POUR ÉPONGER LES LARMES DU CRS QUI PLEURE

POUR ÉPONGER LES LARMES DU CRS QUI PLEURE C’était il y a quelques jours au square Montholon, le long de la rue La Fayette et en bas des escaliers tant ciné-géniques de la rue Pierre Sémard. C’était sur un de ces bancs vert fait tout exprès pour « accueillir les amours débutants ». Il y avait un homme seul, sans Colombine ni Dulcinée, ni Eloïse, un homme seul qui pleurait à gros sanglots bruyants et « mouchus ». L’empathie est la complexion directrice de ma vie. Un homme qui pleure ça me saisit d’angoisse et d’émotion. Je me suis assis à côté de lui, je lui ai proposé un mouchoir propre fleurant bon la lavande pour sécher ses larmes. -Que vous arrive-t-il monsieur, puis-je vous aider ? Ai-je hasardé. Bon, ça n’a pas été facile, il était dans sa bulle de chagrin et indisposé par l’intrus qui y entrait par effraction. Je l’agaçai, je le sentais bien, plus que je ne le soulageai. Le silence est d’or. Je me tue. Ma présence silencieuse vint à bout de sa prévenance. Vous me dérangez, que me voulez-vous ? Interrogea-t-il enfin. Il « était encore sans nul doute sur ses gardes, pourtant bien qu’il n’en sache rien lui-même, avec ces premières paroles il venait de rompre la glace et de s’ouvrir à ma sollicitude. Je suis un homme, je ne puis, sans souffrir, voir un homme pleurer. Je veux vous venir en aide. » Vous êtes gentil acquiesçât-il. Vous pleurez, si je le peux je veux vous faire rire, pourquoi pas ? Qu’avez-vous à dire ? Vous êtes en deuil, vous avez perdu un proche ? Non ! Chagrin d’amour ? Non » Vous venez de vous faire expulser de votre logement, ou vous avez perdu votre travail, ou les deux ? Vous n’y êtes pas. Dans mon boulot on ne perd pas son emploi et je suis logé par mon employeur. C’est qui votre employeur ? L’État, le ministère de l’intérieur plus précisément. Et vous faites quoi au ministère de l’intérieur ? Je suis CRS, flic ! Vous aimez les flics vous ? Je fis une moue de déplaisir, puis me ravisai Vous êtes un homme qui pleure et peu m’importe que vous soyez flic ou autre chose. Il fit un pâle sourire en me regardant vraiment pour la première fois. C’est bien ce que je disais, vous êtes gentil. Bon mais alors, vous êtes flic ce n’est pas tout de même pour ça que vous pleuriez ? Les français ne nous aiment pas, il y en a même quelques-uns qui nous haïssent. Et c’est ça qui vous fait pleurer ? Oui, nous sommes des hommes nous aussi et ça fait mal de ne pas se sentir aimé. Bon, voyez-vous, j’ai bien fait de m’arrêter. J’ai appris une chose que je vais m’empresser de colporter partout, les CRS pleurent aussi, ils ont une âme et un cœur d’homme » J’attendais sa réaction Il souriait Vous êtes narquois. Vous êtes toujours comme ça ? Quelques fois, j’aime bien. Vous trouvez ça normal vous que les français n’aiment pas les flics ? Ils étaient bien contents et nous aimaient pourtant après les attentats. On vous a abusé monsieur. Les médias vous ont abusé. Parce qu’un français égaré a fait un bisou à un de vos collègues en uniforme lors d’une manifestation en janvier 2015, ils ont monté la chose en épingle et ont voulu vous persuader que tous les français vous aimaient, et persuader les français qu’ils aimaient la police. Vous ne nous aimez pas non plus ? Écoutez-moi bien jeune homme Il se recala sur le banc afin de concentrer son attention. Il y a des CRS secouristes de haute montagne, des maitres-nageurs CRS, des CRS affectés à des tâches de protection des populations. Les français sont reconnaissants à ces policiers qui assurent des fonctions de service public. Mais il s’agit là de taches périphériques, la véritable raison de la fonction policière, c’est le maintien de l’ordre. C’est à dire la défense et la perpétuation de l’ordre existant dont souffrent les citoyens. Vous appartenez au corps d’État chargé de l’exercice de la violence institutionnelle, comment voulez-vous que les gens qui souffrent de l’ordre des choses et voudrez bien le changer, puissent aimer les hommes qui ont son maintien pour mission et la coercition pour moyen? Voyez-vous, CRS ou pas, moi je veux bien aimer l’homme que vous êtes, comme être humain, comme frère humain, mais quand vous avez revêtu l’habit de votre fonction je n’aime pas le garant de l’ordre établit et chargé de l’exercice de la violence de celui-ci. De même j’aime les chiens, j’en ai plusieurs. La plus-part d’entre nous aime les chiens d’aveugles, de garde, de chasse de traineau ou de berger. Il est rare que les mêmes aiment les chiens qui mordent. Je craignais qu’il ne se fâche, il éclata de rire. Vous au moins vous êtes franc et « gonflé » Vous pleuriez … Vous riez à présent. J’ai donc gagné mon pari ? Vous l’avez gagné Et l’on termina la soirée à boire des bières dans une brasserie de la gare du nord. Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr » Mercredi 18 mai 2016.

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