SISSI IMPERATOR La farce égyptienne qui bafoue la « démocratie

SISSI IMPERATOR La farce égyptienne qui bafoue la « démocratie »Un Général en grande tenue est apparu à la télévision, a déposé le président élu, dit ce qui n’était pas bon pour l’Égypte et décidé de ce qui était bon pour elle. Cela avait même des allures de galéjade quand Adli Mansour, Président « de la haute cour constitutionnelle », nommé pour la circonstance, par l’Imperator en personne, président de la République par intérim, crut nécessaire de prêter serment sur « la constitution » dont le Général venait de prononcer la suspension..C’est Elise Lucet, au journal de 20 heures de France 2 qui a fait son titre de la sorte : « l’armée égyptienne dépose le premier président démocratiquement élu ». Il y a dans cette tournure toute la force d’une vérité simple. L’Égypte pour la circonstance est transformée en une grande scène où se joue un drame historique entre farce et tragédie. Farce ? Oui, aussi. Pouvait-on en imaginer une plus grotesque pour mettre fin à cette parenthèse de l’histoire moderne de l’Égypte ? C’est tout le discours démocratique qui est ici ridiculisé. On entend, venu des entrailles de la Terre le rire « off » de l’histoire hilare du bon tour qu’elle vient de jouer aux champions de la pensée occidentale.Sous quelque angle qu’on l’aborde, le coup de force de l’armée égyptienne, quand bien même il a pris la précaution de se draper dans la djellaba de la volonté populaire, n’en est pas moins, en effet, un manifeste calamiteux pour les « champions de la démocratie occidentale ». Nul n’avait jamais mieux illustré la courte (pensée) du Président Mao : « le pouvoir est au bout du fusil ».La démocratie, la belle affaire. Le commun des mortels vous dira que c’est le pouvoir de « la majorité » du peuple qui s’affirme au terme d’un processus électoral. Or l’histoire récente a multiplié les exemples pour montrer qu’il n’en est rien. Plusieurs scrutins référendaires en Europe ont ainsi été invalidés ou foulés aux pieds, quand les « autorités politiques » considéraient que le résultat de la votation ne leur convenait pas. En 1990, pressée par les chancelleries occidentales, l’Algérie décida d’engager un processus électoral démocratique qu’elle annula en janvier 1991 à la suite de la victoire au premier tour du parti islamiste (FIS), plongeant le pays dans une cruelle guerre civile. En Égypte, c’est aux termes d’un processus électoral tout à fait légal que « les frères musulmans ont obtenu le pouvoir. Mais des protestations de rue et le diktat de l’armée s’avèrent, moins d’un an après, être au dessus du suffrage universel.Au dessus du suffrage universel ? Il y a donc quelque chose au-dessus de la démocratie. Mais si donc il existe, comme ces exemples le prouvent, au dessus du suffrage universel qui est l’expression de la souveraineté du peuple, une ou des autorités constituées qui décident si le peuple « a bien voté » et annule sa décision si elles en jugent autrement, alors cela veut dire que la « démocratie » n’est qu’un « enfumage » derrière lequel se dissimule une certaine forme de dictature.Bon, ce n’est pas véritablement une surprise.. Pour notre part nous n’avons pas attendu les tout derniers événements égyptiens, pour faire pareille découverte. Encore récemment, n’avons-nous pas écrit, nous adressant au peuple iranien. « Certes votre « République islamique démocratique » est et sera une dictature, tout pouvoir politique est une dictature, mais, rassurez-vous, ni plus ni moins que notre Vème république, ou la « très démocratique République américaine qui sont elles-mêmes des dictatures du capital financier » Nous ne le répèterons jamais assez. La question, la vraie, n’est pas celle de la forme du pouvoir : monarchie, monarchie constitutionnelle, république, satrapie, théocratie, dictature ou démocratie. Tout pouvoir politique n’est en vérité que la dictature d’une classe ou d’un groupe social sur les autres. La question, la vraie est celle de la dictature, de qui sur qui et au bénéfice de qui ? Qui tire les ficelles, à qui appartient le pouvoir réel ?En Égypte, nous venons de le voir, les Frères musulmans, investis de l’autorité du suffrage universel, n’avaient en vérité que l’illusion du pouvoir. C’est l’armée qui était détentrice du pouvoir véritable, qui est dépositaire de la souveraineté de la nation. Mais