LA MONSTRUOSITÉ DES ACTES AUTORISE-T-ELLE LA DISSIMULATION DE LA VÉRITÉ ?Le père de Mohamed Merah souhaite porter plainte contre l’état français qui a tué son fils. Alain Juppé lui réplique « si j’étais le père d’un tel monstre je me terrerais dans un trou. Outre la tonalité insultante de cette répartie, il faut noter qu’elle est empreinte de forts relents d’inhumanité et d’un grand mépris pour la justice et la vérité. Toutes choses surprenantes dans l’expression publique d’un haut dignitaire de l’état. Mohamed Merah est un monstre ? C’est un jugement moral qui ne fait pas avancer “le schmilblick”, ni la compréhension des réalités, ni n’apporte aucun éclairage de la vérité. Mais soit, prenons le pour dit et passons. En droit pénal français, il n’existe pas de notion de responsabilité collective. « La monstruosité » décrétée du fils ne fait pas un monstre de celui qui l’a engendré et n’autorise en rien à l’insulter, lui et son amour filial. Pour être “monstre ”, Mohamed Merah n’en était pas moins un fils et Mohamed Benlalel est un père. Un père qui lui aussi a perdu un fils qui que soit ce dernier. Les vaines insultes que lui adressent Juppé, et Sarkozy dans la foulée du premier, ne grandissent pas ceux qui les profèrent. Mais allons au-delà des éclats de voix. L’injure faite au père ne témoigne-t-elle pas de l’embarras des autorités ? Ne s’agit-il pas d’intimider le plaignant en disqualifiant sa plainte à peine formulée. L’État, ses plus hautes autorités auraient-elles quelque chose à cacher ? Les « terroristes » tuent, froidement, ils sont « extrémistes, embrigadés, fous, monstrueux, fanatiques ». Mais « l’État de droit » français, lui, n’est rien de tout cela, il ne tue pas ? Ce n’est pas son rôle ? Il a des lois, les fait respecter et appréhende les contrevenants. D’ailleurs, la peine de mort n’est plus en vigueur chez nous depuis 1981 et aucun tribunal n’est habilité à la prononcer contre qui que ce soit. A fortiori, aucun officier de police ou de gendarmerie, aucun fonctionnaire quel que soit son rang ni aucun donneur d’ordre, n’est habilité à l’appliquer, de manière préventive en quelque sorte et sans aucune forme de procès, La peine de mort est bannie de notre arsenal pénal, peut-on tolérer qu’elle soit tout de même appliquée à la discrétion de ceux-là mêmes dont le rôle est d’appréhender et non de tuer les prévenus. La mission de l’État et de ses serviteurs policiers, GIGN compris, c’est de déférer vivants, à la justice, les délinquants les fous les assassins et les terroristes afin que soit faite toute la lumière sur leur forfait. Alors, on peut tenter de discréditer notre propos en rétorquant de manière condescendante, que cela est facile à dire et moins aisé à faire, et que « les décideurs, les vrais » n’ont que faire des conseils des “donneurs de leçons de tous bords ”. Mais nous non plus ne manquons pas de réparties, c’est pourquoi nous répliquons immédiatement : les « décideurs de l’État qui ne sont pas capables d’appliquer les propres principes de cette institution ni d’en respecter eux-mêmes les lois et les règles doivent sans plus tarder laisser la place à des gens plus compétents qu’eux. Un grand pays comme le nôtre en regorge. On ne se taira pas, bien que nous ne prétendions donner de leçons à personne. On peut faire preuve d’humilité sans que cela amortisse notre exigence de vérité. Or, dans le cas d’espèce ce n’est pas nous qui faisons la leçon, mais un monsieur qui de par son passé et son expertise est totalement habilité à le faire et hors soupçon d’impartialité. Ce monsieur c’est Christian Proutaud fondateur et ancien patron du GIGN. Qui a dit que cueillir Mohamed Merah vivant était possible. Alors si on ne l’a pas fait, et si au demeurant on veut faire taire ceux qui disent cela et veulent en savoir plus, c’est sans nul doute parce qu’il y a des choses à cacher à l’opinion publique. Mohamed Merah s’est conduit en monstre ? Cette vérité lapidaire n’a-t-elle pas pour fonction de ‘fermer le clapet ’ à tous ceux qui réclament la lumière ? N’y aurait-il pas dans cette affaire des services ou des hommes que l’éclairage de la vérité désignerait comme tout aussi monstrueux ou plus encore ? Plus cyniques, parce qu’ils ont tiré les ficelles, parce qu’ils auraient instrumentalisé la dérive meurtrière d’un jeune paumé de banlieue ? Le père de Mohamed Merah veut porter plainte contre la France, il ne se satisfait pas de la vérité officielle un peu courte, il a raison ! Sa plainte n’est-elle pas la meilleure façon de faire valoir l’exigence de la vérité ? Tous ceux, et ils sont nombreux, qui comme nous dénoncent les zones d’ombres de cette affaire, ne peuvent que lui donner raison et l’appuyer dans sa difficile démarche.
