LA « DEVOLUTION »

LA « DEVOLUTION » (conte)OU COMMENT L’HOMME EST-IL REDEVENU SINGE ? « A mon ami Patrice Pépin »L’histoire que je te raconte ici est à la fois la plus terrifiante des épopées humaines qui se puisse dire, et la plus merveilleuse aussi. Si j’ai l’heur de te la conter, je le dois à un petit groupe d’individus qui sut, dans la tourmente, garder la tête froide et une foi inébranlable dans l’humanité. Oui, et j’en suis fier, je suis un fils de ce peuple de « cabochards », de ces gaulois réfractaires, comme on les appelait alors ; Ces gens qui avaient répondu à l’appel du 18 juin d’un vieux fou qui ne voulait pas plier l’échine. Ce vieux fou était mon trisaïeul. C’est grâce à lui et au petit peuple de ses fidèles que je suis là aujourd’hui, et que j’ai conservé l’usage de la langue de Voltaire. C’est grâce à eux que je dispose à présent des moyens d’écrire et de vous narrer ce drame fantastique. Quelle histoire ! Une aventure à l’échelle de l’humanité tout entière, Un cataclysme historique, pire que le déluge biblique, qui faillit éteindre la race des hommes.Grâce à ceux-là, le pire des cauchemars a connu tout de même un dénouement heureux et se termina comme vous pourrez en juger, par une note d’espoir. Un véritable miracle si je puis dire.* Les hommes, descendants d’homo-erectus, quand je dis les hommes j’entends les femmes aussi, marchaient tous debout en ce temps-là. Ils étaient fiers et parfois même arrogants ainsi dressés sur leurs grandes et solides pattes de derrière. L’humanité avait conquis et asservi les mondes « minéraux », « végétaux »et animaux. Elle trônait en maitre de l’univers. Mais comme il en fut de son célèbre prédécesseur, son rêve prométhéen devait se terminer en drame.L’humanité qui avait asservi son environnement ne s’était-elle pas asservi elle-même ? Je veux parler de cette servitude du caractère, de cette disposition à l’obéissance aveugle.En l’an 2020 de l’ère chrétienne, une maladie ravageuse survint. Que dis-je, une maladie, une épidémie, pire même, une « pandémie « planétaire ». Un virus mutant qui attaquait le système respiratoire et tuait des gens par étouffement. On prétendit, rien que pour la France que ce virus tua 30 000 personnes en quelques semaines. Bon « ravageuse », peut-être pas tant que ça. Mais des puissances malignes s’étaient mises en devoir de la présenter telle, afin de faire peur aux gens. Alors certes de bons plaisants, sûrs de rappeler de la sorte le monde à plus de rationalité, objectèrent que mourir d’étouffement ou d’autre chose, le pire encore était de mourir tout court. De « mauvais plaisants » dirai-je, car en matière de plaisanterie les bons et les mauvais se confondent, objectèrent encore que le tabagisme, l’alcoolisme, la route, les cancers, ou les maladies cardio-vasculaires tuaient bien plus de monde que le covid.… Rien n’y fit. Tous ces arguments tombaient à plat. Les gens s’en fichaient de mourir du cancer des poumons ou d’un A.V.C. ce qu’ils ne voulaient pas c’était mourir du « Corona ». Cette disposition était à peu près aussi folle que celle d’un enfant pris de panique à l’évocation du loup, qui se réfugierait dans les bras d’un pédophile. Beaucoup de ces braves gens se bouchaient même les oreilles et les yeux pour ne pas entendre les « chants des sirènes » contestataires. Ils étaient disposés à n’écouter que les voix labellisées, celles qui leur mentaient le plus, mais couvertes par le sceau de l’autorité et de la science officielle. La terreur, aussi irrationnelle soit-elle, se répandit donc sur toute la surface de la terre.Comme une horloge macabre les médias faisaient le décompte journalier des morts, 400, 500 ! C’était terrible, c’était horrible, Surtout pour le commun des mortels qui ignore qu’il y a en moyenne et en temps normal 1600 à 1700 morts chaque jour dans un pays tel que la France. Les nouvelles les plus alarmistes et contradictoires se succédaient. Un jour le port du masque était inutile, un autre il était obligatoire et passible d’amende voire de