« QUI C’EST CELUI-LÀ ? »* Cherchant ce qu’il y a de nouveau dans mes pages Google, je découvre le« Forum des amis de Lutte ouvrière – Nathalie dans les médias » qui a publié mon article « Révélation », paru le 13 avril sur le site « La voie des sans voix ». Je lis l’annonce : « Je trouve que le Patrick Seignon sent un peu le brun rouge, j’espère me tromper. Ca n’empêche pas N. Arthaud d’être très bien, mais il faut se… ». J’ai failli m’étrangler. Mais l’effet recherché est atteint puisque ma curiosité piquée au vif, je n’ai pu m’empêcher de cliquer pour en savoir davantage. Alors, j’ai lu, dans ce forum, d’autres réactions relatives à mon article. Il y avait celle, enthousiaste de Nemo2, qui disait comme moi avoir découverte Nathalie Arthaud dans cette émission. La suite l’était moins. « C’est qui Patrick Seignon, un proche de LO, je présume ? » interroge « Zelda » et Pelon lui réponds « Je ne crois pas. Mais d’extrême-gauche, issu du mouvement lambertiste, si je ne me trompe pas. »Le vin que tu m’as fait boire m’a paru bon, mais n’était-il pas un peu passé ?C’était un grand Sauternes !Ah, c’est vrai qu’il était bon.Un château Yquem !Il était excellent en effet.Magie de l’étiquette, eh oui, les thèses, les idées, les opinions ne suffisent pas au commun des mortels pour se former un jugement. Il lui faut des classifications. Dans les rayons de la pensée, les idées sont à ceux-là comme les vins ou les produits de la grande distribution, ils ne s’y attardent vraiment qu’à la condition expresse qu’elles soient dument emballées et étiquetées, « traçabilité » oblige. N’y aurait-il pas un peu de « poison brun » instillé par le bouchon dans le nectar rouge coquelicot de Patrick Seignon. ? Alors, voilà, moi qui ai toujours agi en pleine lumière, et n’ai jamais rien caché par delà les exigences de la pudeur, j’ai décidé de lever un bout de la toile dont le Web m’a fait un voile à mon insu. Je vais vous dire les références et appellations de mon AOC. Mais attention, pas tout, je ne me dévoilerai pas totalement, il me plait aussi de « jouer les coquettes », j’ai pris goût à cette part d’ombre qui attise les curiosités. Fidèle toutefois à ma ligne de conduite, c’est aux idées que j’entends avant tout adosser mon CV. Je suis socialement classable dans la « catégorie », moi je préfère précisément, « classe » ouvrière. J’ai commencé mon engagement politique, vers 16/17 ans aux Jeunesses et Parti communiste. Pour un jeune ouvrier en ce temps, ce n’était pas si mal. J’ai rompu avec le PCF début juin 1968, en plein milieu de la grande grève, pour me rapprocher des « cercles rouges » qui devaient, début 1969, donner naissance à la Ligue communiste. J’ai pris part à la fondation de celle-ci et milité dans ses rangs. Je fus de ceux qui manifestèrent « bruyamment » rue Monge, en 1973 contre le meeting « brun » d’Ordre nouveau à la Mutualité. À la suite de quoi la LC et Ordre nouveaux, renvoyés dos à dos, « les extrêmes se rejoignent » furent toutes deux dissoutes par Marcellin. Une organisation politique entièrement nouvelle, la LCR, vit le jour et j’en fus comme de bien entendu. Je me suis éloigné plus que je n’ai rompu avec cette organisation politique. Cela date des années 82 ou 83. Mais j’y ai gardé jusqu’à ce jour, des amitiés solides.. En fait, mes désaccords se manifestèrent en 1981. Ca vous dit quelque chose 1981 ? L’arrivée de « la gauche » au pouvoir, ou plus exactement la victoire de François Mitterrand. Dès les premières mesures du gouvernement Mauroy, que j’analysais comme clairement antiouvrières, je voulais que l’on se démarque, que la LCR se positionne comme une opposition ouvrière à « la gauche de gouvernement ». Mais je réalisais bien vite, que mes amis politiques s’étaient fourvoyés trop avant, qu’ils s’identifiaient à cette gauche. Il me vint la réflexion que moi je n’étais pas de « Gauche ». Les concepts de « gauche » et de droite » appartiennent à la tradition républicaine parlementaire et désignent les deux parts d’un même système en charge de la gestion de la société capitaliste. J’étais, et je voulais rester avant tout, un militant de la transformation sociale révolutionnaire. J’entamais alors une période de repli et de réflexion personnelle aux termes de laquelle j’écrivis un petit livre intitulé : « Social-Bonapartisme et classe ouvrière – (« Union de la gauche » alternance ou alternative ? 