QUEL HOMMAGE A STÉPHANE HESSEL ?

QUEL HOMMAGE A STÉPHANE HESSEL ?Cet article déjà publié le 7 mars, a disparu de nos écrans le 14 à la suite d’une attaque contre « lavoiedessansvoie.fr ». Ceci est une nouvelle publication (16/3/2013 après 23 heures)QUEL HOMMAGE A STÉPHANE HESSEL ?« Les morts sont tous des braves types » a dit Georges Brassens. Voilà t-y pas que la mort ferait tout à coup de Stéphane Hessel une figure emblématique de la république, de celles fort rares qui mérite de « séjourner » au Panthéon ?Stéphane Hessel, le vieil homme qui lance un cri en direction de la jeunesse : « indignez-vous ! » dans cette époque de résignation, nous sommes de ceux qui ont apprécié. Mais il faut savoir garder la mesure des choses. Le succès de librairie de son modeste ouvrage ne tient-il pas précisément à ceci qu’il appelait à s’indigner des populations qui ont moult raisons de le faire, et même d’avantages ? L’œuvre qui l’a rendu célèbre ne mérite tout de même pas de quoi se pâmer ainsi. Il s’agit juste d’un opuscule qui entrait en résonnance avec un sentiment grandissant. Nonobstant cette contingence favorable, il faut bien admettre que Stéphane Hessel n’a pas, en le commettant, fait œuvre de penseur, ni de philosophe ni même de prophète. Par delà le succès récent de l’auteur, il y avait l’homme. Et l’homme de toute évidence méritait quelques sympathies. Résistant, il avait rejoint « les forces françaises libres à Londres » et travaillé comme agent de renseignements, diplomate il a contribué à la rédaction de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Politiquement engagé à « Gauche », militant pro palestinien et antisioniste, poète de surcroît, il avait plusieurs de ces mérites et qualités que nous apprécions fort. C’est pour toutes ces raisons que nous honorons sa mémoire.Mais de là à « l’empanthéonner » n’y a-t-il pas là un manque de discernement ?– « Politiquement engagé à « gauche ». Si cette inclination présage de l’adhésion à quelques valeurs, que nous ne pouvons qu’approuver, ce n’est pas tout de même suffisamment précis. Quand on voit ce qu’est véritablement « la gauche », auxiliaire patentée du pouvoir du capital, la référence à celle-ci ne parait pas devoir être la bonne formule cabalistique pour ouvrir les portes du grand temple national– La qualité de Poète, si elle rend l’homme fort sympathique, parait être bien insuffisante aussi pour lui revendiquer une place auprès de Victor Hugo.– La « Déclaration universelle des droits de l’homme » ? Il en fut un des scribes et multiples contributeurs, pas vraiment un auteur. Au demeurant, celle-ci, comme arme idéologique de la guerre froide que l’Occident allait entreprendre contre l’espérance socialiste des peuples, n’a pas à son actif que des lettres de gloire. L’une de ses ambitions premières n’a-t-elle pas été de sacraliser en le gravant dans « le marbre des tables de la loi libérale » le droit de « propriété privée des moyens de production » que le bon sens réprouve et qui est la cause, aujourd’hui, des malheurs qui s’accumulent et accablent l’humanité ? Trop peu pour que cette contribution soit un sésame apte à lui ouvrir les portes du grand mausolée de la République.– Quand à la « Résistance », Stéphane Hessel fut au nombre de ceux qui rejoignirent à Londres, les forces françaises libres du Général de Gaulle. Cela était fort bien à l’heure où un grand nombre collaboraient avec les forces occupantes quand étaient majoritaires ceux qui « se résignaient » au nouvel état des choses. C’est donc avec respect que nous nous inclinons devant son courage et son engagement. Mais ceux pour lesquels cette raison justifie son entrée au Panthéon, ont, je le crains une grande ignorance de cette page noire de notre histoire presque récente. Ont-ils seulement songé aux conséquences perverses de leur revendication ? Jean Moulin, qui dors au Panthéon