ADRESSE A LA JEUNESSE ARABE. Non, la politique internationale n’est pas faite de bons sentiments ni d’intentions philanthropiques. Oui, la politique internationale obéit aux intérêts économiques des nations et aux visées géostratégiques qui sont elles-mêmes au service de la défense des premiers Le reste : les droits de l’homme, la démocratie, les intentions humanitaires, ne sont à l’aune des intérêts des nations, que des discours vains et faux, un vernis pour masquer les réalités. C’est de la poésie cynique, de la propagande la plupart du temps mensongère, et de l’enfumage des consciences. La manière dont fut engagée la guerre en Irak est et restera longtemps un modèle du genre. Le peuple irakien souffrait-il sous la férule de Saddam Hussein ? Était-ce une raison suffisante pour l’affamer, le meurtrir, le tuer encore davantage au nom de la démocratie venue de l’occident dans les fourgons de l’armée américaine ? Commencée comme une grande fête des opprimés, à Tunis et au Caire, et poursuivit comme une guerre coloniale en Lybie, et comme une guerre civile en Syrie, la grande « offensive démocratique », qui s’est elle-même fleurit du joli nom de « printemps arabe » n’échappe nullement à ses considérations. J’entends sur les radios et télévisions, je vois dans les journaux et sur le web, des témoignages de « jeunes arabes » qui s’indignent par exemple du véto russe et chinois sur la Syrie, et arguent de leurs droits de se débarrasser des « tyrans » qui les ont opprimés depuis trente ou quarante ans. Mais que ne s’interrogent-t-ils pas sur le sens du soutien à leurs causes des puissances impérialistes occidentales, celles là même qui ont inspirés et fermement soutenus tout ce temps leurs « tyrans, dictateurs ou satrapes ». Les mobilisations populaires ont certes, au moins partiellement réveillé la fierté arabe. Prenez garde, jeunes Arabes, de ne pas la perdre dans la gangue de l’humiliation historique sans précédent que vous vaudrait une trop grande naïveté. Car tel serait le résultat de toute cette séquence historique si vous vous laissiez mener comme les moutons de Panurge, au précipice où ont décidé de vous conduire, les maitres du monde et grands manipulateurs. Les puissances impérialistes occidentales, soutiens de vos dictatures et monarchies archaïques pendant 30 ou 40 ans, se sont tout à coup découvert un amour suspect pour la démocratie et l’insurrection populaire. C’est que prenant acte de l’usure de leurs précédents moyens de domination politique de vos nations elles ont décidé d’en renouveler les modalités. La « démocratie formelle » qui permet d’élire tous les cinq ans un satrape constitutionnel à leur solde leur parait à présent un moyen plus sûr et plus souple de prolonger leur tutelle sur vos peuples. L’objectif de cette « offensive démocratique » de l’impérialisme ne s’arrête pas au renouvellement des systèmes politiques des nations arabes. Elle vise surtout à reprendre le contrôle total et sans partage, de tout le Moyen-Orient et du bassin de la mer Caspienne. Il leur faut pour cela venir à bout du régime « de la République islamique d’Iran » qui constitue un verrou sur la mer Caspienne et le golfe arabo-persique, et restaurer sur cette grande nation la main mise de l’impérialisme anglo-américain, perdue en 1979 avec la chute du Shah. À cet égard, la Syrie baasiste de Bachar Al-Assad, alliée de l’Iran, et pont politique, religieux et « civilisationnel » entre « la Perse » et le « monde arabe », constitue le premier système de défense de la République islamique, qu’au sens de l’impérialisme, il convient de faire tomber au préalable. Alors, les ponts ainsi coupés entre « l’ancienne Perse » et le monde arabe, entre deux branches sœurs de l’Islam, le temps sera venu de dresser les uns contre les autres, de fomenter comme en 1980 (Guerre Iran-Irak) la guerre des pétromonarchies et des peuples arabes enrôlés sous la bannière de l’Islam sunnite, contre la République islamique de l’Iran Chiite. L’empressement du Qatar à s’ingérer militairement dans les affaires syriennes témoigne trop clairement de cette perspective. Comble du comble ! Cette mise en ordre de combat du monde arabe, sous la direction des monarchies les plus archaïques, qui paradoxalement n’ont pas été inquiétées par la vague des « mobilisations démocratiques », sonnerait le glas de la revendication nationale palestinienne dont ces royaumes sont les ennemis avérés. Celle-ci serait simplement liquidée au nom de la démocratie et de la coexistence avec Israël, ou au mieux, bradée dans la constitution d’un ersatz d’État « bantoustan », sans continuité territoriale et sans existence nationale véritable. Et cela constituerait le point final, ultime, de l’abaissement et de l’humiliation arabe. Un drame et un recul historique sans précédent pour le monde et la culture islamique dans sa totalité. Alors, mais un peu tard, les peuples arabes découvriraient, horrifiés qu’ils ont «été, les jouets, des manipulateurs de l’Empire du couchant, enrôlés comme chair à canon dans une guerre par délégation pour la défense des intérêts anglo-américains qui ne sont pas les leurs. Il n’est pas trop tard encore, jeunesses arabes, pour vous déciller et faire barrage aux menées bellicistes de vos faux amis occidentaux. Patrick Seignon. 14 mars 2012
