QUELS INTÉRÊTS FONT COURIR LE « C R I F » ? (Réponse à Michèle Tribalat, Pascal Bruckner, Richard Prasquier et Jacques Tarnéro))

QUELS INTÉRÊTS FONT COURIR LE « C R I F » ? (Réponse à Michèle Tribalat, Pascal Bruckner, Richard Prasquier et Jacques Tarnéro)) INTRODUCTION Roland Dumas, qui fut ministre des affaires étrangères sous la présidence de François Mitterrand, puis président du Conseil constitutionnel, a récemment émise une opinion sur l’affaire Dieudonné, qui de toute évidence n’a pas l’heur de plaire aux lobbyistes juifs qui sont à l’origine de la cabale contre l’humoriste. La position de Roland Dumas, qui fait autorité, a eu pour effet de les mettre hors d’eux. Publié dans «Le Huffington-Post – Le Monde », où nous l’avons trouvé, Ils ont aussitôt pondu un article qui se veut le « must » sur la question. Avec un argumentaire foisonnant, maintes références évènementielles et historiques. Mais il s’avère que l’aveuglement partisan est souvent bien mauvais conseiller. Plus que par la justesse du raisonnement, ce long article semble vouloir obtenir raison en assommant le lecteur sidéré. Il n’est pas aisé de faire une simple analyse synthétique d’un pareil pave. Nous avons donc opté pour une autre technique, celle du « détricotage » fil par fil. Nous avons donc, ci-dessous, publié l’article des auteurs du CRIF, dans son intégralité, entrecoupé, en rouge, de nos propres commentaires et analyses. Certes la longueur de notre travail s’ajoutant à celle des auteurs de l’article objet de notre dissection, la lecture que nous vous proposons est, vous l’avez deviné, assez longue. Nous n’ignorons pas que cela en fera renoncer plus d’un(e). Mais il convient, de temps à autre, de relever le gant face à ceux qui pensent que leurs « CV », leurs « Titres » et leur volubilité suffisent à l’invention de la vérité. Malgré sa longueur nous ne saurions trop vous inviter à lire cet article. Nous avons la vanité de croire que vous y trouverez une vraie satisfaction intellectuellePatrick Seignon 31 janvier 2014. 31 janvier 2014 France LE Huffington post – le monde De quoi Dieudonné est-il le nom? Par Michèle Tribalat (démographe), Pascal Bruckner (écrivain), Dr Richard Prasquier (Président d’honneur du CRIF) Jacques Tarnero (essayiste) « Qui aurait pu imaginer qu’à la fin 2013, en France, un bateleur d’estrade aurait fondé son succès sur un explicite discours de haine des juifs ? » Non ! Un bateleur d’estrade ne fait pas un discours, il fait un spectacle. Ainsi, dès la première phrase de votre article démontrez-vous que vous n’avez rien à démontrer. Votre jugement tombe avant les attendus. Peut-on mieux témoigner de l’arbitraire de son jugement ? « Qui aurait pu imaginer qu’il y aurait eu un public pour apprécier ce type de spectacle ? » Qualifiant de « discours » le spectacle, vous eussiez dû, en toute logique qualifier le spectacle de réunion publique voire de meeting. Or, c’est bien spectacle que vous l’appelez. Votre indécision dévoile la fragilité de votre raisonnement. « Qui aurait pu imaginer que Roland Dumas, ancien président du Conseil constitutionnel après avoir été ministre des affaires étrangères d’un gouvernement de gauche soit venu en 2006 l’applaudir aux côtés de Bruno Gollnisch et de Jany Le Pen? » N’est-ce pas cela même le parti pris et la mauvaise foi haineuse ? Roland Dumas a vu le spectacle de Dieudonné en 2006. Dans la salle, parmi plusieurs centaines de spectateurs, il y avait, vous le dites, Jany le Pen et Bruno Gollnisch, soit. Peut-être même étaient-ils par un pur hasard installés sur des sièges cote à cote. Eh alors ! Où voyez-vous la « collusion », la moindre « complicité » ? Ce genre d’amalgame ne plaide pas en votre faveur. Il dénonce plutôt votre mauvaise foi intellectuelle. « Qui aurait pu imaginer que cet humoriste patenté