l’armée n’est pas une « classe sociale » c’est un « corps constitué », un groupe social, qui exerce le pouvoir au nom de la bourgeoisie égyptienne, trop faible pour l’exercer en son nom propre, et l’armée elle-même, s’appuyant sur une classe sociale faible, ne peut assumer son rôle qu’en s’arc-boutant sur la puissance alliée impérialiste.Nous entendions, hier matin sur « France-Inter » un témoin égyptien qui à participé à l’évènement « place Trarhir » et qui disait à peu près ceci : « nous sommes contents, la révolution est maintenant vraiment finie, nous avons obtenu tout ce que nous voulions. » Mais n’était-ce pas les mêmes échantillons sociaux, la même opposition qui en novembre 2011 manifestait pour« La démission du maréchal Tantaoui ! Que l’armée rende le pouvoir à la société civile ! » ? Or c’est l’armée qui vient d’administrer la preuve qu’elle est la véritable détentrice de la souveraineté nationale, qui a gardé le pouvoir en février 2011 quand elle a organisé le limogeage de Moubarak, qui l’a gardé durant la période de transition jusqu’aux élections présidentielles de 2012, qui l’a gardé quand l’opposition (aujourd’hui son alliée) lui demandait de le lâcher, qui la gardé durant l’année de « l’intérim islamiste », qui a déposé le président élu et désigné elle-même les nouvelles autorités intérimaires. Il faut appartenir soi-même à la « classe dirigeante Égyptienne», pour considérer, après le bouleversement de février 2011, que « la révolution a atteint ses buts » « que la boucle est bouclée » quand un nouveau compromis est établi entre la bourgeoisie égyptienne et l’armée, qui n’est que le facsimilé de celui qui existait déjà du temps de Moubarak. Alors non, la révolution égyptienne a peut-être avorté, elle n’est en tout cas pas finie. La révolution implique au minimum un changement de pouvoir politique. Or le pouvoir en Égypte n’a à aucun moment encore changé de mains. Échu dans celles de l’armée en 1952 lorsque le « mouvement des officiers libres » renversa le roi Farouk, il reste encore à présent dans les mêmes mains. Vue de la sorte, la révolution égyptienne n’a pas atteint ses buts, et pour cause, elle n’a pas même commencé.Pourtant, à en croire, nos médias occidentaux, politologues en tout genre, et responsables politiques, en février 2011, lorsque la « rue égyptienne », déjà épaulée par l’armée américaine – euh ! excusez-nous (on appelle cela un lapsus révélateur), nous voulions écrire « Égyptienne» – « vira » Hosni Moubarak,, il s’était agi « d’une révolution », victorieuse qui ouvrait l’ère de la démocratie en Égypte.Bravos messieurs les philosophes politologues et analystes en tout genre. « Si votre perspicacité ressemble à votre langage, vous êtes à coup sûr les phénix des sciences politiques ». Nous n’en sommes pas moins des gens polis, et bien que nous nous inclinions, puisque tels sont les usages sociaux, devant vos titres universitaires et lettres de noblesse intellectuelle, permettez que nous doutions de votre science. Eh oui, messieurs, si l’histoire s’empare aujourd’hui de la scène égyptienne pour railler « l’idéologie démocratique occidentale » vous ne l’aviez pas attendu pour vous ridiculiser vous-mêmes aux yeux du monde.Dans ce temps où vous affirmiez vos fadaises démocratiques, nous qui ne pouvons aligner aucun des titres qui vous distinguent, nous distinguâmes pourtant nous même en écrivant le 3 février 2011 : « L’Armée, quoique qu’il en soit, est, et reste depuis 1952 l’expression de la nation égyptienne et l’épine dorsale de son pouvoir politique. Depuis plus d’une semaine, l’Égypte vit une nouvelle page déterminante de son Histoire contemporaine. « UNE RÉVOLUTION ! », disent déjà certains, le mot est lâché. Un peuple immense de plusieurs millions manifeste dans les rues et sur les places de plusieurs grandes villes du pays. Et que fait-il le peuple ? Il va renverser le pouvoir ? C’est-à-dire, au final, l’Armée ? Non il demande seulement le départ de l’homme qui représente le pouvoir et plébiscite déjà l’Armée. Le changement est en marche en Égypte, l’Armée y remplacera l’Armée. Si c’est ça une révolution, alors, le moins qu’on puisse en dire, c’est qu’elle est paradoxale aussi. » Un homme avisé n’a-t-il pas dit que « des têtes bien faites valaient mieux que des têtes bien remplies ? » 5 juillet 2013.,

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