PEUT-ÊTRE « BELLE et BÊTE » SUREMENTCet article déjà publié le 13 mars, a disparu de nos écrans le 14 à la suite d’une attaque contre « lavoiedessansvoie.fr ». Ceci est une nouvelle publication (16/3/2013 après 23 heures)PEUT-ÊTRE « BELLE et BÊTE » SUREMENTNous étions dans les prémisses de la campagne électorale des présidentielles de 2012. La machine médiatique à la solde des maitres du capital et de la banque tournait à plein régime pour nous vendre Dominique Strauss-Kahn, non encore candidat, comme « le bon cheval », celui qui devait gagner haut la main, les futures élections et serait bientôt le président de tous les Français. Lorsque survint l’évènement, coup de tonnerre dans un ciel serein. Sous l’éclairage cru de l’éclair, le bel équidé de la finance apparut tout à coup sous des allures plutôt bovines. Ciel serein ? En vérité pas tant que çà. Pour la plupart, ceux qui voulaient nous faire adopter l’homme savaient ses turpitudes et ses petitesses. Et cette circonstance rend compte de leurs propres petitesses et grande immoralité politique. Aussi furent-ils nombreux ceux, dans les cercles dirigeants du PS et bien au-delà, mais aussi de la quasi-totalité de la presse française et des médias, a ne pas vouloir se rendre à l’évidence à alimenter la thèse « du complot ». Les « complotistes étaient majoritaires en ce temps là. Des sondages indiquaient, 67 % des Français croi-je me souvenir. Je ne me souviens toutefois pas, si Caroline Fourest adhérait alors ou non au camp du « conspirationnisme ». Non, Dominique Strauss Kahn, un monsieur bien sous tous rapports, propre de sa personne, puissant et riche, de surcroit mari d’une icône nationale, n’avait pu violer la femme de chambre du SOFITEL de New York. C’était lui la victime d’un traquenard. Les femmes, nombreuses, n’étaient pas en reste. Martine Aubry en tête pour accréditer cette thèse. Tellement aveuglées par les besoins de la défense de leur champion, qu’elles ne se rendaient peut-être même pas compte, à quel point elle était insultante pour la victime dont elles ne parlaient alors qu’en la désignant « la présumée victime ». Insultante en effet, car il est bien évident que la présomption d’innocence qu’il est normal d’appliquer au prévenu non encore condamnés ne saurait en aucun cas induire ni être déclinée en une quelconque « présomption de victimat ».Sans jamais nous prononcer vraiment sur le fond de l’affaire, nous nous insurgeâmes alors contre le peu de cas que toute cette engeance faisait de la plaignante, et prîmes le parti de celle-ci. Le parti de la victime dans le cas d’espèce, était celui des femmes en général, des femmes violées pour lesquelles il est si difficile de se confier, et que le discours dominant, dans la figure de Nafissatou Dialo, suspectait, méprisait, renvoyait dans les cordes de la solitude qui est souvent le lot des victimes.Quand d’autres persistèrent jusqu’au bout à le soutenir dans l’adversité, nous, critiquâmes toutes les manœuvres dilatoires auxquelles l’autorisait la puissance de l’argent, et du statut social, et dont il usa sans vergogne, pour échapper à la sanction. Mais contre DSK, nous n’écrivîmes rien, d’insultant ni d’incriminant. Qu’il soit appelé à répondre de ses actes devant un Tribunal pénal. Voilà ce que nous souhaitions. Seulement que la « Justice » des hommes fasse son travail et le mette en demeure d’assumer ses responsabilités. Or, celle-ci s’est défilée lamentablement. Et une fois encore, des voix nombreuses s’élevèrent, ici en France, pour interpréter en termes de certificat d’innocence un « non-lieu» qui ne disait rien de tel, ne laissant subodorer que le caractère de classe et la grande vénalité de la Justice américaine. Le coup de pied de l’ânesseMais à présent, c’est contre un pamphlet, que nous sommes contraints de nous dresser, au bénéfice, de cet homme pour lequel nous ne nourrissons pas la moindre sympathie. Ni les soupçons, ni les charges qui pèsent sur lui, ni le capital d’antipathie qu’il s’est si justement acquis dans l’opinion n’autorisent qui que ce soit à user à son endroit du procédé indécent auquel Marcela Iacub s’est crû autorisée. Nous voulons parler de « Belle et bête» un livre qu’Éric Aeschimann, qui a recueilli les propos de l’auteur dans « Le nouvel Observateur » (du 21 au 27 février 2013), trouve « vertigineux », et que sur la foi