RÉÉVALUATION DU DANGER LEPENNISTE En scénarisant la rupture avec « son Papounet », Marine Le Pen s’est mise à l’abri pour l’essentiel des amalgames faciles des « diaboliseurs ». Cela a fort bien fonctionné. Mais l’establishment politique au service du système financier n’a pas d’autres arguments vraiment opérationnels que la « diabolisation » pour lutter contre le F.N. C’est pourquoi ils ont entrepris de dire qu’il n’avait pas changé, que c’était toujours un parti « d’extrême droite » xénophobe et fasciste, populiste, europhobe (Ah le gros mot) Nationaliste, etc. Il est temps de cesser de dire des âneries à propos du Front National. Nous ne sommes pas dans les années 1920 1930. Nous assistons certes en Europe à une poussée électorale des partis dit « populistes », de droite dure, mais cela n’a rien avoir avec le Fascisme de l’entre-deux guerres. C’est la gravitation qui détermine le poids. Même lourds, les objets ne pèsent rien en apesanteur. C’est le contexte historique qui fit le fascisme des années trente. Or, quel était-il ce contexte ? En arrière-plan il y avait la première guerre mondiale, les destructions en Europe, des millions de morts et de mutilés, la « victoire arrogante » de la France et de l’Angleterre et le règlement inique du conflit par les traités de Versailles, de Saint-Germain et autres, qui piétinaient les empires austro-Hongrois et Ottoman, mettait l’Allemagne en coupe réglée, déchirait et humiliait les peuples. Et puis, réponse des peuples à la barbarie impérialiste il y eut la grande révolution Russe, et dans son sillage la montée révolutionnaire générale en Europe sous le drapeau du communisme. Alors ces deux phénomènes conjugués en engendrèrent un autre. Les plaies et rancœurs héritées de la guerre et exacerbées par la grande dépression (crise économique de 1929) fournissaient les matériaux et la peur « du communisme » le motif idéologique. Tout un peuple en colère fut enrôlé dans des partis violents d’un type nouveau, dont le mobile essentiel était la lutte anti révolutionnaire contre le monde ouvrier et le communisme. C’est en Italie d’abord, secouée par une puissante vague de grèves, que ce mouvement politique se formalisa. Les adhérents constituaient des groupes de choc pour faire le coup de poing ou « de feu » contre les piquets de grèves. Ces groupes furent nommés « Faisceaux » d’où a dérivé le mot « Fascistes ». Mais l’essor du fascisme ne s’expliquerait pas sans prendre en compte son financement et son instrumentalisation par la bourgeoisie Italienne. Le Fascisme est donc avant tout un mouvement anti-communiste et contre-révolutionnaire violent. Les faisceaux Italiens, les SA allemands étaient des organisations paramilitaires qui n’hésitaient pas à frapper ou tuer les militants communistes et syndicalistes. Et si le danger Fasciste, dans sa version hitlérienne a pris toute la dimension et la signification historique catastrophique que l’on sait c’est parce qu’il fut sustenté, financé et politiquement soutenu par le capitalisme dominant et l’Eglise de Rome comme instrument de guerre contre le communisme et la révolution Russe « des sans Dieu ». Rien de tout cela dans le contexte d’aujourd’hui. Le communisme n’est plus d’actualité immédiate et la révolution ouvrière ne menace pas l’ordre existant. Je ne sache pas qu’aucun parti « populiste de droite européen » possède une quelconque organisation paramilitaire, ni qu’ils s’attaquent violemment aux syndicats ni aux piquets de grève si peu fréquents d’ailleurs. Quant à la fraction dominante de la bourgeoisie, la bourgeoisie financière, elle ne soutient pas pour l’instant le F.N. mais le combat au contraire. Il ne saurait y avoir de « Fascisme » en dehors d’un tel contexte. Le Front National n’est pas un parti fasciste car il n’y a pas actuellement de mouvement Fasciste. Il faut donc en finir avec pareille caricature, car ce n’est pas un bon moyen de lutte politique. Et il convient d’en venir à une analyse plus scientifique et plus équilibrée de ce qu’est véritablement le F.N. Pour ne pas être fasciste le Front National, du point de vue ouvrier et marxiste révolutionnaire, n’en mérite pas moins d’être combattu, essentiellement à cause de sa manière d’appréhender les problèmes liés à l’immigration. En effet celle-ci est en quelque sorte instrumentalisée par lui comme un leurre pour détourner la colère populaire de sa cause véritable l’exploitation capitaliste. C’est en quoi le F.N. reste un parti de droite dure, un défenseur de l’ordre capitaliste existant et pourrait dans des circonstances particulières jouer le rôle d’ultime rempart de défense de la société capitaliste libérale, comme le firent antan les partis fascistes. Mais nous sommes bien loin d’un tel scénario. Or, même là, sur cette question si sensible de l’immigration, la critique des positions du FN qui légitiment la « xénophobie » ne nous oblige en rien à nier crânement que l’immigration laborieuse, tout comme d’ailleurs les « travailleurs détachés » de l’espace européen, est instrumentalisé aussi par le système libéral comme moyen de peser à la baisse sur les salaires nationaux. Dire cela et le combattre ce n’est pas tomber dans la xénophobie ni dans le discours anti-immigration, c’est au contraire le juste moyen de s’en prémunir. Il faut cesser de se laisser abêtir par les raisons que commande le système, en vérité pour la défense de ses intérêts propres égoïstes. Il est hors de question de combattre des idées ou des dispositions programmatiques du F.N. avec lesquelles nous sommes en vérité d’accord, au seul prétexte idiot que le F.N. les défend. Et de ce point de vue le programme économique et social du F.N, (un seul exemple retour à la retraite à 60 ans quand l’Androïde des Banque défends