soit devenu le porte-drapeau sinon le porte-parole d’une fusion des extrêmes droites et des extrêmes gauches unies dans un même ressentiment haineux ? Qui aurait pu imaginer qu’une partie de la jeunesse déboussolée des banlieues s’y retrouve ? C’est tout le talent de Dieudonné d’avoir réussi à fédérer ces composantes éparses. » Là encore vous faites aisément, dans un sens puis dans l’autre le transfert du spectacle à meeting et inversement. « Porte-drapeau », « porte-parole » « fédérer », tous ces mots relèvent du lexique politique et partisan. Ils sont inopérants pour parler d’un spectacle et d’un humoriste, même patenté. Ils ne peuvent avoir cours que dans le discours de têtes malades. Mais au fait, « humoriste patenté » ? Par quelle autorité dites-nous ? Quant à la fusion des extrêmes droites et des extrêmes gauches, elle est à peu près aussi pertinente que la tache dont vous prétendez accabler Roland Dumas au prétexte qu’il fut spectateur le même soir et dans la même salle que Bruno Gollnisch et Jany Le Pen. Il est possible que parmi les spectateurs, et dirai-je même, les « fans » de Dieudonné, il y est des militants de l’un et de l’autre des deux extrêmes. Mais cela n’est-il pas le lot de tous les spectacles et de tous les Humoristes ? Je doute fort, au demeurant que les uns et les autres aient la même lecture des blagues de l’Artiste. En vérité, vous voulez surfer là sur l’adage, aussi idiot qu’il est inique, selon lequel « les extrêmes se rejoignent ». Mais n’avez-vous jamais songé que cette sentence du mauvais « bon sens populaire » est à peu près aussi récurrente et tout aussi mal fondée que « le complot juif international » ? « Comment comprendre ce succès ? Grâce à une astuce de présentation ses discours ne relèvent pas de l’expression politique habituelle. A l’abri de la scène, son spectacle joue de la dérision autant que d’une autodérision feinte. » Là vous poussez carrément l’amalgame à son aboutissement. Le spectacle redevient « discours » et relève de « l’expression politique » même si, dites-vous, il ne s’agit pas de l’expression politique habituelle. « A l’abri de la scène », la déformation psychotique de votre jugement, hurle dans ces mots. Comment une scène, lieu public par excellence, ouvert, aux sus de tous, peut-elle être un « abri » ? Interprétant comme un discours politique antisémite certaines saillies de l’humoriste, vous êtes tenu de ne voir dans « l’auto dérision » qu’une « feinte » pour rendre celui-ci plus digeste. Oh oui messieurs dames, vous êtes bien « malades ». L’autodérision, nous vous le rappelons, est tout simplement une partie inclusive, incontournable, de tout bon spectacle humoristique, l’instrument dont use tous les humoristes pour rappeler précisément qu’ils sont et restent dans la sphère de l’Humour. « Cet acteur de talent met en scène un malheureux noir, barbare par nature, affrontant des blancs détenteurs des attributs de la civilisation. Ce deuxième degré fonctionne à merveille pour énoncer son propos. A l’abri de cette forme d’humour Dieudonné nomme et dénonce, en mots codés, le vrai pouvoir, la source unique du mal et du malheur des déshérités, des victimes de ce monde cruel. Le pauvre noir, serait même conscient de son statut d’infériorité face à un pouvoir blanc lui-même au service d’un super pouvoir caché. Ce super pouvoir caché tirerait dans l’ombre les ficelles du monde. Il commanderait aux puissants qui n’auraient de liberté que celle de le servir et de lui plaire. Ce super pouvoir aurait des antennes locales : le pouvoir sioniste. En Amérique il commanderait cet idiot de Bush ou ce harki d’Obama. En France le CRIF dicterait à Hollande ou pire encore à Sarkozy, la liste de ses menus plaisirs. Le CRIF serait le maître de l’Elysée, convoquerait ministres et serviteurs pour dresser leur