AMBIANCES POSTÉLECTORALES

AMBIANCES POSTÉLECTORALE Il fait noir, un noir presque total, seule une lampe falote tante de briller loin là bas à un angle de rue. Une petite bise glaçante s’immisce comme un courant d’air entre les ruelles qui aboutissent au quai désert que dominent les hautes et noires silhouettes silencieuses des anciens bâtiments des docks. J’ai froid. Mais peut-être est-ce aussi la faute de cette angoisse qui me noue l’estomac et me glace les os. Dans la pénombre, au détour de l’une de ces ruelles hostiles, je sais qu’une bande de larrons m’attend pour me détrousser. Ils n’hésiteront pas même à me suriner si je résiste et à me jeter, encore vivant peut-être, dans les eaux noires et glacées du port. J’entends à peine le clapotis de la mer contre les quais à ma gauche, car tous mes sens, mon ouïe toute la première, sont mobilisés pour détecter la menace qui se dissimule quelque part à ma droite. Je suis comme dans une scène de terreur hitchcockienne. J’ai froid, j’ai mal, j’ai sommeil, j’ai la nausée, je suis en France, ce 23 avril 2012, lendemain d’élections.Je sais qui sont les larrons. C’est la droite dure, qui a serré les coudes autour de son « Capo », le nabot hargneux et agressif au langage négligé. Ce sont les profiteurs et les accapareurs sous la houlette de la haute finance internationale, qui veulent continuer à détrousser le peuple. Ils ont eu peur du délitement de leur candidat. Ils se sont ressaisis, ce que les « politologues » appellent le réflexe du vote utile a tout de même joué. Ça n’est pas cette fois, comme en 2007, au détriment du vote Le Pen, Marine, l’héritière, faisant un score historique. C’est au détriment du centre. C’est Bayrou qui en fait les frais, ce qui explique sa contre-performance. Une large partie de son électorat potentiel, celui qui c’était manifesté dans les « intentions de vote » a préféré dans l’isoloir voter tout de suite pour Sarkozy afin de mettre celui-ci à l’abri du risque de disqualification. Certes m’objecterez-vous, plus de 27 % des voix, plus de dix millions d’électeurs, ce ne sont pas que les requins de la finance et les capitalistes. Il y a, bien entendu, dans le nombre un volant de demi-riches, de classes moyennes et même une proportion non négligeable d’électorats populaires. C’est là une évidence que je me garderai bien de nier. C’est dans la nature même du suffrage universel. Par delà même ceux qui ont intérêts à ce positionnement politique parce qu’ils profitent plus ou moins de cet état de choses, et parmi eux beaucoup de « gagnes petit », il y a aussi beaucoup de gens qui n’ont pas une claire conscience de leur statut social réel. Beaucoup de gens qui n’ont pas une claire conscience de leurs intérêts propres et qui votent pour « les maitres », dont ils considèrent que le pouvoir leur est dû naturellement puisqu’ils sont les maitres, ou qui se laissent manipuler par les puissances médiatiques. Ceux-là sont ‘les troupes », la base électorale, et leurs votes ne changent rien à la nature de « classe » du suffrage exprimé ainsi.Je ne m’étendrai guère sur le score du Front national, je l’avais anticipé (Petit tour d’horizon avant le premier tour) non seulement Sarkozy n’a pas « siphonné» les voix de celui-ci, mais il a au contraire contribué à le gonfler. Le score de Marine Le Pen est sans nul doute un succès à mettre d’abord à son crédit, mais en vérité la campagne qui porte le FN au niveau historique que voilà, Sarkozy l’a faite aussi pour une part certaine. Pas seulement depuis l’ouverture, officielle ou pas de celle des présidentielles de 2012, mais bien avant, par sa politique même : loi contre le port du voile, expulsion des Roms, lois antirécidives, propagande islamophobe sous couvert de lutte contre le « terrorisme », discours antiassistanat et ultra sécuritaires, etc. Chacun remarque, et beaucoup s’émeuvent du succès électoral du Front national. Mais la réalité, à mettre au compte de Sarkozy est bien pire encore. Ce n’est pas un parti d’extrême droite qu’il nous lègue, mais presque deux, car au fil des ans, l’orientation de l’UMP c’est durcit à droite, et il ya tout lieu de penser que cette dérive va se confirmer entre les deux tours. Et cet encrage de la droite française sur les thèmes et le tempo de la droite extrême, participe du raidissement du contexte politique national dont nous avons parlé au début, et accroit encore le sentiment de malaise qui résulte de ce premier tour.Alors certes, François Hollande est en tête et devrait en toute logique remporter le deuxième tour. Mais Sarkozy a bien résisté, et les choses sont loin d’être jouées d’avance. Hollande l’emportera probablement, mais le scrutin du premier tour n’a rien changé à l’équilibre qui perdure, des forces électorales dans ce pays depuis presque 30 ans : la droite à 54 % et la Gauche à 46.Un seul, par delà le score du Front national, un seul autre grand évènement modifie la donne, c’est le score du Front de Gauche, et surtout, la campagne de Jean-Luc Mélenchon.. Certes, le résultat électoral est en dessous des prévisions « sondagières », là aussi nous l’avions anticipé (même article du …). Certes le pari de devancer le FN est bien loin d’avoir été tenu. C’était une erreur tactique de le faire. Du coup ça ternit l’interprétation d’un résultat somme toute encourageant. Le front de Gauche, que nous définirons ici, pour des raisons d’aisance, comme « la gauche combative », a réalisé le meilleur résultat électoral de la mouvance communiste depuis 30 ans. Les thèmes développés durant la campagne ont sans nul doute contribué à réarmer les esprits de la volonté de combattre. Et c’est cela l’essentiel.Dans la période qui s’ouvrira le 6 mai, le Front national a tout lieu d’occuper une place prépondérante. Le piège pour le Front de Gauche, serait alors de s’enfermer dans le statut de « front antilepen » et d’oublier d’être alors l’opposition populaire radicale à la politique de la finance internationale dont hollande après Sarkozy, sera le nouveau maitre d’œuvre ou à défaut l’otage. Cet oubli serait la pire des choses qui puisse arriver « à la gauche » et aux classes populaires, car de nouveaux griefs cumulés, de nouvelles déceptions à son endroit précipiteraient cette fois le FN au centre du jeu politique. Que « la gauche molle » déçoive, cela est couru d’avance et inévitable, car inscrit dans ses gênes. Ce n’est pas là que se situe le véritable danger. Le danger serait que « toute la gauche » soit rendue responsable, sans que ne se dessine aucune alternative, sans que ne se présente aucune planche de salut. Là se situe dès lors la responsabilité historique du Front de gauche. Et sa faillite dans cette affaire le rendrait partiellement responsable des succès ultérieurs du FN, qu’elle que soit la dureté de ses insultes et le niveau sonore de ses imprécations contre ce parti.

Please follow and like us:
0
Tweet 20
Pin Share20

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

YouTube
LinkedIn
Share
Instagram
Retour en haut