LE PODIUM DES IGNOMINIEUX

LE PODIUM DES IGNOMINIEUX D’abord, il y a, il faut le dire clairement, l’odieux, ce jeune homme, ce tueur froid qui abat des petites filles à bout portant au prétexte de venger les petites victimes palestiniennes d’une autre horreur. Tuer des enfants pour venger des enfants ? Répondre à l’horreur par l’horreur ? La justification est bien sûr irrecevable. Œil pour œil, dent pour dent, la loi du talion ? Jusqu’où donc peut conduire cette culture barbare qui prend racine dans la Bible ? Les mots de la haine fétide La haine n’est pas toujours un sentiment amoral. Elle est même justifiée et salutaire quand il s’agit de haïr ses ennemies. Mieux, elle est consubstantielle du concept même « d’ennemis ». Mais la haine est fétide quand elle est mal placée, quand elle s’applique à des individus, des groupes sociaux, des nations ou des croyances non parce que ce sont des ennemis avérés, mais comme défouloir, comme exutoire, d’une colère qu’ils n’ont pas réellement provoquée. Et la haine mal placée débouche nécessairement sur l’ignominie. C’est ainsi que Marine Le Pen c’est rangée ce matin sur la première marche du podium de l’ignominie, en déclarant que « l’on avait sous-estimé le danger fondamentaliste » Façon fort à propos il faut en convenir de faire rentrer l’actualité en résonnance avec sa campagne électorale en faisant croître le réflexe islamophobe. Cette réaction est ignominieuse, car le problème, pour ne pas dire le message, qu’il faut décrypter dans les actes odieux de l’assassin, n’est pas celui de la « dangerosité » de l’Islam, pas d’avantage celle du fondamentalisme musulman et pas même celle du « salafisme ». L’abcès c’est celui des rancoeurs et des haines que créent, accumulent ou entretiennent les velléités interventionnistes de l’impérialisme occidental, partout dans le monde ; celles que créent, accumulent et entretiennent les souffrances et injustices multiformes imposées aux peuples des théâtres d’opérations. Au demeurant, focaliser les regards sur l’aspect religieux de la question, n’est-ce pas le moyen de s’exonérer à bon compte des responsabilités qui sont celles de nos pays et de nos gouvernements, de nous-mêmes opinions publiques et citoyens aux silences complices ? N’est-ce pas le moyen de s’exonérer à bon compte du nécessaire inconfort d’une remise en question ? Ceux de l’indécence Le grand rabbin de France n’a pas voulu manquer la deuxième marche du podium. Il rejette comme irrecevable, tout amalgame avec de certaines situations au proche orient. Mais il n’appartient pas au rabbin ni a quiconque de décréter ce qui a un lien et ce qui n’en a pas. Il serait bien venu en l’occurrence de s’en remettre à une approche plus humble de la question, et de se limiter à prendre acte des réalités. Or le lien existe quoi qu’il en soit. On peut, nous le faisons ci-devant, juger ces motivations irrecevables, elles n’en sont pas moins avérées de l’aveu même de l’assassin. Si certaines barbaries ne sauraient être des justificatifs suffisants à d’autres barbaries, il n’en reste pas moins qu’elles sont sans nul doute génératrices de frustrations de haine et de dégouts et peuvent constituer un terreau favorable à des réactions insensées. Il n’y a pas de lien, proteste le grand rabbin, pourtant, qui horrifié par l’assassinat des petites filles de l’école juive de Toulouse aurait l’indécence de dire qu’il le fut moins le 16 janvier 2009, par la mort des trois filles du docteur Al-Eich, tuées à Gaza dans leur maison pulvérisée par un tir d’obus de char israélien ? Dans lequel de ces deux cas l’amoralisme est-il le plus patent ? Dans l’acte délirant d’un tueur fanatisé et isolé ou dans celui délibéré et cynique d’une armée prétendant agir au nom de la légalité, de la démocratie et de l’autodéfense, qui « reconnait sa responsabilité », mais seulement pour s’autojustifier. ? Et ceux du cynisme Benyamin Nétanyahou était bien sûr un peu en décalage avec ce qui se passait sur la scène française. C’est pourquoi il a raté la première et la seconde, mais aura bien mérité tout de même d’accéder à la troisième marche du podium de l’ignominie. Il a déclaré à l’adresse des politiques et journalistes français qu’il leur fallait faire attention quand ils parlent des enfants palestiniens tués dans les territoires, car cela pouvait attiser les haines et justifier des fous à passer à l’acte. Notons tout de même et tout de suite que le premier ministre israélien en identifiants ainsi des liens de cause à effet contredit lui-même les déclarations du grand rabbin de France. Mais cela n’est qu’anecdotique. Le fond de la question qui le classe aux premiers rangs des ignominieux, c’est qu’il vient en quelque sorte de suggérer à la presse française de faire le silence quand « Tsahal » opère et dérape*. Selon lui, ce ne sont donc pas les horreurs commises par l’armée de « l’État juif » qui seraient génératrices de haines et de rancoeurs, mais l’information qui en fait état. Patrick Seignon. *Or, les journalistes français, pour la plupart grands amis de « l’État juif », savent d’eux même ce qu’ils ont a faire. Le premier ministre israélien n’avait pas besoin de dire cela. On a vu ces derniers jours, comment les médias français ont omis de couvrir les derniers évènements à Gaza . La densité de l’actualité et la campagne électorale leur permettent de cacher leur forfait.

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