MAIS TAISEZ-VOUS DONC MONSIEUR HOLLANDE « François Hollande en déplacement au Nigeria, a insisté sur le rôle des forces de l’ordre en place sur le territoire national. « 10 000 soldats sont disposés sur le territoire pour protéger (…) la population et (…) ne doivent pas être détournées de leurs mission », a rappelé » le chef de l’État alors que des incidents ont éclaté vendredi soir à Rennes en marge d’un rassemblement. « Aucune violence ne sera acceptée », a prévenu le président alors qu’une manifestation interdite se tient dans les rues de la capitale bretonne ce samedi. » (BFM-Télé)* Vous vous êtes récemment fendu d’un rendez-vous télévisé avec les français, que ceux-ci ont boudé et dans la foulée duquel votre côte de popularité a chuté à 13 points à peine. Vous avez ces temps-ci battu la campagne en répétant comme un mainate idiot que la France allait mieux, que vous l’aviez bien redressée, et autres balivernes du même acabit qui sonnent comme autant d’insultes aux oreilles des Français de plus en plus nombreux qui souffrent et choient dans l’indigence. Et voilà à présent que vous vous appesantissez sur les violences qui ont eu lieu en marges des manifestations contre la « loi travail ». Mais taisez-vous donc monsieur Hollande. Votre parole est complétement décrédibilisée. Vous ne paraitrez jamais aussi intelligent que lorsque vous observez le silence. Dommage que de pars votre fonction vous vous croyez tenu de donner votre avis dont on se passerait aisément vu qu’il n’est fait que de fadaises et de platitudes. Car dites-moi monsieur Hollande, la violence, c’est qui, c’est quoi, ça vient d’où la violence ? La violence, n’est-ce pas d’abord la violence sociale dont l’État, outil de coercition fait pour maintenir en servitude les classes productives de la société, est l’expression la plus achevée ? « Aucune violence ne doit-être tolérée. » Mais la violence, comme chef de « l’État » coercitif, n’en êtes-vous pas vous-même l’incarnation le temps au moins d’un quinquennat ? Incarnation même assumé dirai-je. Vous n’avez eu de cesse d’y avoir recours dans tous les aspects de votre politique, agricole, sociale, internationale. Guerre en Syrie et soutien aux groupes djihadistes anti-Assad, Guerre au Niger et au Mali, répression des manifestations d’agriculteurs, répression des manifestations de salariés, des « zadistes » et militants écologistes, etc. Or la violence c’est même plus que cela : le chômage qui n’a cessé de croitre, la précarité qui n’a cessé de se développer, la misère et la désespérance d’un nombre grandissant de nos concitoyens, les retraites qui se déprécient et les retraités condamnés à l’assistanat et à la mendicité, les jeunes auxquels vous promettez comme avenir une vie d’incertitudes et de servitudes, tous ces gens qui doivent renoncer à des soins de première nécessité, tous ceux à qui l’on vole leur emploi, les syndicalistes ou salariés condamnés par des tribunaux parce que menacés dans leur intégrité sociale ils se sont rebiffé en « état de légitime violence ». La violence, n’est-ce pas la dictature du recours au 49-3 pour imposer à la majorité active de la société les termes inacceptables d’un « nouveau contrat social ». La violence n’est-ce pas aussi l’outrecuidance de vos ministres et de vous-même qui refusent d’entendre le bruissement de la rue ? La violence, n’est-ce pas quand vous (si ce n’est vous c’est donc vos frères, vos amis ou vos « ennemis de la finance), privez de leurs emplois, humiliez des travailleurs et les chômeurs, quand vous venez prendre de mille façons dans les poches des travailleurs des parts du revenu salarial pour le redistribuer aux patrons et aux actionnaires. La violence, n’est-ce pas ces couples qui se déchirent à cause des difficultés financières où les réduisent la précarité et les salaires de misère, n’est-ce pas ces familles expulsées de leur logis parce qu’elles ne peuvent plus payer leurs loyers ou leurs charges, ces enfants précipités dans le dénuement ? La violence, n’est-ce pas ces foyers en « détresse énergétique », ces millions de repas servis aux « Restaurants du cœur » ? Alors, protesterez-vous peut-être, il n’y a pas de violence caractérisé en cela, seulement les lois du marché, la « Loi », et l’action politique. Cela pourtant je vous l’affirme est tout à fait comparable au « racket » ou à un hold-up au coin du bois. Si les victimes fatalistes subissent sans broncher, la plupart du temps, n’est-ce pas seulement parce qu’elles redoutent l’épée de Damoclès de vindicte étatique suspendue au-dessus de leurs têtes ? N’est-ce pas parce qu’elles redoutent le révolver de la violence institutionnelle braquée en permanence sur leur tempe. L’État est une bande organisée de brigands armés qui détroussent les braves citoyens laborieux. Et vous en êtes le chef pour un an encore. « Aucune violence ne doit être acceptée » dites-vous ? Mais ne trouvez-vous pas, dans votre position, que vous êtes bien mal qualifié pour émettre un tel avis ? Car oui, monsieur Hollande, c’est tout cela la violence, elle est générale et constitutive de nos sociétés hiérarchisées, bâties sur elle et qui n’existent que par elle. Alors quand des manifestations de violence se produisent en marges de manifestations de masse, ce ne sont en vérité que des épiphénomènes bien marginaux au regard de la violence fondatrice de notre société. Vous seriez bien inspiré, plutôt que de hasarder « qu’aucune violence ne doit être acceptée », de suggérer plus humblement que vous ne voulez pas tolérer cette violence-là, spécifiquement, car l’usage de la violence doit à votre sens être réservé à l’État et au service des possédants. Au moins les choses seraient claires et cela vous éviterez d’ajouter de la mauvaise foi à l’incongruité de vos velléités d’autorité. Nous ne nous laisserons pas intimider monsieur Hollande, et nos organisations syndicales vous renverront avec dédain « dans les cordes » quand vous invoquerez encore ces violences marginales dont vos services de surcroît sont peut-être même les premiers commanditaires et responsables, pour tenter de nous mettre dans l’embarra et de « délégitimer » notre juste protestation. Patrick Seignon. « léavoiedessansvoix.fr ». Dimanche 15 mai 2016. NB : Cet article a été republié le lundi soir 16 mai, afin de rectifier la mise en page impossible hier.