sanctions pénales. Les obstinés qui refusaient de le porter étaient traités de fous et subissaient un examen psychiatrique. On disait les « sujets positifs » contagieux pendant 14 jours et seulement sept un peu après. Les gens obéissaient aux injonctions des autorités : On leur disait de rester confinés, ils restaient chez eux. On leur disait de se laver les mains avec du désinfectant, ils se lavaient les mains. On leur disait d’observer des distanciations entre eux, ils ne s’approchaient plus, se regardaient en chien de faïence, ne s’embrassaient plus ne se faisaient plus de bisous. On leur disait de ne plus honorer leurs morts, ils n’allaient plus aux enterrements. On leur disait de ne pas visiter leurs parents âgés dans les EPADH, afin de ne pas les faire mourir du corona ils les laissaient mourir de solitude et de chagrin. On leur disait de porter un masque et ils portaient un masque. On leur disait que le virus se répandait de plus en plus, ce qui eût dû les convaincre que ces mesures de protection étaient toutes aussi désuètes, et pour l’essentiel, inutiles, mais c’est le contraire qui se produisait, la peur grandissait et ils voulaient se protéger encore davantage On leur disait qu’il fallait que 60 % de la population ait contracté le virus pour obtenir une immunité collective, dans le même temps où on les sommait de prendre toutes les précautions pour ne pas l’attraper. Et cela ne les alertait nullement sur l’inconséquence des « décideurs ». Comment eussiez-vous voulu dans un tel contexte, anxiogène et embrouillé, que le monde ne perdit pas la raison ?Foin d’être rassurés les gens redoublait de terreur. Loin de se poser et de réfléchir, comme si le temps ne leur en était pas donné, ils se contentaient plus que jamais d’obéir. Tels des gosses terrorisés ils avaient besoin de se réfugier dans les bras protecteurs de l’autorité, de ceux qui étaient censés savoir. Un peuple n’est jamais plus à la main de ses manipulateurs que lorsqu’il est pris de panique. La terreur est par nature aberrante et c’est au final, on peut bien le dire aujourd’hui, ce qu’il y eut de plus terrible dans cette « pandémie ». Non pas la maladie qui s’avéra très vite fort bénigne, mais la peur déraisonnable et les conduites insensées qu’elle induisit. C’est cela qui provoqua la perdition de l’humanité/Les nouvelles se succédaient donc, pas toutes vérifiées ; Certaines mêmes mal intentionnées. C’est ainsi qu’une célèbre chaine de télévision française « BRM Tv » diffusa en boucle, c’était sa spécialité, durant plus de 24 heures, cette information prétendument scientifique selon laquelle le virus qui circulait dans l’air était plus virulent à environ un mètre du sol. La panique se répandit comme une trainée de poudre. Ce même jour l’on vit déjà des gens se déplacer à quatre pattes pour se rendre à leur travail ou aller faire leurs courses. Il faut croire que d’autres médias audiovisuels, un peu partout dans le monde relayèrent cette information, car dans les 48 heures qui suivirent, la quasi-totalité de l’humanité se déplaçait à quatre pattes ou rampait, les plus rusés inventèrent un nouveau moyen de locomotion, à plat ventre sur les skateboards de leurs enfants. Il ne resterait qu’à motoriser ceux-ci. Des sommités du monde scientifique et médical tentèrent de ramener les gens à la raison. Elles eurent beau multiplier les interventions rassurantes, expliquer qu’il s’agissait d’une « fake news » ou d’une galéjade de mauvais goût, rien n’y fit. Il faut dire que les professeurs Raoul, André Péron, Jean-Francis Lesaint ou Turbana, et quelques autres, avaient été précédemment largement attaqués et discrédités par les autorités médicales et politiques, et qu’à présent, aux yeux d’un large public ils passaient pour des gourous, des sorciers ou de ces charlatans.de foire auxquels on accorde plus de mépris que de crédit. Nul ne voulait plus les entendre et l’humanité se convertit donc en quelques jours à la locomotion quadrupède.Dans un premier temps, certes, les autorités