bilan, les gronder ou flatter ceux qui l’ont bien servi. » Vous échafaudez, vous élucubrez, vous avez dit que le spectacle humoristique était un discours politique caché, à l’abri, etc. Il faut donc que vous en décryptiez, à défaut que vous en inventiez, le sens caché. Vous en disposez avec les sketches de Dieudonné comme foultitudes d’auteurs savants et alchimistes de tous poils ont fonctionné avec « Les prophéties » de Michel de Nostradamus. Chacun peut-y lire ce qu’il veut. Nostradamus n’est pas responsable. Pas plus d’ailleurs que Léonard de Vinci n’est vraiment responsable des élucubrations de Dan Brown dans « Da Vinci code ». « Voilà des années que Dieudonné sème ses graines de haine déjà fertilisées des mêmes ingrédients qui avaient en leur temps fait le succès des Protocole des Sages de Sion. » Vous ne prenez même pas la peine de citer et de démontrer. L’insulte et l’amalgame suffisent à construire votre argumentaire. Le spectacle de Dieudonné = les Protocoles des sages de Sion. Ne craignez-vous pas d’y aller un peu fort ? Ne craignez-vous pas au bout du compte d’être carrément ridicules ? « Ce qui s’épanouit aujourd’hui est le résultat d’une histoire, d’une progression lente, nourrie d’apports divers, de formulations diverses. Dieudonné n’est pas l’unique auteur de la situation présente. Bien au contraire, il en est au contraire l’une des résultantes. Il se trouve à la confluence de courants qui fusionnent aujourd’hui dans ce fleuve répugnant. De quoi Dieudonné est-il le nom ? Reprenons la formule d’un intellectuel distingué qui n’est pas étranger à cette émergence. De Faurisson à Edern Hallier, de Bardèche à Jean Marie Le Pen c’est la même rengaine recuite depuis que l’Okrana, la Gestapo ou bien le Mufti de Jérusalem, Hadj Amin el Husseini, en avaient produit les diverses variantes nazies, staliniennes ou arabes. En Amérique, Nation of Islam et Lewis Farrakhan ont servi la même potion alors que le Ku Klux Klan les avait précédés. Ainsi les esclavagistes et les descendants d’esclaves se sont abreuvés à la même source ! » Or, l’amalgame auquel vous tenez tant est surtout fait pour en arriver là,« les juifs, avez-vous dit, oh pardon, non les sionistes, non Israël » … « …furent accusés de distribuer des bonbons aphrodisiaques pour corrompre la vertu des femmes égyptiennes, d’avoir dressé des requins pour nuire au tourisme sur les côtes du Sinaï, d’avoir fictivement aidé les victimes du tremblement de terre en Haïti (2010) pour mieux prélever des organes sur les blessés ou les cadavres. Tout ceci bien sûr dans projet de commerce lucratif. Faut-il continuer la liste de ces délires ? Ces obsessions inondent les sites internet quand ce ne sont pas les scénarios des programmes télé iraniens ou arabes qui créent des fictions mettant en scène le traditionnel sacrifice d’un enfant non juif pour en prélever le sang destiné à la fabrication de pain azyme. Toute la propagande anti-israélienne visant à démoniser Israël a développé ce type de calomnies moyenâgeuses. Aujourd’hui les procédés se sont modernisés: il s’agit d’attribuer à Israël des crimes identiques à ceux dont les juifs furent victimes. Nazifier Israël en apposant un signe égal entre la Croix Gammée et l’étoile de David en est la dernière figure. De brillants esprits aussi cultivés que progressistes se sont laissé aller à ce type de d’assimilation. » Amalgame dis-je, et vous insistez, tous « dans le même fleuve répugnant, Le Pen, faurisson Dieudonné, Edern Hallier, l’Okrana et le Mufti de Jérusalem, etc. Pourtant, vous en convenez, « Bien sûr Dieudonné n’est pas allé explicitement jusque-là. Il connaît les limites de ce que peuvent entendre des oreilles européennes ». Réalisez-vous le cynisme de votre propos ? Ne voyez-vous pas l’aveu de malhonnêteté intellectuelle dont témoigne cette