« ROMS », LE MALENTENDU DE L’INTÉGRATION.

« ROMS », LE MALENTENDU DE L’INTÉGRATION.Manuels Valls c’est illustré ces derniers jours en déclarant : « Il est illusoire de penser que l’on règle le problème des populations Roms à travers uniquement l’insertion. Ajoutant que le système des villages d’insertion, qu’il mettait lui-même en avant un an plus tôt, ne concernait que « quelques familles » et que pour le reste, l’intégration était impossible. » (Le Monde. 25 9 2013)À quoi Arnaud Montebourg a répondu en direction du ministre de l’Intérieur. «Il n’existe pas de théorie selon laquelle tel peuple, telle personne de telle origine ne pourrait jamais au grand jamais s’intégrer, »… « On a dit ça des Italiens, on a dit ça des Espagnols, on a dit ça des Portugais, on a dit ça des Arabes. Décréter par avance que c’est impossible me paraît excessif et mérite d’être corrigé.» Le Figaro (25 9 2013).Et « Le Monde » de préciser, dans le même article déjà cité :  » …en désignant l’ensemble d’une population étrangère – et néanmoins européenne –, en stigmatisant une population ethniquement étiquetée, en la jugeant incapable de s’intégrer en France, le ministre de l’Intérieur renonce à des principes élémentaires républicains : l’accueil, l’intégration, la solidarité. » Pour avoir droit de fouler le sol national et de séjourner dans « notre Patrie », il faudrait donc « s’intégrer ». Ne pas le faire serait de nature à priver les « récalcitrants », du droit élémentaire, et théoriquement inaliénable, de libre circulation reconnue à tous les citoyens de l’espace européen. Manuel Valls dit même quelque part « s’insérer ». Arnaud Montebourg qui le crochète ne dit pas autre chose. L’un dit que c’est impossible et l’autre que l’on n’a pas le droit de dire ça. Mais le débat des deux hommes tourne bien autour du seul thème de « l’intégration ». Malgré son ton sentencieux, le journal « Le Monde » qui en réfère « aux principes élémentaires républicains » ne dit rien de plus.Mais le principe républicain, n’est-ce pas surtout et avant tout le respect « de la différence » ? Le principe républicain, n’est-ce pas le respect des minorités, politiques, ethniques, religieuses et culturelles ? TOUS, de Manuels Valls à Montebourg, en passant par Martine Aubry et Sarkozy et son discours « de Grenoble » auquel se réfère l’actuel ministre de l’Intérieur, réduisent ces principes à la question de « l’intégration ». Mais l’intégration prise dans ce sens, n’est-ce pas la négation même des grands principes « élémentaires » ? « J’accepte ta différence si tu deviens pareil à moi », si tu adoptes le même mode de vie que moi, la même culture.Nous nous insurgeons contre cette manière de voir et de faire des « intégrateurs », « inserseurs » et autres assimilateurs, de tous genres qui nous assomment de grandes déclarations de principes sur le respect de la différence, mais qui en vérité la nie et la brime en toute circonstance, ne la supporte qu’à la condition expresse de l’effacer. Le débat sur le port du voile et les lois liberticides qui s’en sont suivies, contestant à certains « leur différence vestimentaire », était un précédent dangereux dans cette voie de l’intolérance, au nom même de la république, une entorse honteuse aux principes républicains et une dérive « dogmatique » du concept de laïcité. La justification en ce qui concerne le voile, dans un pays pourtant pionnier de la « liberté de conscience » et de « la liberté de culte », fut qu’il constituait un signe extérieur d’appartenance religieuse et qu’il était « dégradant pour la femme ». La justification officielle, tout aussi contestable en ce qui concerne les brimades imposées aux « Roms », est l’apparition de camps, véritables bidons-villes, à la périphérie de nos cités, les conditions de vie « indignes » qui y règnent, et la petite délinquance qui sévit à leur proximité. Pour véritables que soient ces observations, dans un cas comme dans l’autre, elles n’en sont pas moins des prétextes pour s’émanciper des principes et devoirs de la République. Le principe républicain disons nous, sans crainte de nous tromper, c’est d’accueillir et de faire une place, aux populations roms ou autres migrants ou minorités, dans le respect de leurs différences.Bon, on savait depuis belle lurette que la « Droite » et la « Gauche », en matière de politique économique et sociale, c’était « blanc bonnet et bonnet blanc ». Nous avons vu récemment, à propos de la question syrienne, qu’il n’y avait pas la moindre différence non plus, entre Sarkozy et Hollande en matière de politique étrangère qui consiste dans le même alignement honteux sur la politique américaine. Mais, la « prétendue gauche » semblait vouloir s’accrocher tout de même à quelques détails distinctifs en matière de « société » : n’avait-elle pas aboli jadis la peine de mort et n’ouvrait-elle pas à présent « le droit au mariage aux couples homosexuels » ?.Mais avec cette incursion de Manuel Valls dans les pas de Sarkozy, même cette ultime « différenciation morale » disparait. Nous voilà revenus trois ans en arrière quand, la conduite inqualifiable de la France, sur cette même question, avait déjà valu à notre pays « des droits de l’homme » l’humiliation de se faire tancer, en septembre 2010, par la commission européenne.Nous avions écrit alors :« Le mode de vie des populations nomades, qui est une question culturelle, et en inadéquation avec la culture de nos sociétés sédentaires. Dans ces dernières, la totalité de l’espace, privé ou public, relève du statut de la propriété, et ne fait aucune place à ceux qui ne sont, ni propriétaires, ni locataires, c’est-à-dire hors statut. Et c’est sans nul doute, parce que leurs existences bousculent notre sens exacerbé de la propriété, pilier fondamental de notre mode de vie, que les populations nomades sont de longtemps, traitées en parias par nos institutions. Le respect de la différence culturelle, le respect du droit des minorités, sans lesquels il n’y a pas de démocratie, commande que l’on cherche les moyens d’une cohabitation la plus harmonieuse possible.La question n’est donc pas celle de la « légalité » ou pas des camps, mais bien celle de l’acceptation ou non de la différence. On peut vouloir créer un cadre juridique ayant pour objet de définir « une légalité » à un mode de vie ressenti comme « a social ». Comme cela a été fait, concernant « les gens du voyage », avec l’obligation, malheureusement si mal respectée, faite aux communes, de tenir des terrains aménagés à la disposition de ceux-ci.Ainsi posée, la question de l’illégalité des camps de Roms, invoquée pour justifier l’action brutale et amorale de l’État français, devrait éventuellement déboucher sur la recherche d’un « possible légal », et ne saurait en aucun cas justifier ni leur démantèlement ni l’expulsion de leurs populations. »Trois ans plus tard nous pouvons ajouter, et ce sera notre conclusion : la question de l’intégration, possible ou non, ne saurait être davantage tenue pour une justification valable à pareille inconduite de l’État.26 septembre 2013.

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