ÉVA JOLY, LE PARTI DE LA NUISANCEÀ défaut d’une campagne électorale en positif, à défaut de rallier les raisons, les sympathies ou les suffrages, Éva Joly a décidé de jouer les « méchantes » de faire usage, à l’endroit de ses adversaires ou concurrents, de son pouvoir de nuisance. Elle balance « les affaires » à la tête à Sarko, des piques empoisonnées : « gauche molle » et « gauche folle » aux têtes de Hollande et Mélenchon. Elle aurait pu faire « la tournée des centrales nucléaires » des « décharges à ciel ouvert » ou plus positif « des parcs éoliens », elle préfère « le Sarko tour ».Souvenez vous,, il y a pas si longtemps, les élections européennes, le score mirobolant des verts. Des aveugles y virent que les verts étaient en passe de devenir la force politique alternative, incontournable, celle dont le PS ne pourrait plus se passer pour composer une majorité présidentielle.Pschitt, c’est fini, le créneau historique des verts se referme. C’est la faute, diront, Cohn-Bendit, les aveugles en politique et les naufragés du radeau de la Méduse s’accrochant à leur Chimère, c’est la faute à « la méchante aux vilaines lunettes vertes ».Eh bien non, même pas disons nous. C’est la faute à Clio, la muse de l’Histoire, c’est la faute à la crise qui remet les vrais clivages à l’ordre du jour, c’est la faute à la « lutte des classes » qui se réinvite dans le débat politique.FRANCOIS BAYROU, LE PARTI DE LA VÉRITÉNous avons écrit, de longue date, que dans cette élection, Sarkozy n’était pas le bon cheval pour la droite. Sa candidature promettait d’emmener celle-ci dans le mur. Il fallait qu’un autre, Juppé ou de Villepin, pouvait tenir le rôle, s’impose et le pousse vers la sortie. Mais le système a été bouclé. L’argument du président sortant candidat naturel incontestable, relayé par la garde rapprochée, l’UMP et Bernadette, c’est imposé à tous. Juppé a poliment d’abord signalé sa disponibilité, mais n’a pas osé concrétiser sa candidature. Quant à De Villepin, victime sans doute du bouclage partisan, mais aussi de sa propre incapacité à provoquer le déclic, il n’est même pas parvenu à concrétiser sa candidature.À défaut d’un autre candidat pouvant supplanter Sarkozy et rallier la majorité de l’UMP, la chance de Bayrou, homme de droite, de jouer, par défaut, le rôle de recours de la droite républicaine était bien réelle. Celui-ci toutefois partait dans cette perspective avec un handicap certain. Et son handicap était précisément ce qui faisait sa spécificité, son positionnement centriste, anti système, c’est-à-dire antibipartisme. Le ralliement à Bayrou eut été pour la droite UMP, une sorte de capitulation précisément, sur ce thème central du bipartisme qui est une des conditions essentielles du fonctionnement de « l’alternance politique ». C’est pourquoi elle n’a pas eu lieu. La droite UMP préférant en ce cas favoriser la candidature « adverse » qui a la vertu de rester dans le cadre institutionnel imparti. En votant Hollande, on provoque certes la défaite de Sarkozy, et l’on prépare un revers cuisant pour l’UMP, mais on reste dans le cadre du système et l’on ne fait rien qui le délégitime.Mais par delà le handicap de son positionnement initial, François Bayrou pouvait, s’il en avait compris le sens, saisir l’opportunité historique.en allant chercher les ralliements nécessaires en échange de concessions indispensables. Mais il s’est comporté en « psychorigide », donnant à douter de ses qualités mêmes d’homme d’État. L’histoire lui a passé le plat, elle ne le lui représentera plus. Malgré quelques velléités d’exister encore sur l’acquis du score honorable que lui promet ce premier tour, son sort est en vérité scellé, l’histoire lui montre à lui aussi la porte de sortie.Alors, en bon psychorigide qu’il est, François Bayrou s’accroche à sa vérité primaire. Il répète à satiété : « J’ai pris le parti de toujours dire la vérité aux Français ». Nous ne lui ferons pas l’offense de contester sa bonne foi en la matière ni la réalité de cet engagement. Mais Monsieur Bayrou veut tant ignorer que la société est faite de classes sociales antagoniques et d’intérêts contradictoires qu’il en oublie que « la vérité » est multiple et non unique. François Bayrou a donc pris le parti de ne dire que la vérité aux Français, oui, mais laquelle ?NICOLAS SARKOZY, LE PARTI DE LA GLISSADEÀ quatre jours du premier tour Sarkozy « décroche » dans les sondages. Et le premier qui le dit vertement, 24 % contre 29, c’est l’institut CSA, propriété de son ami Bolloré, qui nous avait tant habitués à lui servir la soupe avec des sondages flatteurs où il remontait toujours et prenait la tête. Ne faut-il y voir un signe fort de lâchage des milieux autorisés et des pouvoirs réels ?Cela avait commencé au parlement européen où fut posée la question, qui est en France le candidat de l’extrême droite, Marine Le Pen ou Nicolas Sarkozy ? Puis, c’était poursuivi par des mises en doute dans la