phrase ? Vous ne dites en effet rien moins que ceci : « il ne l’a pas dit mais nous le lui faisons dire ». Il ne vous vient pas à l’idée qu’il ne l’a pas dit car il ne le pense peut être pas, qu’il ne l’a pas dit parce qu’il ne le dira jamais. Vous affirmez péremptoirement qu’il ne l’a pas dit parce que des oreilles européennes ne sauraient l’entendre. Vous savez vous, pour lui, et en ses lieux et place, ce qu’il a dans la tête. En vérité, cette construction intellectuelle n’appartient qu’à vous. Vous en êtes les seuls responsables Tel est votre crédo et la motivation vraie de toute cette affaire. C’est l’amalgame fondateur de votre délire : antisionisme et critique d’Israël – égale – antisémitisme. Et vous insistez lourdement, vous enfoncez bien le clou : « Il faut donner à ce venin une saveur nouvelle, faire du sioniste et non plus du juif le responsable. Accabler Israël de tous les maux du monde permet de recycler la haine des juifs en haine d’Israël tout en la parant du vernis progressiste et émancipateur des peuples opprimés. C’est ce qui fut tenté à la conférence de l’ONU contre le racisme, tenue à Durban l’été 2001. Dans la nouvelle Afrique de Mandela, c’est bien au nom de l’antiracisme que fut crié « mort aux juifs » dans la ville où Gandhi avait été avocat du temps de l’apartheid. » « Recycler la haine des juifs en haine d’Israël ». La voilà, vous l’avez faite la cabriole. Tout le reste, l’énumération des horreurs que l’antisémitisme religieux, populaire ou « moderne » ont attribuées aux juifs, n’est là que pour impressionner le lecteur et faire taire sa raison dans l’instant même où vous avez tenté de lui faire ingurgiter, subrepticement, la potion de votre argumentaire frauduleux. Certes, je suis prêt à en convenir. Il est probable que parmi ceux, par exemple qui se déclarent amis ou soutien des palestiniens, il y en est qui le fasse par haine des Juifs. Tout comme certains prennent parfois ouvertement le parti d’Israël parce qu’ils sont avant tout arabophobe. Ces circonstances qui s’attachent à toutes les causes humaines ne changent rien au fond de la question. Tous les Etats, toutes les nations de la terre ont des politiques économiques, sociales, intérieures, étrangères, etc., avec lesquelles il va de soi tout le monde ne saurait être d’accord, qu’il est légitime de pouvoir critiquer. Comment se pourrait-il que l’Etat d’Israël échappe à cette règle, simple et universelle. A quel titre, par la vertu de qu’elle élection divine. Qu’elle présomption démesurée vous anime? Or, c’est ce qui ressort de l’amalgame, ci-dessus, auquel vous vous accrochez si fort. Si émettre des critiques à l’égard d’Israël s’est être antisémite, crime au demeurant, punit par la loi française, cela équivaut à vouloir faire taire toute critique à l’égard d’Israël. C’est un but, ce n’est plus un secret, auquel vous aspirez, mais c’est un but auquel vous ne pouvez atteindre car il est contraire à la raison, et si la raison parfois dérape ou chancèle, elle finit toujours par rebondir. A vouloir tant vous accrocher à cet amalgame, vous vous dirigez droit dans le « Mur ». Dans l’attente votre délire paranoïaque enfle, vous vous en prenez au monde entier. Après les extrêmes de droites et de gauche, voilà que vous tancez « la gauche en général », les « progressistes » le mouvement communiste, les tiers-mondistes, les anticolonialistes, les antiesclavagistes et les mouvements de libération : « Faut-il exclusivement chercher ailleurs que sous nos latitudes des exemples de ce travestissement ? L’antisémitisme serait une attitude de droite, fascisante tandis que l’antisionisme serait de gauche, progressiste et émancipateur. Cette imposture intellectuelle date de la fin des années 60 quand après avoir épuisé tous les registres du tiers-mondisme rédempteur, la cause