des dits propos nous trouvons nous ignoble. Elle y raconte la liaison de 7 mois qu’elle a entretenue avec l’ancien patron du FMI. Dominique Strauss Kahn, riche, « bien marié », puissant, adulé, bien que chancelant sous le coup de l’accusation de Nafisatou Dialo, n’en restait pas moins socialement un Lion. Des milliers de voix s’élevaient alors pour prendre sa défense. Et, en effet, Marcela Iacub elle-même en 2012, se fendit d’un essai, « Une société de violeurs », dans lequel elle critiquait l’attitude des féministes lors de son arrestation, en vérité, tout exprès, semble-t-il, pour appâter son gibier. Bénéficiant d’un non-lieu qui lui évitait un procès pénal, mais ne venait pas à bout des zones d’ombre ; rejoint par maintes rumeurs soupçons et affaires, DSK est tel à présent « le Lion devenu vieux » auquel les baudets eux-mêmes venaient décocher un coup de sabot. Belle, mais surtout bête Marcela Iacub a donc écrit son « coup de pied de l’âne ».Écrivain de la fangeSongez, quelques instants, que pour les besoins de sa malhonnête entreprise, Marcela Iacub a dû mobiliser toutes les aptitudes primordiales et qualités humaines que voilà : « la dissimulation, la tromperie, le mensonge, l’impudeur, la vénalité, le voyeurisme, l’obscénité. Toutes qualités et moyens dont l’énumération suffit à brosser en négatif le portrait de cette diabolique. Il y a dans la prostitution une dimension de déchéance morale. La marchandisation du corps et des sens, quoiqu’en pensent avec Antoine les proxénètes défenseurs du « plus vieux métier du monde » comme ils disent, constituent un avilissement de la femme. Mais au moins dans son négoce la prostituée procède-t-elle à un échange marchand conforme à une certaine éthique basée sur le respect d’un « contrat » commercial. C’est ce que ne fait pas Marcela Iacub dont les finalités alimentaires, vénales, et ambitions professionnelles et sociales sont dissimulées. Qui ne s’embarrasse même pas de l’éthique minimale du métier de journaliste. Parce qu’elle vend son corps, pas son âme, la putain à sa manière cultive une certaine pudeur. Pas Marcela Iacub qui sacrifie, cœur, sens et conscience à la réalisation de son projet. Avec cet écrit, elle fait une descente dans l’enfer de l’affaissement moral, non point tant celui de son sujet, DSK, sa victime en l’espèce, mais le sien propre. Ou « sale » dirai-je plutôt. « Rien que pour ça, écrit Jérôme Garcin, Marcela Iacub va se faire lyncher. Mais elle s’en fout, son livre seul parle pour elle. C’est la preuve que la théoricienne est devenue écrivain. » Désolé de vous contredire Monsieur, l’ouvrage de Marcela Iacub est tout juste la chronique arrangée d’une névrosée, pas le travail d’un écrivain. Marcela Iacub a semble-t-il des comptes à régler. Avec qui ? Dominique Strauss Kahn, il lui sert d’exutoire, avec elle-même c’est le plus probable ?Lorsqu’il a ainsi des comptes à régler l’écrivain, le vrai, le fait avec un certain discernement et l’élégance de son art. Marcela, a recours à l’humiliation publique, au « lynchage médiatique », à la lapidation,Le tabou du cochon et la tentation de la truieMarcela Iacub qui a écrit ailleurs que « le mépris pour les femmes n’est en vérité que le mépris du sexe lui-même », réitère quand elle affirme, DSK « ne méprise pas les femmes. C’est le sexe qu’il méprise ». Or, et c’est un paradoxe, elle dit : « Oui, mais tout un chacun sublime son être cochon, l’intègre à sa personne d’une façon ou d’une autre ». Nous apprenons ainsi que c’est la part ludique de la sexualité qu’elle assimile au cochon, qu’elle-même méprise le sexe. Or, c’est la proposition inverse qui est juste. C’est la pratique d’une sexualité ludique qui distingue l’homme du cochon, qui propulse définitivement l’humanité au dessus du règne animal pour lequel le rapport sexuel se réduit aux impératifs de la procréation.A la lecture, nous avions été frappés par le nombre de fois où le mot « cochon » revient dans le propos qu’elle a accordé au « Nouvel-Observateur ». Nous en avons dénombré quinze. Certes un vieil adage populaire, d’ailleurs plutôt plaisant, nous a appris de longtemps « qu’en chaque homme sommeillait un cochon ». Mais à l’évidence, ce n’est pas de cela qu’il s’agit ici, plutôt de relents de la tradition biblique. C’est toute la violence phobique du « tabou des tabous » de la tradition judaïque