ADRESSE PUBLIQUE A MONSIEUR LAURENT FABIUS, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DE LA FRANCE. Monsieur le Ministre, De par les « us » de la cinquième république, la politique internationale de la France est le « domaine réservé du Président. En conséquence de quoi m’adressant à vous, Monsieur le Ministre des Affaires étrangères.je m’adresse, aussi d’une certaine manière, à Monsieur François Hollande . La « démocratie», ce mot galvaudé qui est devenu récemment, le leitmotiv de toutes les politiques rétrogrades et l’étendard des agressions impérialistes, consisterait-elle pour les citoyens à élire « un président », puis, excusez la trivialité de l’expression, « à la fermer » tout le temps de la mandature ?. Nous ne l’entendons pas de cette oreille. La démocratie, à défaut de l’exercice impossible du pouvoir direct par tous, ce devrait être, à tout le moins, le contrôle permanent des citoyens sur les orientations politiques du pouvoir. C’est bien au nom de la France, donc de son peuple, que vous prendrez demain de graves décisions, qui engageront moralement et financièrement les citoyens que nous sommes, que je suis. C’est pourquoi, Monsieur le président de la République, Monsieur le Ministre, vous souffrirez que l’humble citoyen que voilà, fasse entendre sa voix, dise ses craintes et ses réprobations, manifeste ses doléances et fasse connaître ses souhaits. …. À deux reprises, lors de son premier interview au journal télévisé de 20 heures de France 2 comme Président de la République, puis le vendredi 1er juin, à la suite de la visite de Monsieur Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie, François Hollande a répété « son » exigence du départ de Monsieur Bachar Al-Assad du pouvoir. Faisant même de cela une condition préalable au règlement de la crise. Une telle présomption ne vous parait-elle pas carrément « abracadabrantesque» ? Comment se peut-il qu’un chef d’État étranger ait ainsi l’outrecuidance de décider pour, et à la place d’un peuple, qui doit le conduire. Oserait-on, pareille incartade concernant la présidence des USA, le premier ministre du Royaume-Uni, le chancelier d’Allemagne, et même les premiers ministres Italiens ou Espagnols « ces mauvais élèves de la zone euro» ? Non, bien entendu ! Ceux qui osent cela concernant la Syrie, la Lybie la Côte d’Ivoire ou l’Iran, s’y avisent, c’est la seule explication qui tienne, parce qu’ils considèrent ces nations comme subalternes et leurs peuples comme mineurs. Aussi devons nous constater avec amertume que sous la conduite de Monsieur François Hollande, et la vôtre, Monsieur le Ministre des Affaires étrangères, la diplomatie française n’a pas, à ce jour, rectifié d’un seul degré le cap de l’équipe exécutive précédente. Si vous avez fait votre le slogan : « le changement c’est maintenant », cela de toute évidence ne concerne pas l’orientation de la politique internationale de la France. Vous avez d’apparences choisit, en la matière, de marcher allègrement dans les pas de vos prédécesseurs, Nicolas Sarkozy l’exécuteur de la Lybie et Bernard Henri Lévy, son âme damnée. Ceux-ci qui ont liquidé le cours « Gaullien » de la politique internationale de notre pays et inauguré ensemble l’adhésion française à la diplomatie de la brute inspirée par le diktat américain. Il y a peu, Monsieur Hollande, qui rendait hommage à Jules Ferry le fondateur de l’école publique obligatoire et laïque, c’est cru obligé de faire grief à ce grand homme de la part qu’il eut à l’aventure coloniale de la France. Lionel Jospin en son temps, ne s’était-il pas excusé au nom de la France, pour ces soldats tombés sur les fronts durant la Première Guerre mondiale, non-victime du feu de « l’ennemi» qu’on leur avait désigné, mais sous les balles de leurs propres officiers. C’est trop facile, messieurs, de faire des mea-culpa lénifiants, 100 ou 150 ans après les faits. C’est trop facile de se donner bonne conscience en stigmatisant longtemps après « les erreurs d’autrui», quand les cendres de l’histoire ont cautérisé les plaies et amorti les rancoeurs. C’est trop facile de se donner à bon compte des allures d’hommes sages et prudents Ce que les peuples devraient pouvoir attendre des dirigeants politiques, c’est moins la clairvoyance d’antan que celle de l’avenir qu’ils ne les entraînent pas, au présent, dans d’autres aventures et impasses historiques tout aussi contestables quand elles ne sont pas que les répétitions des aberrations du passé. Vos arrières petits enfants seront-ils obligés un jour de demander pardon devant l’histoire et la conscience universelle pour les incongruités de votre conduite ? C’est trop facile, messieurs, de voir la paille dans l’œil de vos grands-pères en ignorant la poutre qui est dans le vôtre. Nonobstant les crimes coloniaux de la France d’hier, vous nous précipitez, dans le sillage de la politique internationale anglo-américaine, vous rendant complices de nouveaux crimes contre les peuples et les nations, tout aussi grands et répréhensibles, tout aussi impardonnables, que ceux de vos célèbres