presse économique anglo-saxonne. La tendance semblait se confirmer dans l’attitude dès lors réservée d’Andréa Merkel qui l’avait pourtant assuré de son soutien sans faille et que l’on attendait à Villepinte ou ailleurs. Ne fallait-il pas voir des signaux également dans le retour aux attaques des places boursières contre la zone euro, disqualifiant son action prétendue pour la sauvegarde de celle-ci, et bien d’autres petits signes jusqu’au lâchage ouvert de nombreux anciens ministres et du « clan » des chiraquiens, à trois jours du scrutin.Sarkozy s’accroche, veut y croire encore, à la victoire ? Non pas, mais à la limitation de la casse, et sur quoi se fonde-t-il pour cela. Sur le réflexe « vote utile » de l’électorat qui l’avait tant favorisé en 2007. Et, mais oui, nous ne sommes plus en 2007, tous ses arguments, toutes ses manœuvres, toutes ses manigances ont fait long feu jusque-là. Pourquoi voudriez-vous que cela fasse l’effet escompté à quelques heures du verdict des urnes, quand le voilà perdant dans toutes les têtes . Le « vote utile » çà marche bien sûr pour un candidat réputé dans la course. Mais il y a peu de chance que cela fonctionne pour un candidat désigné fichu.À n’en pas douter, de nombreux électeurs, dont le cœur est ailleurs, et qui auraient voté Sarkozy dans l’idée de « voter utile », vont à présent se sentir libres d’émettre le suffrage de leurs convictions. Sous cette approche, le résultat du premier tour des présidentielles est ouvert et devrait nous réserver quelques surprises de taille.LE CAPITAINE DU TITANICIl y a « un bail » déjà, Jean-Luc Mélenchon, qui a le sens de la formule, a décoché dans la direction de François Hollande, cette petite flèche assassine : « un capitaine de pédalo ». L’officier de quart à la manœuvre depuis cinq ans, aurait pu n’étant manifestement pas visé, s’en trouver conforté, il aurait pu, par défaut, se croire reconnu. Lui au moins n’était-il pas déjà « un capitaine », un vrai, d’un grand navire, « la France » (ne m’appelez plus jamais France), qui même oserait-il remettre en question « ses compétences acquises ». Mais que l’on ne s’y méprenne pas. Sarkozy à n’en pas douter est le capitaine que la France s’est donné en 2007, oui, mais quel capitaine ? À voir la situation de navigation hasardeuse dans laquelle il a mis le navire dont il avait la charge, c’est certainement le capitaine du Titanic. À moins, à moins que ce ne soit, référence plus récente, celui du « Costa Concordia ».MELENCHON LE PARTI DE JANUSOui, excusez-moi du peu, mais à Mélenchon il y a deux faces. Celle du tribun populaire qui embrase les foules et met du baume aux cœurs meurtris d’une gauche bafouée par 30 ans d’histoire, celle de l’homme politique et du parti qui restent fondamentalement prisonniers de la « stratégie d’union de la gauche » ou « gauche plurielle » ou…. Quel que soit le nom qu’on lui donne. La trajectoire historique de celles-ci est nécessairement de décevoir les espérances qu’elles ont fait naitre.Est-ce à dire que Mélenchon est un traitre, un politicien véreux comme les autres ? Pas le moins du monde ! Loin de nous ces idées là. Jean-Luc Mélenchon est un politicien talentueux dont le zèle et le discours ont eu pour effet de rallumer la flamme de l’espoir et l’esprit de la lutte, dans des secteurs de la population depuis de longues années écoeurés et résignés. Nous lui en savons gré. À ce point de vue il ne fait pas de doute que les suffrages qui se porteront sur lui auront un effet positif pour l’avenir, d’autant plus positif qu’ils seront nombreux. Mais ils peuvent aussi, par le biais de la participation gouvernementale et de la stratégie de « l’union », jouer, contre la mobilisation populaire, le même rôle de verrou que l’on a vu en 1981 et 1997, conduisant à une nouvelle impasse et à un écoeurement plus grand encore. Et cela ne tient pas aux qualités morales de l’homme Mélenchon, mais au piège que constitue la stratégie de l’union majoritaire engendrée par la nature de l’élection du président de la République au suffrage universel.Les colères, le rejet de la société telle qu’elle est, qui s’expriment dans le vote Mélenchon, peuvent aussi être des levains de la révolte qui feront exploser les cadres institutionnels impartis. À défaut de mieux c’est le pari que nous devons prendre.Mais, dernières remarques : le « vote utile » qui peut ne pas jouer cette fois en faveur de Sarkozy, jouera tout de même au bénéfice de Hollande. Il faut donc s’attendre à ce que le sore du candidat du « front de gauche » ne soit pas aussi élevé que le présagent les sondages. 12 % serait déjà, nous semble-t-il, un très bon score. Autre conséquence induite, le pari de Mélenchon, fait pour galvaniser son électorat, mais dont il aurait mieux fait de s’abstenir s’il ne voulait pas être démenti, d’être devant Marine Le Pen, ne sera pas tenu.LA VIème RÉPUBLIQUE ?