qu’elle exprime de la sorte. Elle a répondu à Éric Aeschimann ; « Oui. Ce qu’il y a de créatif, d’artistique chez Dominique Trauss Kahn, de beau appartient au cochon et non pas à l’homme. L’homme est affreux, le cochon est merveilleux même s’il est un cochon, c’est-à-dire un être intraitable. C’est un artiste des égouts, un poète de l’abjection et de la saleté ». Or, qui est-elle, qu’est-elle, sinon truie elle-même, qui pour les besoins d’une entreprise frauduleuse a consenti à se vautrer dans la fange et l’ignominie, au fond de la bauge du verrat ?Vacuité intellectuelleEn introduction, Jérôme Garcin disait d’elle pourtant : « Elle est trop intellectuelle pour se satisfaire d’un témoignage vécu, trop incorrecte pour donner du grain à moudre aux foules moralisatrices, trop lettrée pour ignorer qu’une telle expérience doit être réinventée, métaphorisée ». Mais en vérité, elle ne fait, nous l’avons vu, que réchauffer et nous resservir une énième fois les vieux tabous sociaux culturels et les interdits religieux mal digérés de la tradition judéo-chrétienne. « Le cochon dit elle, ne cherche pas le compliment, n’a pas le sens de la propriété. »… « Il ne supporte aucun maitre et n’a pas le goût des hiérarchies sociales. ». Voilà au demeurant, en guise de « métaphorisation », les idioties que Marcela Iacub nous débite. Dominique Strauss kahn qui n’a pas le sens de la propriété, pas le goût des hiérarchies sociales. C’est à ne pas en croire ses oreilles.Or, nous avons un autre contentieux avec Marcela Iacub qui affirme « Le seul projet politique du cochon c’est le communisme, car l’idéal du cochon c’est la partouze… » Décidément cette dame, qu’elle théoricienne impressionnante de profondeur, ne fait que puiser et réchauffer, tantôt les pires tabous de la morale judéo-chrétienne, tantôt les vieux clichés, les plus éculés, de la propagande anti communiste du XIXème siècle, qui accusaient celui-ci « de vouloir socialiser les femmes ». Au demeurant, elle insulte tout un courant de la pensée humaine, elle démontre surtout et définitivement sa grande vacuité intellectuelle, elle qui appréhende et réduit toute une pensée politique riche, complexe et chargée d’Histoire, à ce rapprochement incongru entre le communisme, le cochon et la partouzeLa chute « Comment, écrivait Éric Aeschimann, en présentation de son entretien avec l’auteur de « Belle et Bête », faire entendre que le coup de folie d’un maitre du monde a peut-être à voir avec l’état du monde ? ». Nous acquiesçons, cette réflexion nous inspire quelques commentaires. La bauge sexuelle et la partouze la prostitution généralisée et la communauté des femmes, madame c’est la société bourgeoise libérale qui dissout tous les liens familiaux fondés sur la sentimentalité et les remplace par de simples liens d’argent de propriété et de pouvoir. S’il est un aspect par lequel le « cas DSK », ou « Berlusconi pourquoi pas, témoigne d’un certain état du monde, c’est bien celui-là, et il milite contre cette société libérale que vous encensez en insultant son seul opposant qui vaille, « le communisme ». Creusez la question madame et vous réaliserez à quel point, dans leur totalité nos rapports sociaux sont aujourd’hui vénaux Avec la progression du recours aux « mères porteuses » l’enfant lui-même ne devient-il pas une simple valeur marchande ? De nos jours, la « rotation » des femmes de familles en familles recomposées, d’aventure en mari et de mari en amant, n’est-elle pas déjà une forme de « communauté » ? Mais que cela ne vous émeuve donc pas trop, après tout, le corollaire de la « communauté des femmes » n’est-il pas la communauté des hommes.Mais ce qui nous apparait à nous comme un autre témoignage, plus inquiétant encore de l’état du monde, de sa santé mentale, de sa régression intellectuelle, c’est cet abaissement éthique et moral auquel vous vous laissez allé, c’est la vacuité de la pensée sociale et politique qui ressort de vos propos. *Marcela Iacub invite le lecteur potentiel à se vautrer avec elle dans la fange. Nous ne l’accompagnerons pas dans ce voyage qu’elle nous propose aux horizons de l’ordure et de l’abjection. Son livre nous ne l’avons pas lu, il sortait le 27 février en librairie. Mais nous avons lu l’interview que l’auteur a donné au « Nouvel Observateur » et celui-ci a suffi à nous prévenir de ne le lire jamais.