représente cette partie de la résistance française à l’occupation allemande, qui travailla sous la direction du Général de Gaulle, en étroite collaboration avec les forces alliées et dont l’action consista, pour l’essentiel, jusqu’au débarquement du 6 juin 1944, a faire du renseignement. Or une autre partie de la résistance est de plus en plus, totalement occultée de la mémoire collective. N’est-il pas paradoxal, que la filmographie française qui évoque cette période, ce soit surtout cantonné dans la farce ou le conte moralisateur, « la traversée de Paris », « Le mur de l’Atlantique », « Papi fait de la résistance » ou « Monsieur Batignolles » et que l’une des rares oeuvres ambitionnant de rendre compte de la réalité historique fusse « Résistance fer », un film américain déjà ancien. L’histoire de la Résistance en France souffre d’une vaste entreprise de falsification, qui voudrait la réduire à la seule action du Général de Gaulle et des forces françaises libres et à son rôle d’auxiliaire du renseignement des forces alliées. Si bien que vouloir ouvrir au Panthéon, une place à Stéphane Hessel, figure, certes sympathique, mais de deuxième importance, d’une des formes de la résistance, n’est-ce pas vouloir faire une place trop grande à celle-ci au détriment de l’autre la résistance populaire, active, de terrain, celle des francs-tireurs et partisans. N’est-ce pas apporter, consciemment ou non, sa pierre à l’œuvre de falsification qui veut discréditer, ou mieux, effacer la résistance populaire ? Celle-ci en effet a deux défauts intrinsèques et rédhibitoires aux yeux des classes dirigeantes et du système. 1) Émanation du peuple, à l’heure où les classes dirigeantes du pays, guidées par le sentiment dominant d’alors : « mieux vaut Hitler que le Front populaire », faisaient dans la collaboration ou adhéraient à Vichy, son souvenir qui les accuse leur est insupportable. 2) Émanation du peuple, n’est-elle pas pour les générations une leçon de révolte et de refus de la résignation. Précisément le message que Stéphane Hessel a voulu transmettre au crépuscule de son existence. Les résistants combattants, les grands, les vrais, s’appelaient Albin Durand, Pierre Sémard, Missak Manouchian, Charles Tillon, et des milliers d’autres, anonymes ou revenus à l’anonymat. S’il en est un, parmi ceux-ci, qui mérite de reposer au Panthéon, parce qu’il incarne l’esprit de combat des peuples, parce que ce fut un grand homme, marin révolté de la mer Noire en 1919, combattant des brigades internationales en Espagne contre Franco et ses alliés Hitler et Mussolini, militant syndical et cadre de la CGTU, organisateur et chef d’État major des « Francs Tireurs et Partisans » en France, ministre du gouvernement provisoire du Général de Gaulle, écrivain, c’est bien celui-ci,Charles Tillon, décédé en 1993, lui aussi à l’âge de quatre-vingt-quinze ans. Quelques-uns qui militaient pour ce transfert de la dépouille de Stéphane Hessel, prendrez probablement ombrage de notre propos. Pourtant, nous osons croire, nous, que celui-ci, homme réservé, conscient de l’iniquité dont est coupable l’histoire à l’égard de ces indignés qui versèrent leur sang au nom sacré de la justice et de la liberté, aurait milité lui-même pour céder la place à l’un de leurs représentants. Il eut compris à quel point notre propos prolongeait son message ultime : « Indignez-vous ! », bien plus que la proposition bien futile de sa propre admission au Panthéon.Quant à Stéphane Hessel, lui le Juif antisioniste, en militant pour la reconnaissance des droits nationaux du peuple palestinien, ne s’est-il pas acquis une autre place, dans un autre Panthéon classé au patrimoine immatériel, celui de la Justice humaine ?

Please follow and like us:
0
Tweet 20
Pin Share20

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

YouTube
LinkedIn
Share
Instagram
Retour en haut