« MERCI LA CGT ! » Lettre publique à une interviewée étourdie Vous avez remarqué la manière partisane dont nos médias télévisuels traitent l’actualité. Ce n’est pas nouveau direz-vous. Tant, que vous n’y prêtez même plus attention. 70 % des français sont opposés à la « loi-travail » Si vous ôtez les patrons et les banquiers bien sûr et toute la suite des valets à leur service, vous pouvez en déduire aisément que c’est à plus de 90 % que les salariés, premiers concernés, exècrent cette loi. Alors bien entendu le gouvernement ne peut pas s’opposer frontalement à la grogne populaire. C’est pourquoi il utilise une vieille technique éculée, qui a fait de tous temps le bonheur des tyrans et de la soldatesque qui les sert, qui consiste à séparer « le bon grain de l’ivraie », Désigner des « têtes de turc », des « meneurs », des otages en quelque sorte, avec lesquels on fera des exemples pour tétaniser la masse et la renvoyer, penaude et battue, au travail et dans ses foyers. Haro donc sur la CGT La tête de Turc que se sont choisi cette fois Hollande Valls et Gattaz, c’est en l’occurrence la CGT et Philippe Martinez, son secrétaire général. Ce ne serait donc pas les travailleurs, les salariés en grève qui bloquent les dépôts de carburants ou les raffineries, mais LA CGT. Hollande et Valls se sentent une détermination de fer, à l’instar de Madame Thatcher qui dans les années 1980, mis en déroute les syndicats anglais. Ils avouent ouvertement leurs desseins de détruire la CGT. Ces gens sont comme chacun sait, des champions de la démocratie et des libertés, syndicales incluses, dont ils ont des mots plein la bouche. Ses tyrans aiment la liberté syndicale de s’agenouiller devant la volonté gouvernementale et patronale. Ils aiment ces bons esclaves consentants heureux que « leur bon maitre » ait eu la bonté de leur donner un travail et un maigre salaire et pas disposés du tout à embêter en plus « ses braves messieurs » avec des revendications excessives de droits à la décence et à la dignité qui sont des lubies de dangereux anarchistes révolutionnaires. Alors, les journaux télévisés, ceux de la presse écrite aussi, sont devenus depuis quelques jours des armes de propagande contre la seule CGT dont ils ont entrepris le lynchage médiatique. Ils prétendent isoler la CGT des grévistes qui ne seraient que : « des « victimes », dévoyées par les méchants meneurs. » Ils voudraient retourner l’opinion contre « cette satanée CGT » qui gêne avec ses blocages et autres actions coup de poing, la gentille populace des « sans dents »(*) « qui veut travailler ». Ils voudraient même la différencier des autres syndicats (7) tels que SUD et Force Ouvrière qui sont pourtant entièrement dans l’action mais dont ils font semblant de ne pas le savoir afin de focaliser tous leurs efforts guerriers contre la seule CGT. (Ce matin, au bulletin d’information de 8heures, sur France Inter les journalistes tentaient de dissocier la stratégie « frontale » de la CGT de celle plus nuancée de FO, « Jean-Claude Mailly n’ayant jamais rompus les contacts avec certains députés de la majorité et toujours gardé ouverte la possibilité d’une discussion sur l’article 2 de la loi. ») Ils interviewent de braves gens bien embêtés par les perturbations et pénuries que la situation sociale engendre. Ils « dégotent » une brave fille bavarde, à laquelle l’antenne fera la part belle, car après avoir pleuré sa misère elle conclue, avec une intention sarcastique dans le propos, « merci la CGT ! » Des milliers d’autres plus sensés auraient probablement dit : Merci Hollande, ou merci Valls. Mais non ils ont trouvé celle-là, pas très « fut.fut. » pour incriminer les victimes qui refusent de subir les rigueurs de l’oukase, dont elle est pourtant probablement elle-même une victime désignée, plutôt que les agresseurs. Pour tancer ces frères et sœurs qui luttent plutôt que ce gouvernement de dictateurs obstinés, véritable responsable du blocage de la situation sociale. Les salauds ! Le mot n’est pas trop fort, ils ont dégoté et instrumentalisé les propos d’une brave fille suffisamment naïve et inconsciente pour ne pas savoir ce que nous devons tous, et elle-même, à la CGT en particulier, mais surtout au mouvement syndical et à l’histoire des luttes sociales en général. Avez-vous songé madame à ce que serait votre vie sans les acquis des luttes ouvrières pour le droit d’association et de grèves, pour les libertés syndicales, pour la journée de travail de 8 heures, pour la semaine de 40 heures, pour les congés payés et la couverture sociale, etc. Eh bien tout cela qui vous parait naturel et que vous êtes disposée à perdre car vous n’en connaissez pas le prix de souffrances de larmes et de sang, vous le devez à nos grands-parents et parents à nos frères et sœurs qui luttèrent et résistent encore. Or, l’Histoire de la CGT – FO en est partie intégrante – y a une grande part, je dirai même une part déterminante. N’est-ce pas la véritable raison d’ailleurs pour laquelle nos Satrapes d’aujourd’hui, amis du patronat rêvent de la lapider ? A quoi vous êtes mal venue de joindre votre propre pierre même toute petite. « Merci la CGT ! » avez-vous dit hier avec une intention sarcastique ? Quand vous aurez lu ma lettre publique, je n’en doute pas un instant, vous serez confuse et peut-être même un peu vexée, mais comme l’ignorance ne présage pas de l’intelligence, j’ose croire que vous le serez assez pour vous raviser, et dire avec moi à nouveau : Merci la CGT et CGT-FO ! Mais cette fois avec de la mansuétude sincère plein votre propos. Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr ». Vendredi 27 mai 2016.