aïeux. Comment pouvez-vous, dans le même temps, et sans ciller, admonester la politique coloniale de Jules Ferry et donner votre aval, assurer de votre collaboration active la nouvelle aventure coloniale de l’Amérique impériale d’à présent ? Car, comment ne pas voir, sauf à être aveugle ou de fort grande mauvaise foi, le liant de la cohérence impérialiste qui cimente la politique extérieure des USA, depuis Georges W Busch jusqu’à Barak Obama. Après les attentats de New York, Georges W Bush déclara une guerre longue et universelle au « terrorisme». Il affirma, lors d’un déplacement électoral le 1er février 2002, « Si vous êtes un de ces pays qui développent des armes de destruction massive et que vous êtes prêt à vous allier à un groupe terroriste ou vous soutenez actuellement le terrorisme ou si vous ne partagez pas sincèrement les valeurs qui nous sont chères, alors, vous aussi vous êtes sous surveillance » L’Afghanistan envahi, un des premiers objectifs de G W Bush fut l’Irak. Ill était impossible portant d’établir le moindre lien entre le terrorisme islamiste intégriste d’Al-Qaïda, ou le régime des talibans et leur ennemi juré dans la région qu’était le régime laïque de Saddam Hussein. Qu’importe ! « Quand on veut tuer son chien ne dit-on pas qu’il a la rage ? » : « Saddam Hussein avait des « armes de destruction massive et représentait un danger imminent pour l’occident».Telle fut la thèse officielle, on devrait dire le mensonge, portée par toute la puissance médiatique de l’Occident. Armada, croisade, au nom de Dieu et des « valeurs occidentales » Georges W Bush alla abattre là-bas le régime laïque baasiste, pour installer « la démocratie occidentale » un phare qui rayonnerait bientôt sur tout le porche et Moyen-Orient. L’Afghanistan soumis, l’Irak éreinté, le Soudan partitionné, le Yémen amorti, la Jamahiriya libyenne exterminée, la Syrie à feu et à sang, l’Iran dans la ligne de mire, ne s’agit-il pas là de toutes les cibles désignées par Georges W Bush ? N’a-t-on pas tout simplement assisté à l’exécution de son plan exposé dans son « discours-programme» ? N’est-ce pas l’exécution du « même plan » qu’a poursuivi Barak Obama, en masquant, à la faveur « du printemps arabe », la croisade nauséabonde» de Gorges W Busch dans la burqa de la démocratie occidentale ? Sous la conduite de Jacques Chirac et Dominique de Villepin, la France avait eu l’insigne honneur de lever l’étendard de la contestation. Elle avait refusé d’obtempérer à l’injonction de l’Amérique. Le régime de Saddam Hussein était-il plus présentable que celui de Bachar Al Assad ? La France d’alors reprochait-elle moins de crimes et de répressions à Saddam Hussein qu’elle n’en reproche à présent à Bachar Al-Assad ? Non ! À l’évidence, ce n’est pas dans ce genre de considérations qu’il faut chercher les motifs des différences entre la ligne adoptée alors par Jacques Chirac et la vôtre aujourd’hui. Jacques Chirac et Dominique de Villepin refusèrent d’enrégimenter la France dans la coalition américano-occidentale, parce qu’ils savaient que vrais et faux, tous ces griefs dont l’Amérique et l’occident assaillaient alors le régime de Saddam Hussein, n’étaient surtout que des prétextes, et parfois même des mensonges élaborés de toutes pièces par les services de renseignement et quelques autres officines à la solde (AIEA, Secrétariat général de l’ONU, etc.) pour justifier une expédition de caractère colonial au bénéfice de « l’oncle Sam». En résistant ainsi à l’Amérique impériale, la France contemporaine se révéla à nouveau grande. Depuis bien longtemps les Français n’avaient eu plus de raisons d’être fiers de leur pays et de ses dirigeants. Mieux qu’avec les mots obséquieux des « repentirs historiques qui n’engagent à rien, elle se faisait alors pardonner, au moins partiellement ses errements et ses exactions coloniales par les nations et peuples ses anciennes victimes. C’est Nicolas Sarkozy, qui a changé ce cours glorieux de la politique extérieure de la France, pour adopter le cours honteux et humiliant de la vassalisation. Il a fait de notre pays et de notre diplomatie de simples supplétifs de l’impérialisme anglo-saxon et une nation mercenaire louant ses services au plus offrant. Vous aviez applaudi, mais peut-être était-ce alors à cause du sens du vent de l’opinion, à la conduite mémorable de Chirac/de Villepin. Mais paradoxalement, venus au pouvoir c’est à celle de Nicolas Sarkozy qui est totalement contraire, que vous emboitez-le pas sans rechigner. Oh certes, nous ne nous faisions guère d’illusions. Feue la vieille social-démocratie, dont vous descendez vous a transmis, nous ne le savons que trop, un lourd capital génétique, qui vous enclin à la subordination à l’impérialisme américain. Mais contrairement à certains savantissimes autoproclamés qui voient dans les ‘gênes» les manifestations concrètes et indépassables de la « prédestination», nous voulions croire nous, dans l’aptitude de chacun, et donc de vous-même, a forger librement son propre destin, que l’on nomme la liberté et le libre