LE FRONT NATIONAL AUX MARCHES DU POUVOIR (Leçon des élections législatives partielles de Villeneuve sur Lot)

LE FRONT NATIONAL AUX MARCHES DU POUVOIR(Leçon des élections législatives partielles de Villeneuve sur Lot)Le candidat du FN a réuni au deuxième tour des élections législatives partielles, 46,24 % des voix, plus 7095 voix sur son score du premier tour. C’est un évènement électoral majeur, qui s’est produit à Villeneuve sur Lot. Il marque un tournant probable de notre vie politique nationale. Alors certes il y a ceux qui préfèrent se voiler la face, ils en ont encore les moyens, « Jean-Louis Costes, le candidat UMP a remporté la victoire », disent-ils pour se rassurer, « ou le candidat du Front national est battu » ou encore, « le front républicain a fonctionné » il a barré la route au candidat FN. Bien que toutes ces approches soient incontestablement réelles, elles ne sauraient masquer une autre réalité tout aussi incontestable et tellement plus significative. Il faut l’alliance des deux partis du système, les deux plus grands partis politiques de France, tous deux exhaussés de la qualité valorisante « de partis de gouvernement », il faut la réunion des deux composantes de « l’alternance » qui se succède au pouvoir depuis 30 ans, pour contenir difficilement la poussée électorale du Front national. Ce qu’il faut en conclure, ce que dit ce scrutin, c’est que l’électorat exaspéré est maintenant totalement désinhibé. Le vote extrême droite est naturel, les tabous et les ostracismes n’opèrent plus. Le corps électoral français est prêt à confier les clés du pouvoir au « front national ».Alors, voilà que nos politiciens véreux s’agitent dans leur panier de crabes, se renvoyant mutuellement la faute à la face. Nous ne contestons pas qu’ils ont, les uns et les autres, des parts de responsabilité dans ce rebond politique du FN. Nicolas Sarkozy à la sienne qui dans sa dernière campagne électorale des présidentielles de 2012, a largement contribué à valider le discours programme du parti Lepéniste. Jean François Copé à la sienne qui a collé aux dérives de son chef, et celui-ci mis hors jeu, a persisté, avec force pains au chocolat et autres discours calamiteux, dans cette voie honteuse. Mais Alain Juppé n’a-t-il pas la sienne aussi qui a validé le candidat Sarkozy et n’a pas cru bon de stopper tout de suite la dérive infernale de ce dernier ? En vérité, la faute vient de loin, et la responsabilité en incombe tout autant à « la droite » qu’à « la gauche », aux deux partis de « l’alternance », au système de l’alternance lui-même, cet écrou verrouillé qui ne laisse pas la moindre place à l’espérance dans un changement véritable.La gauche, puisque c’est ainsi qu’elle s’appelle encore elle-même, serait mal venue de vouloir s’exonérer de ses responsabilités propres et majeures en cette affaire. La première alternance de 1981 s’est faite sous le signe « du changement ». Or, dans le mot, à l’époque, il y avait plus qu’une simple saillie oratoire, une véritable charge émotionnelle et sociétale. Le mot signifia alors l’espérance authentique dans une vraie transformation sociale. Or ces espérances populaires ont été trahies, ridiculisées même. Tel est « le péché originel » fondateur « de la gauche » qui a opéré ainsi l’accumulation primitive des matériaux nécessaires à la prospérité politique du Front national. Ceux qui ont sans vergogne, instrumentalisées puis bafouées les espérances populaires, ont une responsabilité indéniable, dans l’ancrage de ce parti dans le paysage politique français. Ils seraient d’autant moins avisés de le contester qu’ils ont été même plus loin, en lui assurant une visibilité médiatique, puis en le fortifiant pour l’instrumentaliser à l’usage de leurs luttes politiciennes.Alors certes, Harlem Désir et Michel Sapin ont raison, la faute de l’UMP et de Jean-François Copé est patente dans la période actuelle, mais membres et responsables politiques du Parti socialiste, ils seraient mieux fondés à faire profil bas que de « ramener leur science ».Arnaud Montebourg, excessif et déplacé comme à son habitude, accuse même le président de la Commission européenne, José-Manuel Barroso, d’être « le carburant du Front national ». Du côté du PS, c’est à qui, semble-t-il, fera le plus de bruit pour couvrir la rumeur pétitoire qui monte du peuple, enfle et les accuse. C’est que leur responsabilité ne se situe pas que dans le passé, lointain ou récent. Le PS a lui-même sa part actuelle de responsabilité dans cette nouvelle progression qui conduit le Front national aux marches du pouvoir ? Le parti de gauche, encore une fois, fait une analyse avec laquelle nous nous sentons une grande proximité « en menant une politique d’austérité et de l’offre pour répondre aux exigences de Bruxelles (…) en organisant la désespérance sociale, le président de la République cultive le terreau sur lequel poussent les mauvaises herbes de l’extrême droite », a analysé Éric Coquerel. » (AFP) ; C’est cette proximité précisément qui nous qualifie et nous autorise, en camarades loyaux, à pointer du doigt d’autres responsabilités, certes plus indirectes, mais non moins réelles, dans la genèse de la situation actuelle. Nous voulons parler de la responsabilité du Front de gauche, du PCF, et même de « l’extrême gauche ». Ceux-ci, depuis trente ans, en s’identifiant « à la gauche » c’est-à-dire au PS, ont contribué à fermer toutes les voies médianes et alternatives. Quand la gauche trahissait ouvertement ils appelaient à voter tout de même à gauche au prétexte que la « gauche » c’est notre « camp » et que c’est tout de même mieux que la droite, ne laissant à l’électorat populaire d’autres issues que la désespérance ou la colère. Ils se sont obstinés dans cette voie jusqu’à donner le sentiment qu’il n’y a pas d’échappatoire à gauche de la gauche puisque ceux-ci en définitive ramèneront nos suffrages dans l’escarcelle du PS. Contribuant par cette politique à qualifier le « Front national », comme le seul recours possible pour rompre l’enfermement institutionnel.Depuis un an déjà, nous l’avons écrit, comme un cri de détresse, comme une sonnerie d’alarme, comme un appel au secours, « il faut une véritable opposition de gauche au gouvernement « de gauche ». Des pas ont été faits dans ce sens, que nous ne nions pas, mais ils sont insuffisants. D’autant plus qu’un piège dangereux nous est tendu. Sous prétexte de montée en puissance du FN, et cédant aux sirènes « de la gauche » unie dans l’adversité, la tentation du front républicain serait la réponse la plus inappropriée qui soit. Dans les élections partielles de Villeneuve sur Lot ce fut celle du PS. Nous venons de voir qu’il n’a pas empêché l’extraordinaire progression du parti de Marine Le Pen. Mais à terme cette « collusion » qui ne fait que confirmer les similitudes et apparentements des deux partis du système et afficher davantage encore le FN comme seule alternative crédible, se retournera nécessairement contre eux comme un boomerang. Mais François Hollande n’a-t-il pas dit, depuis Amman où il était en déplacement, que dans la perspective des municipales prochaines (la gauche devait se serrer les coudes) . « Attention la droite revient» on nous a déjà joué de ce refrain pour mieux nous berner. C’est un piège dangereux dans lequel il convient de ne pas tomber. Serrer les coudes à gauche pour soi-disant conjurer le danger FN, cela reviendrait à s’annuler totalement comme opposition politique à gauche de la gauche, c’est-à-dire à faire précisément le contraire de ce qui est souhaitable, et ouvrir un « boulevard » au FN.Samedi 29 juin 2013..

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