palestinienne devint LA cause des causes. » Vous poursuivez : « En France le surinvestissement du conflit israélo-palestinien a été facilité par les analogies faciles avec la guerre d’Algérie, plaçant Tsahal du côté de Massu et Sharon du côté d’Aussareses. Durant la seconde intifada, avec le retour sur l’histoire de la torture en Algérie, cette identification fut à son apogée symbolique. » L’on voit ici que votre délire vous conduit au déni. Vous ne voulez pas, vous refusez de voir dans la réalité, dans les causes intrinsèques du conflit israélo palestinien, dans la conduite de Tsahal et de l’Etat d’Israël, les causes du désamour d’une fraction de l’opinion à l’égard de l’Etat hébreu. Vous refusez de voir dans le Sionisme la véritable cause de vos maux. Alors bien entendu, comme il faut bien expliquer les choses tout de même, vous allez inventer des causes ailleurs plus ou moins tarabiscotées : « les analogies faciles » « l’identification ». Qu’elle haute considération pour vous-même et quel mépris pour vos contradicteurs. Vous les prenez pour des demeurés, pour « des analphabètes » vous le dites d’ailleurs clairement peu après. Mais la guerre d’Algérie est passée et la révolution cubaine aussi, ainsi que la Shoa et l’Apartheid, et la guerre du Viet -Nam. Ceux qui se mobilisent pour une cause le font en fonction des idéaux, des émotions, des souffrances des crimes et des douleurs du moment qui s’attachent à cette cause et nullement en fonction « d’analogies » avec d’autres causes présentes ou passés. Ceux qui se sentent solidaires de la cause Palestinienne, sont indignés, par exemple, par le blocus de Gaza. Ils n’ont pas besoin pour ça de faire la moindre analogie avec la bataille d’Alger ni le siège d’Alésia. L’horreur intrinsèque de cette situation justifie largement et à elle seule leur colère et leur indignation. « Dans un élan aussi historiquement analphabète que conceptuellement erroné, le sionisme devenait un colonialisme que la motion de l’ONU de 1975 accablait d’un racisme constitutif. » Certes, de prime abord, les fondements idéologiques et sacrés du sionisme paraissent n’avoir rien de commun avec le colonialisme au sens du colonialisme de XIX et XXème siècles. Pourtant les choses ne sont pas si simples. Certes le retour « à la terre promise » des juifs échappés de l’holocauste nazi, fut un temps la motivation des migrants, à laquelle bien des « bonnes âmes » ont adhérées, tout d’abord. Mais la question ne saurait se limiter à cela. Il y a un contexte international, il y a les réalités du pays d’accueil. Quand la déclaration Balfour de 1917 créa le foyer national juif de Palestine, elle créa une « colonie » « stricto sensu », au sens même qu’en donne Machiavel dans « Le prince ». Même après la deuxième guerre mondiale, quand les juifs rescapés affluent en Palestine, s’insurgent contre les Anglais qui voudraient rétropédaler, et proclament l’État d’Israël, étaient-ils fondés pour autant à en déduire qu’ils avaient créé eux même leur Etat et n’étaient la « colonie » de personne ? Non, pas même. En vérité cet Etat ils l’ont créé avec l’appui militaire et en armement de certains, «dont la France », avec l’aval de l’ONU, c’est-à-dire des USA. Et il s’avéra très vite que par sa position, Israël ne pouvait tenir qu’avec l’appui inconditionnel de l’Occident et en premier lieu des USA. La vie, la survie d’Israël a dépendu tout ce temps du bon vouloir des Etats unis d’Amériques, et encore jusqu’à ce jour. On est la chose de qui on dépend. Israël n’a certes pas le statut officiel de « colonie » il en a la complexion. Il est la pièce maitresse de la géostratégie américaine au Proche-Orient. Israël est une « colonie de garnison », une base militaire américaine, le bras armé de l’oncle Sam dans cette région du monde. « Sioniste ! Quel adjectif