1968 – 1997) » visible sur le site « lavoiedessansvoix.fr ». Cet ouvrage, là reste à ce jour la quintessence de ma réflexion politique, et n’a cessé depuis de gouverner mes analyses et de guider mes actions. Or, l’une de mes préoccupations était que l’on devait avoir une action politique totalement indépendante de la « gauche », notre programme et notre projet politique, que l’on devait se poser, au nom de la classe ouvrière, en candidat au pouvoir. Me voilà ainsi revenu aux termes de cette digression apparente, à l’autre sujet qui troublait les internautes rencontrés sur le forum des amis de lutte ouvrière. À l’allégation (issu du mouvement lambertiste) « Plutôt passé par la LCR, il me semble. » Répondait Harpo. « En tout cas, sa façon de traiter Philippe Poutou ne m’est pas sympathique. ». Et Artza renchérissait « Que Seignon peut importe ici qui il est d’où il vient et où il va écrive du bien de Nathalie et de sa campagne est plaisant. Que ce soit aux dépens de Poutou du coup ça a beaucoup moins d’intérêt. » Je fais en effet un grief à Philippe Poutou, mais nullement au sujet de « son langage relâché » comme le suggère Zelda, quand bien même il aurait pu s’en dispenser. Non, le grief que je lui adresse est entièrement politique, il tient à ceci : nous devons revendiquer le pouvoir politique au nom de la classe ouvrière, pour dire cela l’élection présidentielle est un moment privilégié. Il n’est pas de bon ton de dire en ces circonstances que l’on se fait « chier là » alors que les choses sérieuses se passent ailleurs. Ce n’est pas de bon ton, car ce n’est pas vrai et ça décrédibilise notre discours politique et notre présence dans cette arène. Certes, les luttes, les boites, les potes, la solidarité ouvrière, c’est important. Comment ne le saurai-je pas, moi syndicaliste, aux avant-postes dans de nombreuses luttes sociales, dont celle de 1995 ? Mais je sais aussi que sans ciment politique, sans une stratégie qui projette les luttes sur le terrain de l’action politique, celles-ci sont promises à des lendemains qui déchantent. Boulotée par la « Gauche plurielle » la mobilisation sociale de 95 fut transformée en « victoire électorale de 97 », on a vu pourquoi. Alors oui s’était une erreur grave, que le candidat du NPA, Philippe Poutou investit d’une mission politique nationale, déclare que celle-ci était en quelque sorte secondaire, épiphénomènale, que l’essentiel s’était les luttes, réduisant l’action politique à la lutte économique. M’en croirez si vous voulez, cette critique franche, loyale et nécessaire – devais-je m’en abstenir ? – n’enlève rien, à l’estime que je confesse, je dirai même à la tendresse que je ressens, pour Philippe Poutou, mon semblable,l’ouvrier engagé, le militant révolutionnaire Or, c’est précisément ce qui m’a chiffonné moi, qui devait enchanter Nathalie Saint-Cricq.Si mon propos a paru un peu amène, ce n’était pas tant Philippe Poutou qui en étais la cause que la manière dont le système médiatique s’emparait du personnage sous nos yeux, et les critères qui présidaient à ce choix. Il choisissait Philippe Poutou précisément parce qu’il avouait n’avoir rien à faire là, et entendait non pas revendiquer le pouvoir politique, mais se tenir à la place qui lui est dévolue, à la base, dans les boites et dans les luttes. Il choisissait Philippe Poutou, parce que les positions du NPA sont moins tranchées que celles de « Lutte ouvrière » sur la nature du PS et l’éventuel report de voix sur le candidat de la « gauche ». À l’allégation selon laquelle « le Patrick Seignon sent un peu le brun rouge » Harpo interroge « Qu’est-ce qui te fait dire ça ? C’est une accusation grave, peux-tu l’étayer ? » Non Harpo, ce n’est pas une accusation, c’est une simple supputation, mais elle est injurieuse, et c’est pourquoi tu as tout de même raison : c’est grave ! Peut-il l’étayer ? « Yannalan » c’est son pseudo, n’est pas loquace. Nous n’en saurons guère plus, sinon « qu’il faut se méfier des flatteurs ». « Brun rouge ? Flatteur ? » La coupe est pleine n’en jetez plus. Mais au fait pourquoi, sur quoi se fonde (ses jugements) lapidaires ? Pas le moindre début d’explication. Il est ainsi des gens qui tentent de vous « flinguer » avec des mots. Leurs motivations ? Pas toujours claires. Mais en l’espèce, ce que je dis dans l’article sur Nathalie Arthaud, du débat de celle-ci avec les journalistes sur la question de Gaza, ne serait-il pas ce qui me vaut ce projectile polémique acrimonieux et infâme ? J’ai pour ma part une épaisse carapace « anti mots balles », ce sont mes idées et mes nombreux écrits. Ceux-ci témoignent pour moi. Vous savez que cela est possible, vous saisissez un nom propre dans la barre d’un moteur de recherches et vous cliquez « rechercher ». À Patrick Seignon vous trouverez, sur Google par exemple, de quoi satisfaire votre curiosité éventuelle et éclairer votre lanterne. Je vous laisse seuls juges et libres de me coller toutes les étiquettes qu’il vous agrès, si vous en avez encore le cœur et l’utilité. * Petit emprunt au titre d’une chanson bien connue, de Pierre Vassiliu.
