démarquant de Gérard Longuet, une voix off de Sarkozy. Chacun y va de sa « banderilla ». Rafarin : « Je n’émets pas de critique maintenant pour ne pas affaiblir la majorité » Fillon : « je n’aime pas que l’on critique les syndicats » Vauqiez : « On ne peut pas être monosujet. L’immigration ne peut pas prendre le pas sur les autres thèmes de la campagne. »Le premier mai, jour de fête, était cette année placé sous le signe de la corrida et des « picadores » : Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT appelle à battre Sarkozy et à voter Hollande. Marine Le Pen annonce qu’elle votera blanc et fait comprendre clairement qu’elle joue la défaite de Nicolas Sarkozy. Le 3 mai, au lendemain du face à face, elle en rajoute une couche en accordant un satisfécit, sur la forme, à Hollande et en « dégradant » la prestation de celui qui se croyait le plus fort à ce jeu.Jeudi 3 mai enfin, comme il avait promis, le troisième « picadores », François Bayrou, fait publiquement part de la décision collégiale de la direction du Modem. Et il ne fait pas cette fois dans la demi-mesure, pas de position mi-figue mi-raisin, il tranche dans le vif, il votera Hollande. Le coup dans le flanc est terrible. C’est, sa mort politique dit, l’un, « les électeurs du centre ne le suivront pas », « c’est la position d’un homme seul » dit l’autre. Encore une fois, « méthode Copé », ils se rassurent comme ils peuvent. Mais ce n’est pas comme ça que ça marche. Les électeurs ne suivront pas plus ou pas moins François Bayrou que ceux de Marine Le Pen ne suivront leur championne. Mais il ne fait aucun doute que les prises de position de l’un et l’autre ne vont pas améliorer le report des voix de leurs électeurs sur Nicolas Sarkozy. Même si c’est à la marge, l’effet pour ce dernier de leurs positionnements sera négatif, et comme cela était déjà insuffisant avant, il est aisé de comprendre ce qui adviendra.Quand à la mise à mort politique, c’est pour ce dimanche, l’épée du suffrage universel est dissimulée dans la « muleta ». Tient, une sorte de drapeau rouge ne dirai-t-on pas ?.