qualifiant un projet politique émancipateur et libérateur se trouve aujourd’hui à ce point disqualifié, dévoyé? » C’est le nombrilisme de votre pensée, l’égocentrisme de vos préoccupations qui vous commande d’en juger ainsi. Le projet émancipateur du Sionisme n’est émancipateur que pour lui-même, pour « les juifs ». Eu égard aux palestiniens et aux nations arabes qui l’environnent, il est au contraire un instrument d’asservissement, un joug terrifiant. N’insistez-vous pas, avec l’aide directe de Barak Obama (voir discours de l’Union), pour que les arabes et les Palestiniens reconnaissent, non pas seulement l’Etat d’Israël, mais Israël « comme Etat Juif » ? Et vous avez ensuite l’outrecuidance de vous formaliser si des acteurs de la scène internationale attribuent au « Sionisme » un racisme constitutif. « Qu’importait l’histoire ! Qu’importait le sort des juifs européens à la fin du XIXe siècle, au début du XXe siècle ! Qu’importe que le nazisme lui ait donné toute sa raison d’être ! » Là encore, recette éculée, vous tentez d’annihiler la raison par les larmes. Le sort historique des juifs est une chose qui explique certes, pour partie, la naissance du sionisme et ses succès ultérieurs, mais qui ne saurait rien changer à la nature de celui-ci. Le fait que vous vous sentiez obligé ici encore d’user d’un subterfuge en guise de justification, ne plaide pas en sa faveur. « Qu’importait qu’il n’existât pas de Palestine dans un espace arabe colonisé par l’Empire ottoman ! » Le monde dans votre raisonnement n’est pas tel qu’il est mais tel que vous voulez l’interpréter. Vous êtes encore dans le déni quand affleure la question des droits nationaux du peuple palestinien. Votre remarque sur « la non préexistence politique de la Palestine » peut certes paraitre fondée à des esprits superficiels. Mais qu’est-ce que cela enlève au fait que cet espace géographique était peuplé avant que ne commence la colonisation israélienne ? Les indiens d’Amérique ne constituaient pas une nation au sens politique où nous l’entendons aujourd’hui, pour autant n’avaient il pas des droits ? Pour n’avoir pas d’identité politique propre, le peuple palestinien n’avait-il pas des droits aussi ? Pour la raison que le réveil national palestinien ait été pour une large part le produit conséquent de la colonisation israélienne, la revendication nationale palestinienne serait-elle moins légitime ? « Peu importait que le mouvement national arabe allât puiser son idéologie chez les nationaux socialistes allemands ou fascistes ! Peu importait que des nazis aient aidé le FLN algérien ! » Nous voyons mal comment des juifs, se faisant ouvertement les défenseurs de la doctrine sioniste et de l’Etat d’Israël peuvent avoir l’audace de se poser en « conscience du monde » quand on sait les compromissions, des sionistes eux-mêmes, et de leur Etat chéri avec nombre de dictatures d’Amérique Latine et le régime de l’Apartheid d’Afrique du Sud. Les mouvements puisent leurs sources dans leur environnement. Et il n’y a rien de très choquant en vérité si certains mouvement nationaux arabes se tournèrent vers l’Allemagne aux temps où les Anglais leur faisaient un « petit dans le dos », la déclaration Balfour qui créaient une colonie Juive en Palestine. Mais la vérité ne se réduit pas à cela. Dans une autre période, dans d’autres circonstances, dans un autre environnement international, c’est plutôt vers l’URSS et le socialisme que se tournèrent les mouvements nationaux arabes, et l’OLP au nombre de ceux-ci. « Non la gauche avait pour la Palestine un amour myope, le même qui lui avait interdit de voir la réalité des vertus émancipatrices des goulags soviétique ou chinois. » Amour myope dites-vous. On prétend plus généralement qu’il est aveugle, mais passons. L’amour de la gauche marxisante pour la