« La voie des sans voix » s’est gardé pour l’essentiel de prendre parti dans cette campagne électorale. Elle s’en est tenue à des prises de position « en négatif » sur l’action du président sortant et de l’UMP, le parti de sa majorité, ainsi que sur les programmes, les propositions des candidats et les primaires du PS. Ce positionnement, contre l’alternance et le bipartisme, contre, donc « les candidats du système » est tout à fait compréhensible dans la mesure où c’est un peu notre « crédo » de dénoncer les institutions de la cinquième république (voir nos plaquettes, publiées sur ce site, « social-bonapartisme…. Et « La social-démocratie est morte ») qui par delà le nom, ne sont pas d’une République démocratique, mais celles d’une « monarchie élective ».Notre problème à nous, est comment l’on en finit avec cette superstructure qui codifie la dictature politique du capital financier, et comment l’on construit une république sociale fondée sur le travail et la solidarité ?Alors direz-vous, vous devez être ravi du succès de Jean-Luc Mélenchon et de la promotion que celui-ci donne au thème d’une VIème république nécessaire.Nous ferons à cette interpellation une réponse de normand : « peut-être ben que oui, peut-être ben que non »Nous sommes satisfaits, bien sûr, et même enthousiasmés par le succès de la campagne électorale du candidat du « Front de Gauche ». Nous sommes enthousiasmés par la radicalité de certains discours sur certains thèmes au moins, par le tonus que cela redonne à une certaine « gauche radicale », par la préparation au combat dans la perspective duquel cela prépare les esprits, contre le diktat de la finance. Oui, il faut changer de république !Mais pourquoi la VI ème république ? Et qu’est-ce que cette numération apporte à la définition de la république que l’on veut et dont on a besoin ? La première, la deuxième, la troisième, la quatrième et la cinquième, toutes des républiques bourgeoise fondées sur la propriété privée des moyens de production et l’accaparement social par quelques-uns. La VIème, est-ce à dire « l’ouverture dans la continuité ? Une énième république bourgeoise établie sur les mêmes fondements ? Une nouvelle république dont on ravalerait le vernis démocratique afin de mieux prolonger l’existence d’un système économique et social inique ? La VIme , parce que l’on considère que la cinquième est malade et qu’il faut lui trouver une remplaçante pour maintenir telle quelle la cohésion du système social existant ?Nous voulons une nouvelle république, et peu-être l’appellerons nous alors la VI ème, qu’importe. Mais ce n’est pas ce qui la définit ni qui justifie que l’on s’engage pour elle.La VI ème république pourrait même s’avérer être un dérivatif, à l’exigence d’une république sociale.MARINE LE PEN….LE PARTI DE VOIR LA VÉRITÉ EN FACELa meilleure façon de lutter contre un ennemi ou un courant politique n’est pas de se voiler la face. Il convient au contraire de voir la réalité bien en face et de ne surtout jamais sous-estimer l’adversaire.Qu’on le veuille ou non, Marine Le Pen représente un courant politique d’importance dans notre pays D’où vient son importance ? Du sentiment de trahisons successives de la droite et de la gauche résultante du bipartisme dominant et de l’alternance politique, qui s’est insinué dans de larges couches de la population laissées pour compte. Ça n’est à l’évidence pas cette année 2012, à l’occasion d’un scrutin où est donné gagnant le candidat de « la gauche molle », dont chacun est conscient qu’il ne changera rien d’important, qui risque de modifier cet état d’esprit dont le FN a fait son fond de commerce. C’est dire qu’il n’y a pas dans la perspective de la victoire annoncée de François Hollande, la moindre raison d’espérer faire reculer l’audience du FN.Sarkozy, plus lepeniste que Le Pen même, avait peu de chance de réussir une deuxième fois le subterfuge de 2007. Certes il aurait pu, s’il fut devenu un candidat crédible, rogner largement sur l’électorat FN, mais en aucun cas siphonner celui-ci. Mais foin d’être un gagnant potentiel, Sarkozy est officiellement devenu depuis quatre jours, un perdant assuré. Nombreux seront à n’en pas douter, les électeurs potentiels du « Front national», qui cédant à la pression du vote utile auraient voté Sarkozy, et qui ne le feront plus. Or, si l’on ajoute ce phénomène au fait que les sondages minimisent exprès le vote « Frontiste», il faut s’attendre à un score élevé de Marine Le Pen, aux alentours de 20 % voire peut-être davantage. Avec l’effondrement possible du vote, Sarkozy, l’hypothèse d’un deuxième tour Hollande/Le Pen, n’est peut-être pas à exclure.ET NOTRE CONCLUSIONPour lutter efficacement contre l’audience du Front National, il faut surtout « une gauche » dure et offensive, qui ne trahisse pas une nouvelle fois les espérances populaires. C’est à quoi le Front de Gauche et Jean-Luc Mélenchon pourraient peut-être servir dans les mois avenir, bien mieux qu’avec des insultes et des imprécations.
