CE QUE DIT LA RUSSIE, ELLE DOIT LE FAIREExtrêmement réactive la Russie a fait connaitre dès avant-hier soir que la participation de l’Iran à la conférence internationale sur la Syrie constituait une question cruciale. »À peu près dans le même temps elle a répliqué à « la décision des Européens de laisser la Grande-Bretagne et la France livrer sur une base nationale des armes à l’opposition syrienne » en menaçant « dès la matinée de livrer comme promis à Damas des missiles sol-air S-300, dans le but ainsi motivé, de décourager toute velléité d’intervention internationale. « Des mesures de cette sorte dissuadent en grande partie certains esprits échauffés d’envisager des scénarios dans lesquels le conflit prendrait un tour international avec la participation de forces étrangères », a indiqué le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov. ».C’est avec une grande satisfaction que nous avons pris connaissance de ces deux informations. Il est souhaitable que la diplomatie russe se tienne fermement à cette ligne de conduite. Céder, ou tout simplement accepter un marchandage sur la question de la participation de l’Iran ne serait que le premier des reculs qui condamnerait la conférence ou l’acculerait à un échec assuré.Israël a déjà protesté contre la « menace » faite par Moscou de livrer les S 300 à Damas. « Nous savons quoi faire en ce cas » affirme-t-il non sans sous entendus, sur un ton outrancier. Mais Israël en l’occurrence n’est-il pas agresseur ? Il s’est rendu coupable récemment de plusieurs raids, via l’espace aérien de la Jordanie, contre des objectifs syriens. Israël l’agresseur voudrait interdire à l’agressé, non pas de contre-attaquer, mais simplement de se défendre ? Comment, et pour quelles raisons spécieuses, la Syrie agressée, devrait-elle, se ranger aux raisons de son agresseur ? Les missiles ne sont pas des armes offensives dont le régime ferait usage contre l’opposition. Ce sont des armes de défense antiaériennes, pour se prémunir des agressions extérieures d’où qu’elles viennent, et il est bien naturel que tout pays agressé aspire à se défendre.La « menace » russe doit sans tarder devenir autre chose qu’une menace, une réalité tangible. Le viol et l’occupation de l’espace aérien syrien, lui n’est pas à l’état de menace, c’est déjà une réalité. Les incursions quasi journalières d’appareils et de drones, doublés par le travail des satellites-espions, n’a pas pour seul objet les cibles immédiates. Il participe à préparer une éventuelle prise de contrôle de la totalité de l’espace aérien de la Syrie. Israël a engagé le doigt dans la mécanique de l’escalade, s’il n’est stoppé incessamment, il ira plus loin sans crier gare, ou bien ce sera l’OTAN, par l’entremise d’un ou plusieurs de ses membres, qui se rendra maitre par surprise du ciel syrien. Et l’on sait, d’expériences à présent, les guerres d’Irak et de Libye l’on prouvées, comment la maitrise du ciel est déterminante dans ce genre de conflit. Or, il serait en ce cas un peu tard pour livrer les fameux missiles. C’est pourquoi il convient que la livraison des S 300 devienne rapidement autre chose qu’une affaire de rhétorique guerrière, une réalité stratégique. Il est souhaitable que ces équipements indispensables à prémunir la Syrie de l’agression à laquelle les occidentaux et Israël n’ont toujours pas renoncé, lui soit livrés rapidement. D’autant que leur mise en œuvre opérationnelle sur le terrain et l’information des personnels devant les servir demande probablement un petit délai. Si la Russie, en cette affaire, ne joint pas les actes aux paroles, les Occidentaux interpréteront son attitude comme de la faiblesse et de l’indécision, dont ils chercheront à tirer parti sur le plan militaire, et la voie négociée sera alors sans issue.Jeudi 30 mai 2013.