cause Palestinienne n’est venu que lorsqu’il s’est avéré que les USA et l’ONU entendaient flouer ce peuple nié, quand, à force de multiplier les guerres Israël fini par lasser une partie de l’opinion mondiale, quand le surarmement Israélien fit apparaitre qu’il ne fallait pas entendre « David et Goliath » dans le sens ou on avait voulu nous l’enseigner, quand se révéla la brutalité Israélienne contre un peuple qui ne revendiquait que la reconnaissance de ses droits légitimes. Ni myope ni aveugle l’amour de la gauche pour la cause palestinienne fut au contraire le résultat d’une prise de conscience éclairée. « Toute la période des années 70-80 témoigne de ces attitudes qui de la Cause du peuple à Libération en passant par l’Humanité suinte, avec une constante répétition, dès que le feu couve au Proche Orient, de dérapages, d’assimilations, de déni du réel, de projection fantasmatique obéissant à l’imaginaire clivé du monde. Les croyants des « avenirs radieux » projettent sur la complexité proche orientale leurs catégories de lecture du monde. Faut-il entrer dans les détails ? Faut-il rappeler que Faurisson séduisit l’ultra gauche libertaire, qu’il eut les honneurs du Monde ? Faut-il rappeler le titre de Libération au moment du sauvetage par Israël des otages retenus à Entebbe en 1976 désignant l’action d’Israël comme une action terroriste? Au mieux Israël n’était qu’un Etat colonialiste, fasciste, terroriste, au pire il était un Etat construit sur une escroquerie majeure, celle de l’invention de leur destruction, la shoah, imaginée par les juifs pour mieux escroquer les peuples arabes et le reste du monde. » Vous insultez la Gauche, non pas la gauche gouvernementale d’aujourd’hui bien sûr, mais la vraie, la gauche marxisante des années 60 à 80. Vous avez la mémoire courte. La Shoa, l’antisémitisme, les souffrances des juifs, les camps, la solution finale. Vous invoquez la mémoire avec un grand « M » ? Vous intimez à la mémoire collective l’ordre de se souvenir. Mais vous avez oublié la moitié. Le marxisme ; le mouvement communiste international, la fraternité du martyre. Car dans les camps nazis, qui les juifs ont-ils côtoyés d’abord, sinon les communistes, lesquels les y avait même précédés ? Et durant la guerre civile russe, en Hongrie ensuite, puis en Allemagne, en Ukraine, dans toutes l’Europe durant l’opération « Barbarossa » les juifs et les communistes n’étaient-ils pas « frères de misère », pourchassés sous l’étiquette commune de « Judéo-communiste » ? Des dizaines de milliers de juifs ont partagés et sont morts pour ces idéaux que vous insultez. Dans les mouvements de résistance, n’est-ce pas ceux-là encore qu’ont côtoyés les juifs qui s’y engagèrent ? Et qui a aidés de nombreux juifs à échapper à la traque. Certes, pas ceux-là seuls, mais ceux-là tout de même pour le plus grand nombre. Alors voyez-vous messieurs les directeurs de mémoire la vôtre est contestable, car sélective. Avant de vous poser en donneurs de leçons, vous seriez bien avisés de prendre garde à ne pas partager la mémoire C’est de ce salmigondis historique multiple que s’est nourri un Dieudonné. Héritier des délires idéologiques qui l’ont précédé, il a ajouté en surimpression ceux des années 80-90, construit autour du ressentiment post colonial de tous les indigènes de la République ou encore ceux accommodés à la sauce « islamoprogressiste » chère à la pensée émancipatrice de gauche si soucieuse d’éponger ses derniers sanglots d’homme blanc. Dieudonné est devenu le héros commun de ces mouvances. Ne pas vouloir voir cela, dénier au réel sa réalité, lui opposer des rêves idéologiques constituent une des grandes constantes du lent suicide du vieux monde. Et vous décidez, encore une fois pour lui. C’est vous mieux que lui-même qui savez ce qui se cache dans sa tête. Sans