LETTRE AUX CITOYENS AMÉRICAINSAttentat de Boston. Toujours pas de revendication ni d’élément concret permettant de désigner un commanditaire, au-delà des deux jeunes gens identifiés. La fièvre médiatique qui a accompagné l’évènement est maintenant retombée. Voici peut-être venu le temps d’en examiner un aspect périphérique – celle des mœurs et méthodes des grands médias audiovisuels occidentaux et de leur indignité – laquelle nous ramène pourtant au centre de la question. Plusieurs jours durant, nos télévisions occidentales nous ont servi les images ensanglantées et les réactions poignantes des victimes et témoins du drame. Soit, pourquoi pas. Des gens se réunissent pour vivre un évènement sportif et festif, et sont les victimes innocentes « d’un attentat aveugle ». Ça se passe sur le sol des USA, dans le sanctuaire du continent américain. Des morts, des blessés, des vies brisées, des larmes. Peut-on rester insensibles ?Non bien sûr.On ne peut pas être insensible à la douleur des victimes civiles des attentats et des actes de guerre, où que ce soit dans le monde. Nous pouvons nous dire fondés, sans embarras et sans honte, à faire part de notre douleur, devant ces spectacles de mort et de désolation, car notre « humanité » ne se partage pas et nos émotions ne sont pas sélectives. Cela n’est pas le cas de tout le monde. En tout cas pas le cas des instances dirigeantes du monde ni des médias à leur service. C’est pourquoi, chaque fois que les USA, cela est vrai aussi d’Israël, sont touchés, une interrogation, toujours la même, nous revient et taraude notre conscience. Qui sont-ils ces êtres humains et de quel bois sont-ils faits, quel genre de « tripes synthétiques » ont-ils dans le ventre ces journalistes occidentaux, prétendument indépendants, ceux de « CNN » par exemple, pour épancher ainsi leurs douleurs et leurs larmes sur les victimes américaines, eux qui restent de glace à propos des nombreuses victimes syriennes, par exemple, des multiples attentats terroristes de ces derniers mois ? Comment peuvent-ils sans rougir de honte s’adonner à un traitement aussi déséquilibré de l’information, s’autoriser une telle sélectivité dans les objets de leurs empathies et dans les motifs de leurs indignations ? Des attentats horribles, de cette ampleur ou pires que ceux de Boston, il y en a eu des dizaines ces derniers mois à Damas. Encore pas plus tard que le 29 avril. Et qu’en ont retenu et dit nos médias occidentaux ? Seulement le témoignage de « la recrudescence de l’activité des insurgés syriens ! ». Du soulagement en quelque sorte et de la satisfaction en constatant que l’opposition armée Syrienne ne relâche pas la pression sur le régime. Pas de larmes ni d’alarmes, dans l’information générale, pour les victimes syriennes innocentes qui se rendaient à l’école ou à leur travail ou allaient acheter du pain. Toutes les vies humaines n’ont-elles donc pas la même valeur ? Certes, le contexte est différent me direz-vous. La Syrie est en état de guerre et pire même, de guerre civile. Les États-Unis, eux ne sont pas en guerre. La douleur doit-elle être moins grande quand l’horreur devient récurrente ? Guerre civile ou pas, le plus grand nombre des victimes syriennes n’est-il pas tout aussi innocent que les victimes américaines ? N’a-t-il pas droit tout autant à notre compassion attristée ? Bon, direz-vous encore, il y a aussi la proximité. N’est-il pas normal que l’on réagisse plus intensément à un attentat sur notre sol et qui parait nous viser plus directement. Bien sûr que c’est normal et compréhensible jusqu’à un certain point. Mais cette excuse dans le traitement inégal de l’information, partiellement recevable dans le cas d’espèce pour les médias américains, ne vaut pas pour les médias français, non touchés directement et qui sont géographiquement moins éloignés de la Syrie que des USA. Pourtant, leur impartialité fut criante jusqu’au dégout.Nul ne sait encore, en vérité, s’il faut avoir des attentats de Boston une lecture internationale. Seule la nationalité des suspects est connue, ils sont « américains », en fait des immigrés caucasiens, naturalisés. Cela suffit-il à expliquer la manifestation patriotique des « Bostoniens », qui ont réagi en masse, drapeaux américains en main, en scandant « USA ! USA ! ». Interprétant d’emblée l’attentat comme une agression extérieure visant les USA. Du coup, la question des engagements extérieurs internationaux des USA, que l’absence de revendication ne permettait pas d’évoquer jusque-là, devient une question incontournable.C’est une gageure insoutenable de dire en effet que les USA ne sont pas en guerre, eux. Certes, protégés dans leur sanctuaire loin des théâtres d’opérations ils peuvent se croire plus ou moins à l’abri des retombées de leur politique internationale, et surpris lorsqu’ils sont ou se croient atteints tout de même. Mais le fait est que les USA sont en guerre, pas en Afghanistan seulement ou en Irak, mais en Palestine, au Soudan, en Syrie, en Lybie, au Pakistan, en Iran, au Vénézuéla, en Corée, et j’en passe,…. Contre la plus grande moitié de la planète.Songez citoyens américains, victimes d’attentats sur le sol américain, songez que votre gouvernement, celui de l’Amérique qui se décerne le titre de « plus grande démocratie du monde », intervient militairement dans maints pays et régions du monde, entretenant les feux de la guerre et de la terreur, et qu’ils ne rechignent nullement à se faire, le complice actif des terroristes qui sévissent en maints endroits, actuellement par exemple en Iran et en Syrie. Si de nombreuses activités criminelles des USA dans le monde conduites avec les méthodes de l’action « secrète », échappent à la connaissance du grand public, des morceaux, des bribes en remontent tout de même parfois, de nature à édifier les gens de bon sens qui refusent de fermer les yeux. Songez donc bien qu’il n’y a pas dans mon propos la moindre malveillance. L’information qui suit, publiée le 21 avril par le grand quotidien français, « Le Figaro » sous la signature de Georges Malbrunot et le titre « La Jordanie ouvre son ciel aux drones israéliens », en fait foi pour moi. « Jusqu’à présent, la coopération jordano-américaine se limitait à la surveillance des armes chimiques détenues par le régime syrien et à la formation de rebelles de l’Armée syrienne libre par 150 membres des Forces spéciales US – aidés par une poignée de Britanniques et de Français – dans un camp près d’Amman. … ». Où l’on apprend incidemment que ce sont des spécialistes militaires, Américains, Français et Britanniques, qui forment et entrainent à la guerre cette « opposition armée syrienne » qui use de la terreur comme méthode de guerre. Songez à cela, citoyens américains, et alors peut-être, l’épreuve que vous venez de vivre, vous aidera-t-elle, à mieux prendre en horreur votre propre gouvernement et sa politique impérialiste agressive. Peut-être vous sentirez vous frères des peuples syrien, libanais, palestinien, iranien soudanais, vénézuélien, pakistanais, coréen, libyen,… et peut-être exigerez-vous de lui, de votre gouvernement, qu’il en finisse avec sa politique impérialiste, son obsession mortifère de régenter la planète.8 avril 2013.