lui la destruction totale du système de retraite par répartition) est bien plus proche de nos idées et de nos intérêts que celui de Macron, et il n’y a pas de honte à l’admettre. Alors certes, les cercles dirigeants, l’establishment politique crient au loup, au danger Lepenniste, à la catastrophe que serait la sortie de l’Europe et le retour au franc. Mais ce dont ils ont peur en vérité c’est moins du sort fait aux immigrés que de la remise en question de cette politique ultra-libérale de l’Europe qui leur rapporte si gros et coûte si cher au peuple d’en bas. En quoi dites-moi serions nous nous autres salariés, ouvriers ou paysans concernés par la défense de cette Europe capitaliste libérale qui met en concurrence les salariés et les agriculteurs pour tirer les salaires et les prix vers le bas et liquider les acquis sociaux ? La réformer ? Mais ce n’est pas possible. Elle est leur instrument, elle leur appartient, et elle n’a d’autre finalité que de les servir. Alors bien sûr une ’Europe ouvrière et sociale, je suis pour, mais il s’agit de tout autre chose dont l’avènement ne peut résulter que d’une insurrection des peuples européens. En l’Etat actuel des choses nous n’avons aucun intérêt à défendre leur Europe. Le retour au franc ? La parité des monnaies (sauf l’Euros) est toujours fonction des économies réelles. C’est donc une bêtise que d’agiter l’épouvantail. Pour les travailleurs, les salariés, les classes laborieuses, payer en francs ou en euros ne change quasiment rien. La Fermeture des frontières, le protectionnisme, le repli sur soi ? Pipeau ! Les échanges internationaux n’ont pas commencés avec la création de l’Europe dans les années 50 ni avec l’ultra-libéralisme et la mondialisation des années 90. Ils ont existés et se sont amplifiés de tout temps depuis la plus haute antiquité, et il en va de même de la circulation des sciences et de la culture, les étudiants et les savants n’ont pas attendu « Erasmus » pour sillonner l’Europe et le monde. Je ne sache pas que le protectionnisme qui était alors la règle générale est empêché l’explosion du commerce mondial qu’ont connu les 19ème et 20ème siècles. Il avait par contre une vertu, celle de ne pas aller chercher à 12 000 kilomètres ce dont on pouvait disposer à 20. Le protectionnisme est en vérité, à cause du développement inégal des économies, absolument nécessaire et salutaire même pour les peuples et les nations. Sans protectionnisme les pays d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique Latine ne pourront jamais développer des économies équilibrées, atteindre à l’autosuffisance qui est la condition préalable indispensable de toute indépendance politique. C’est d’ailleurs un mouvement de retour au protectionnisme qu’on entreprit récemment plusieurs pays africains afin de se dégager de l’emprise néocoloniale des grandes puissances. Protectionnisme puissance dix : une des premières mesures qu’instaura la Révolution Russe, afin de défendre l’édification économique, fut « Le monopole d’Etat du commerce extérieur » sans lequel l’Union Soviétique eut été réduite au statut de colonie des puissances occidentales. Alors, qu’on en finisse avec la culpabilité de « ringardisme » que le libéralisme sauvage a insinué dans les têtes, selon lequel le protectionnisme économique serait « péché », et qui témoigne en vérité de la manière dont « l’idéologie capitaliste libérale » a colonisés les esprits. L’Europe a été créée après la deuxième guerre mondiale, pour établir la paix. Et ça a marché nous dit-on. Voilà bien ce que l’on appelle un poncif. Et Le Front National est un parti nationaliste et le nationalisme c’est la guerre. En voilà bien un autre. C’est sur ce thème aussi faux qu’il est idiot, que Manuel Macron a semble-t-il décidé de s’appesantir. Le F.N. parti nationaliste serait donc, en raccourci, le parti de la guerre comme en 14. 1914, parce qu’il s’opposait à la guerre Jaurès fut assassiné. Jean-Jaurès qui disait que « l’impérialisme portait la guerre en lui comme la nuée porte l’orage ». L’impérialisme et non le nationalisme. L’impérialisme il est vrai instrumentalisa le sentiment national et le patriotisme pour enrégimenter les peuples. Tout comme il instrumentalise aujourd’hui l’Islam sunnite radical pour faire la guerre aux régimes laïques arabes et à l’Iran Chiite. Tout comme il instrumentalise l’aspiration des peuples à plus de démocratie pour fomenter maintes menées agressives contre les régimes qui ne lui conviennent pas. Partis nationalistes égale guerre ? Ça n’est pas sur des clichés d’ailleurs déjà anciens qu’il convient de se déterminer mais sur les réalités objectives du moment. Et qu’elles sont-elles ? Revenons donc un peu au présent. « F.N. égale Parti nationaliste égale guerre ». Ce n’est pas ce que j’ai entendu. J’ai entendu moi que Marine Le Pen souhaitait une détente des relations internationales, un rééquilibrage de nos relations avec la Russie et une collaboration avec celle-ci et le régime de Damas pour venir à bout de Daesh et trouver une sortie politique et négociée à la crise syrienne. Faire retomber de dangereuses tensions internationales qui pourraient conduire à une troisième guerre mondiale, voilà ce qui parait être la préoccupation de Marine Le Pen dans le temps où Emmanuel Macron lui jette de l’huile sur le feu ; Embrasse comme la vérité révélée les odieux mensonges de commande des services secrets afin de justifier l’agression occidentale contre Bachar Al Assad ; Se donne des airs martiaux pour affirmer qu’il se passerait de l’aval de l’ONU pour bombarder le régime légal syrien. Alors qui de Marine Le Pen ou Macron incarne-t-il vraiment le risque de guerre ? Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr ». Jeudi 27 avril 2017.