elles-mêmes surprises par la situation s’affolèrent. Firent un démenti, il s’agissait d’une fausse nouvelle tout à fait criminelle et la déambulation quadrupède si elle se poursuivait, allait provoquer une « épidémie de lombalgies.Mais d’autres, dans les hautes sphères, s’amusèrent plutôt de la situation et se mirent à supputer tous les avantages qu’ils pouvaient attendre d’une telle situation. Rapidement tous les décideurs et les gouvernants se rangèrent à leur opinion.Après tout, si les gens voulaient marcher à quatre pattes, pourquoi les en empêcher ? N’était-ce pas cela aussi la liberté ? Cyniques plus que jamais, les dominants, loin de s’alarmer de cette situation ne voulurent plus voir bientôt que l’aubaine qu’elle constituait pour eux. La chose était somme toute inespérée. N’avaient-ils pas rêvé de faire marcher le peuple l’échine pliée, et même quelque fois de le faire ramper, Cela advenait de manière inattendue certes, mais puisque leur fantasme se réalisait, puisque le destin leur offrait ce présent sur un plateau, puisque le « ciel » leur servait cette jouissance, devaient-ils s’en dispenser, faire les fines bouches, la refuser avec dédain ? Non, c’était vraiment trop excitant de voir tous ces gens ramper à leurs pieds comme des bêtes dociles. Leur égo à eux s’en trouvait décuplé et leur sentiment de puissance hypertrophié.Or, il est des attitudes qui ne sont pas sans conséquence. L’humanité se caractérise d’abord par la station debout qui libère les mains. On ne peut pas revenir sans dommage à la station horizontale, sans induire quelques désagréments et dégénérescences. Très rapidement ce peuple de primates revenu, devint impropre au travail. On est malhabile avec quatre pattes et de la corne sous les mains, au demeurant les aptitudes cognitives mêmes de ces mutants s’en ressentirent. La main d’œuvre « exploitable » se raréfia rapidement, l’industrie et le commerce s’effondrèrent. Les classes dominantes privées de dominés et de revenus disparurent de la surface de la terre. Seul resta un vaste peuple d’hommes-singes dont le contexte accéléra encore la régression vers le monde animal. Et à défaut d’industrie et d’agriculture les produits spontanés, chasse pêche et cueillette, qu’offrait encore la nature devinrent insuffisants à nourrir des hordes aussi nombreuses. Des famines endémiques décimèrent les populations. Sur les 6 milliards d’êtres humains que comptait la planète en 2020 il ne reste au jour où nous sommes, 28 juin 2231 qu’une vingtaine de millions d’individus pour la plupart concentrée dans la région africaine des grands lacs.Pourtant l’humanité debout a subsisté, mais par quel miracle ? Il se trouve, qu’en ces temps reculés un petit groupe d’êtres humains récalcitrants, auquel j’ai déjà fait allusion, refusa de courber l’échine, de marcher à quatre pattes, de se traîner sur le ventre comme les dragons de komodo. Ce sont pourtant ceux-là, ces « fous », ces « originaux », car on est original dès lors que l’on diverge de la route « des braves gens », qui sauvèrent le génome humain, maintinrent une civilisation avec un langage, une écriture, une culture, et sauvèrent de ce cataclysme une part de l’héritage scientifique et culturel de l’humanité. Quel était ce peuple ? Je vais vous le conter.Il ne faisait guère bon résister, homme debout, parmi les hommes couchés. Ils étaient stigmatisés, insultés même. Parce qu’ils refusaient de marcher à quatre pattes, ils mettaient en danger la vie d’autrui, ils « n’étaient « que de sales égoïstes qui allaient capter le virus au-dessus du mètre réglementaire pour infecter ceux d’en bas ». Ils étaient dénoncés aux autorités qui leur infligeaient une amende de 531 euros s’ils ne marchaient pas immédiatement à quatre pattes, et un an de prison en cas de récidive ; Les prisons furent équipées de « Fillettes » ces cages inventées dit-on sous Louis XI dans lesquelles on ne peut pas se redresser, pour les punir et leur apprendre à plier le dos. Les dénonciations allaient bon train, d’autant que les