DU BAROUF AU BAHREÏN Eh bien oui, l’indépendance de la presse, dont se targuent tant de journalistes vendus, est ainsi faite que pour avoir des nouvelles de la situation au Bahreïn il fallait ces derniers jours lire « l’équipe » préférentiellement à la presse politique. En effet, l’Émirat de Bahreïn reçoit ce dimanche le grand prix de F 1 qui avait été annulé l’an passé, pour cause de « printemps arabe » comme ils disent. Vous souvenez-vous du film ? Le petit émirat, 1 200 000 habitants, une « monarchie archaïque » sous le férule de la famille Al Khalifa, avait été touché lui aussi par l’agitation populaire, dès les premières semaines, dans la foulée des évènements tunisiens, en février mars 2011. Mais l’affaire fut promptement réglée. Le grand voisin, l’Arabie saoudite, autre monarchie archaïque, paradoxalement jamais inquiétée par la contestation populaire, le royaume wahhabite, allié des Américains, avait envoyé troupes et chars, au nom du « Conseil de coopération du golfe » régler les velléités « révolutionnaires » du peuple bahreïni. Répression brutale, arrestations et tortures, puis le silence dans les médias, plus rien. S’en était fini « la révolution démocratique arabe » de Bahreïn. Et, autre paradoxe, aucune protestation internationale pas même contre l’ingérence militaire wahhabite dans les affaires d’un état voisin. En fait, le silence médiatique n’est en aucun cas la preuve qu’il ne se passait plus rien. En vérité l’agitation n’a jamais cessé, la répression non plus. Il aura donc fallu attendre le grand prix de « Formule 1 », pour que le voile soit partiellement levé sur cette réalité. Car si « l’équipe » c’est fait depuis plusieurs semaines l’écho des évènements politiques au Bahreïn, ce n’est qu’aujourd’hui samedi 21 avril, que nos médias audiovisuels français ont enfin relayée cette information. Peut-être aussi parce que, clôture de campagne électorale aidant il leur fallait quelque chose à se mettre sous la dent. L’agitation populaire anti-régime n’a donc pas cessé au Bahreïn . Pourtant personne depuis un an n’a entendu la moindre récrimination internationale contre le régime « tortionnaire », nulle résolution de l’ONU, nulle menace d’intervention internationale (occidentale), nulle déclaration d’Hilarante Clinton exigeant le départ du pouvoir de l’Émir Hamad Ben Issa Al Khalifa. Pourquoi ? Mais pourquoi donc une telle différence de traitement entre Bahreïn et la Syrie par exemple ? Vous n’avez pas été sans remarquer que les « révolutions démocratiques arabes » pilotées et manipulées par les USA avec l’aide de l’Arabie saoudite et « de l’état juif »*, sont toutes, paradoxalement, des révolutions fomentées contre les régimes laïques de la région, qui avaient renversé dans un passé pas si lointain quelques « monarchies fantoches » au service de l’impérialisme anglo-américain. Vous n’avez pas été sans remarquer également que les successeurs des régimes laïques à la tête des dits états étaient toujours issus ou portés par la « mouvance islamiste modérée sunnite ». Et vous conviendrez aisément, nous en sommes persuadés qu’il y a dans cette affaire anguille sous roche. Cela ressemble à une mise en ordre du monde arabe sunnite, sous la conduite de l’Arabie Saoudite, afin de mener, sous couvert de conflit religieux, sunnites contre chiites, et par délégation, la guerre contre l’Iran que l’Amérique et Israël veulent faire afin de venir à bout de la révolution islamiste et de rétablir le « leadership » des compagnies pétrolières anglo-saxonnes sur le pétrole iranien. Or, dans cette perspective il y a un verrou qu’il convient de faire préalablement sauter. C’est la Syrie alliée de l’Iran, le régime laïque baasiste de Bachar Al Assad, l’alaouite, assis entre islams sunnite et chiite, qui constitue un pont de fraternité entre les deux branches essentielles de l’islam, entre l’ancienne Perse et le monde arabo musulman. Dans le scénario arrangé « des révolutions arabes démocratiques sunnites », la mobilisation révolutionnaire du peuple bahreïni ressemble à une erreur de casting. Tout d’abord parce qu’elle revendique la fin d’une monarchie amie, pour ne pas dire « créature » des Anglo-américains, ce qui serait une première, et ensuite et surtout, parce que la population de l’émirat est très majoritairement Chiite, amie de l’Iran. Au Bahreïn, pas d’islamistes modérés sunnites sur lesquels fonder une nouvelle alliance. Faire raison à la « révolution bahreïnie chiite » ce serait faire raison à ceux que l’on se prépare à désigner comme l’ennemi à abattre. P.S. * C’est une exigence de l’État hébreu, relayé par Barak Obama, voir ses deux discours devant l’assemblée générale de l’ONU, que les Palestiniens reconnaissent Israël comme « État juif ».
