« CASSES-TOI FRANÇOIS LE MAUDIT ! »(A propos de la passation de pouvoir du dimanche 14 mai)73 Nos rois de France furent souvent affublés d’un sobriquet qui exprimait parfois la tendresse (Louis le pieux, Louis le bien aimé) ou l’admiration (Philippe le Bel, Charles le sage, Charles le victorieux) du peuple, d’autres fois sa perplexité (Jean le posthume, Louis le prudent), sa gouaille (Charles le Gros, Charles le Chauve, Louis le bègue) , voire son irrespect ou son insolence (Louis le fainéant, Louis le Hutin, Charles le Fol). Pourquoi les monarques républicains que sont nos présidents de la cinquième République échapperaient-ils à cette tradition populaire ? Ainsi, Je le pense, François Hollande qui tirera demain sa révérence, méritera-t-il, pour la mémoire vive et pour les manuels d’Histoire, de porter le sobriquet peu élogieux de « François le Maudit ». Cet homme étiqueté « socialiste », une tradition politique théoriquement issue du peuple et de l’aspiration à l’émancipation des classes laborieuses, nous fit en 2012 une tirade de « faux-nez »– « moi président » digne de Cyrano. Il s’était déclaré lui-même l’ennemi de la Finance avant de s’en révéler « copain comme coquin » et de redistribuer le revenu national aux plus riches sous forme « d’aides aux entreprises » et de baisses massives des charges. Le même promis sans discontinuer l’infléchissement prochain de la courbe du chômage chaque fois qu’il prenait en vérité de nouvelles dispositions de nature à le faire croitre. Puis il s’attaqua frontalement aux acquis de deux siècles de luttes ouvrières, au code du travail. Lui qui avait exprimé à plusieurs reprises et de diverses manières son mépris du peuple dont nous avons rendu compte dans ces colonnes tout au long de son quinquennat, piétina aussi la démocratie à coup d’état d’urgence et de 49-3. A toutes ces raisons déjà il se serait justement acquis le sobriquet de « Maudit. » Or, ce ne devait pas être tout, il ne s’est pas arrêté là. Il a jugé utile au terme de son quinquennat déjà si peu glorieux, de terminer par un feu d’artifice d’ignominies. Certes, nous ne connaissons pas tous les ressorts de la cabale qu’il a ourdit et mené à bonne fin semble-t-il, mais nous en avons décrypté la trame dès l’instant. Déconsidéré, il ne pouvait songer à se représenter pour briguer un deuxième mandat. Il ne craignait pas de perdre l’élection. Il en était assuré. Mais ce n’était pas cela le plus important. Ce qui était important c’était d’assurer la continuité de ses politiques économiques et internationale. Or, à travers lui et ses ministres Valls et Macron, les Français rejetaient massivement la « gauche ». Qu’à cela ne tienne, comme à chaque fois en ces cas ils auraient « la droite, c’est pareil. L’alternance était rendue nécessaire par les circonstances. Cela tombait bien, Alain Juppé s’était refait avec le temps une nouvelle stature d’homme d’État droit à coté de ses bottes. Juppé ce serait donc l’alternance. Mais il fallait aussi « recomposer » la gauche, en déplaçant vers la droite son spectre électoral, comme l’avait si bien analysé dès l’origine « La voie des sans voix », afin de la transformer en un parti « social-libéral » assumé. Il missionna donc le jeune Macron avec la tâche d’aller chercher à droite et au centre de nouveaux électeurs pour le P.S, et plus selon les circonstances. Or les circonstances effectivement dictèrent leurs propres conditions. Juppé essuya une défaite humiliante aux « primaires » de la droite, et François Fillon fut investie. L’alternance programmée ne se présentait déjà plus comme prévue dans le plan initial. Fillon s’était impossible. Non point tant à cause de « la dureté » de son programme économique et social, qu’à cause de la politique internationale qu’il préconisait de rééquilibrage des relations avec la Russie et de sortie négociée à la crise syrienne. « Le parti international de la guerre » ne voudrait pas l’accréditer. Alors, allez savoir qui, sortit du chapeau, fort à propos des dossiers fuités du ministère des finances qui attendaient depuis douze ans de « pouvoir servir ce que de mauvais droit » ? Il s’agissait de « tuer » la candidature Fillon afin de permettre le retour de Juppé. Les prétendues « affaires » n’avaient aucun fondement juridique, mais en prenant à contre-pied le discours fillonniste « d’effort nécessaire » et le portrait d’homme intègre qu’il s’était acquis, elles le discréditaient. A « gauche », la dernière carte, Valls, jouable pour piloter la recomposition avec et autour du P.S. s’avéra impossible. A défaut le P.S. serait sacrifié aussi. Dès-lors la mission de Macron s’élargissait. Il ne s’agissait plus seulement pour lui de ratisser des voies au centre et à droite, il allait devenir lui-même avec son mouvement « En marche » l’épine dorsale de cette recomposition. Enfin il s’avéra que François Fillon refusait de jeter l’éponge et que Juppé qui ne l’avait soutenu que de mauvais aloi, ne pourrait pas revenir sauf à s’aliéner une grande partie des électeurs Fillonnistes rendant impossible l’alternance. Dès-lors le scénario le plus probable restant était un second tour Macron Le Pen, et il convenait à « l’establishment politique » tout entier de jouer à fond la carte Macron et d’achever pour cela les chances de François Fillon C’est pourquoi jusqu’au bout ils ne le lâchèrent pas ajoutant presque chaque jour un lot de nouvelles déconcertantes. Et quand le deuxième tour Macron Le Pen fut assuré, ils orchestrèrent un terrible déferlement d’insinuations mensongères et insultantes, tirant un trait d’égalité entre le F.N. de 2017 et le NSDPA de 1933, en appelant à la peur irrationnelle des électeurs afin de faire élire leur « chouchou ». La séquence avait commencé par le rejet massif de François Hollande et de sa politique. Pourtant par l’effet d’une forfaiture elle allait s’achever avec l’élection de son avatar et le plébiscite de sa politique. Une nouvelle façon d’humilier le peuple en l’obligeant à se dédire. Emmanuel Macron, « la chèvre » de Thomas Guénolé, a donc était élu, comme un produit contraint. Non aux termes d’un processus électoral démocratique mais d’un scrutin biaisé, d’un suffrage volé, d’une démocratie insultée et piétinée, d’une République violée. Or, tous ces forfaits sont à créditer au bilan déjà désastreux de François Hollande. Oui, il l’a bien mérité d’emporter ce dimanche avec lui, lorsqu’il s’éloignera du perron de l’Elysée pour prendre le chemin de la postérité, le sobriquet de « François le Maudit ».74 Quant à l’homme qui restera « au château », peut-être pour cinq ans, celui que « François le Maudit » a coopté au poste de Président de la République, et dont il a fait ratifier la nomination par un suffrage extorqué aux Français, celui-là sera affublé dans l’instant du sobriquet d’ « Emmanuel l’usurpateur ». Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr ». Dimanche 14 mai 2017.