autorités gratifiaient les délateurs d’une prime de 8 euros « par « debout » vendu. Les prisons étaient pleines de ces « debout » couchés de force. Certains délateurs édifièrent même de la sorte des débuts de fortune. L’environnement majoritaire était trop hostile, les résistants ne pouvaient plus résister. Alors certains cherchèrent le salut dans la fuite.Ils se réfugièrent sur une terre d’asile où on ne viendrait pas les chercher.Ces résistants étaient inspirés par un vieux fou qui depuis sa plus tendre enfance avait toujours refusé de faire même la génuflexion. Ce géronte voulait rester debout et prétendait, puisqu’il fallait bien mourir tout de même un jour, que c’est ainsi qu’il voulait le faire, foudroyé comme un grand chêne. Ses partisans, disait l’opinion majoritaire, étaient tous aussi fous que lui : « n’était-ce pas peu de chose somme toute que de marcher à quatre pattes ? » et les « braves-gens » ne comprenaient pas pourquoi ceux-là s’obstinaient à marcher debout, en équilibre instable. Mais les récalcitrants refusaient de marcher comme des animaux. Toutefois la vie devenait impossible à ces « hommes debout ». Ils embarquèrent donc à Brest sur un vieux chalutier et se réfugièrent sur l’ile d’Ouessant à quelques encablures de la pointe du raz, Sur cette île du bout du monde, battue par les vents tempétueux et gardée par le « Fromveur » ils s’installèrent, prospérèrent, se reproduisirent, et sauvèrent en quelque sorte le génome humain.Ils avaient choisi l’île d’Ouessant comme terre de « prédilection,, malgré son climat rude, suffisamment éloignée du continent pour qu’on les oublie. Les ouessantins d’origine qui ont une âme de résistant comme on sait, virent avec bonheur cette immigration qui était une chance inespérée de regain de leur île désabusée. La fusion entre les deux souches de population fut parfaite et la vie prit rapidement un tour harmonieux.Les nouveaux arrivants n’étaient pas très nombreux. 5000 au plus. Mais il s’agissait d’une population éclairée, industrieuse et laborieuse. Rapidement l’île retrouva son agriculture ses moutons et ses moulins, parvint à l’autosuffisance et rompit définitivement ses relations maritimes avec la ville de Brest, afin de se préserver de la folie qui sévissait sur le continent et afin de se garder des intrusions inamicales on éteignit le « Creach » et « la Jument ». Un véritable peuple se forgea de la sorte dans ce creuset, et une civilisation nouvelle naquit, fondée sur le partage la solidarité et l’entraide. Dans une telle civilisation, pour vous donner un seul exemple on peut très bien faire fonctionner, de la manière la plus rationnelle et efficace, un hôpital de 100 lits seulement, pour le plus grand bien d’une si petite population. Le reste de l’humanité revenu à la station horizontale, connut une régression brutale inéluctable. On savait la relation qu’il y a entre la station debout et l’évolution de l’espèce humaine. Mais nul n’avait songé que son abandon puisse si vite ramener l’humanité à ses origines.C’est étonnant, comment cette belle créature humaine rétrograda rapidement dans l’échelle de l’évolution. Ces humanoïdes si fiers que la majorité d’entre eux refusaient encore de croire qu’ils n’étaient que des animaux, résultat de l’évolution, et prétendaient être l’œuvre supérieure d’une créature divine, régressèrent en peu de temps à l’état de bêtes. Ce que l’évolution avait mis des dizaines de millénaires à façonner, il ne fallut à « la dévolution » c’est ainsi que l’on appela cette phase de régression, que quelques décades pour le détricoter. Depuis la petite humanité sauvegardée du peuple Ouessantin des Gaulois récalcitrants s’est multipliée et est revenue sur le continent pour recoloniser toute la terre. Bientôt l’Humanité prospérera à nouveau.Alors mes enfants, tenez le vous pour dit, n’oubliez plus jamais, que seule la station debout et fière est compatible avec l’existence de l’humanité. Patrick Seignon. 28 juin 2231.

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