arbitre. Avant de prétendre importer la liberté hors de nos frontières, ne serait-il pas bien venu de rendre à la France sa propre liberté et l’exercice de son libre arbitre ? Nous refusions de croire que les pesanteurs de votre tradition historique puissent être une fatalité à la diplomatie de notre pays. C’est pourquoi nous avons attendu un peu avant de nous indigner. Les faits ont parlé, nous sommes suffisamment édifiés. Nous savons votre protestation : « Il ne s’agit pas en la circonstance – vous insurgerez-vous – d’aventure coloniale, ni d’agression occidentale, mais bien d’urgences humanitaires pour mettre un massacreur hors d’état de nuire. » Les massacres ? Les prétextes ? La conquête de l’Algérie, ne fut-elle pas déclenchée pour mettre fin aux activités de piraterie des « Barbaresques» en méditerranée, et celle de l’Indochine pour protéger les missions chrétiennes ? Rien n’est changé en vérité sous les cieux de votre raison. Comme au temps de Jules ferry, c’est au nom de la supériorité morale de notre civilisation et de nos institutions politiques, que vous voulez apporter, dans les fourgons de nos armées, le fleuron de « la démocratie occidentale», à ses peuples politiquement attardés, gouvernés par des satrapes sanguinaires et non élus. La démocratie politique, le statut de la femme, tels sont les thèmes rafraichis, de la rhétorique d’aujourd’hui, qui ont remplacé ceux assumés hier de supériorité et de transfert de civilisation.- L’emballage c’est adapté aux sensibilités du temps, mais les fondamentaux de la pensée reste les mêmes. Le pire peut-être, c’est que cette pensée politique arcboutée sur une échelle hiérarchique des civilisations et des valeurs humaines, non clairement assumées de nos jours, sauf peut-être par Claude Guéant se double d’une « hypocrisie» et d’un cynisme à vous glacer les sangs. Répondant au fameux discours de Jules Ferry, du 28 juillet1885, Georges Clémenceau le disait déjà. « La conquête que vous préconisez, c’est l’abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires pour s’approprier l’homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur. Ce n’est pas le droit, c’en est la négation. Parler à ce propos de civilisation, c’est joindre à la violence, l’hypocrisie. » Vous savez bien que tout cela n’est que manigances mensonges et prétextes. Vous n’ignorez pas, car aucun responsable politique censé, aucun observateur attentif, pas le moindre chroniqueur de presse fut-il de mauvaise foi, ne peut plus ignorer que la situation en Syrie est le produit d’une vaste provocation internationale. À l’opération diligentée par les États-Unis d’Amérique collaborent activement le « Royaume wahhabite l’allié arabe privilégié et le Qatar, créature diabolique de la finance internationale, la Turquie membre de l’OTAN, et bien entendu toutes les officines et services secrets de l’occident : CIA, MOSSAD, etc. Amis de la Syrie vous prétendez-vous ? Vos amis, puisqu’il faut bien appeler ainsi, « les amis de mes amis sont mes amis », ceux qui commettent en Syrie les crimes odieux dont vous vous emparez pour justifier votre agression contre le gouvernement légal ; vos amis donc, l’opposition armée Syrienne, ne sont pas l’émanation des aspirations démocratiques du peuple. Vous savez cela pertinemment, « vos amis» sont en vérité la 5e colonne d’un Islam rétrograde, enrégimenté par l’Arabie Saoudite et le Qatar au service des intérêts impérialistes de l’Amérique. Or, vous n’ignorez pas non plus, qu’après la Syrie il ya aura l’Iran – avec qu’elles conséquences humanitaires ? – l’objectif ultime désigné dans le discours « programme de G W Bush, de 2002.Jusqu’à quand et jusqu’où, la France sera-t-elle complice de tout cela ? IL est temps encore de vous raviser. Héritage « du mandat» notre pays entretenait depuis des lustres, des relations privilégiées avec la Syrie et son peuple francophile. Iriez-vous jouer les chiens de guerre dans ce pauvre pays déjà martyrisé par les appétits impérialistes de l’Amérique ? Ne conduisez pas la France à faire couler le sang syrien. Si vous vouliez vous grandir, c’est au service d’une solution négociée dans le respect de la souveraineté de la nation syrienne que vous emploieriez le « génie» de la France. Vous pouvez encore sauver l’honneur de notre nation et le vôtre, en vous désolidarisant de la politique agressive américaine. Je vous abjure monsieur le ministre de dénoncer « l’hommage» par lequel Nicolas Sarkozy a reconnu la vassalité de la France à l’Amérique Suzeraine et de renouer avec le cours indépendant de notre diplomatie qui était depuis Charles de Gaulle, la marque et l’honneur de notre République. Il ne peut d’ailleurs, y avoir sans cela d’avenir pour une véritable Europe politique. C’est sous l’impulsion de la France, à la condition expresse, bien sûr, que celle-ci redevienne maitresse de son propre destin, que pourra se structurer une véritable politique internationale européenne, qui fera autre chose de l’Europe qu’une simple province de l’Américan-World-Company.Avec mes salutations trés respectueuses