même chercher à le démontrer vous affirmez que c’est de ce que vous nommez ce « salmigondis », qu’a hérité Dieudonné. Mais prenons vous au mot un instant. Si c’est le cas, s’il s’agit d’un large mouvement de pensées aux multiples acteurs et responsables, fusse un « salmigondis », pourquoi est-ce seulement sur Dieudonné que vous focalisez vos attaques ? Ah oui, je comprends, il vous faut un exemple, une cible, une « tête de turc » pour incarner « le mal » à détruire. Dieudonné pour vous c’est le « meneur » le « chef de file », la « symbolique ». En le faisant taire c’est donc bien tous les autres que vous voulez faire taire. Votre offensive est donc bien une agression contre les libertés publiques en France. Comment réagir ? Interdire les « spectacles » ou les « quenelles »? Il importe de ne pas conférer à Dieudonné le statut de martyr car cela conférerait à ce geste obscène une valeur d’impertinence. On imagine son succès à venir dans tous les territoires perdus de la République. Par contre que la loi s’applique dès que l’incitation à la haine s’exprime. Après un tel réquisitoire on s’attendait à une sentence terrible. Prendriez-vous peur tout à coup ? Craindriez-vous que votre zèle finisse par être contre-productif, et ne desserve votre mauvaise cause ? Vous voyez bien que votre acharnement provoque l’indignation et une adhésion en retour à la cause stigmatisée. Alors vous faites un « rétropédalage. Interdire les spectacles ou la quenelle, cela ne s’impose apparemment plus à votre sens. Vous ne voulez pas faire de Dieudonné un Martyre. Vous êtes trop bien placés pour savoir combien il en coûte parfois. Vous limitez dès lors vos ambitions à des objectifs plus modestes. Vous réclamez que s’appliquent les rigueurs de la loi uniquement quand l’incitation à la haine raciale est avérée. Vous ajoutez trois alinéas redondants, inutiles du point de vue du sens. Tout ce que nous pourrions en dire a déjà été dit dans les lignes qui précèdent. Nous n’en rajouteront pas. L’honnêteté intellectuelle à laquelle nous sommes attachés nous commande de les publier quand même intégralement. Le défi que nous posent tous les Dieudonnés réside dans notre capacité à en comprendre la finalité autant que la stratégie. Ne pas percevoir l’enjeu de cette imposture consiste à reconduire le dénigrement stalinien face à la lucidité d’Orwell, Koestler ou Camus. Ne pas comprendre que ce sont nos libertés qui sont visées à travers Israël, consiste à reconduire le même aveuglement devant les vertus pacifiques d’Hitler. Ne pas comprendre que c’est l’identité européenne qui est visée à travers les juifs, consiste à reconduire l’esprit de Munich. Plus loin à l’Est dans ce fond de Méditerranée, la ligne de front qui nous protège se nomme Israël, seul Etat membre de l’ONU menacé ouvertement de destruction par un autre Etat membre de l’ONU. Qui massacre qui au Proche Orient ou dans le monde arabe aujourd’hui ? En Europe c’est autour du nom juif que se situe la ligne de front. Elle incarne une résistance symbolique que beaucoup s’acharnent à détruire. La portée de ce mot dépasse de très loin son seul signifiant. C’est bien la raison pour laquelle certains s’ingénient à l’attaquer pour lui ôter toute légitimité à être. Si le nom « juif » venait à être illégitime en tant que catégorie vide de sens, l’idée de peuple qui rassemble les noms qui le constituent deviendrait elle aussi illégitime. Qu’est-ce qu’un peuple sinon le rassemblement des « noms » qui se reconnaissent en lui ? En délégitimant le peuple c’est bien la légitimité de l’Etat qui le protège qui est mise en cause. Ce processus de destruction symbolique est devenu l’arme ultime d’un effacement déjà tenté dans l’histoire. Quand Dieudonné et ses amis s’attaquent aux juifs, au signifié Juif, à la légitimité de l’Etat d’Israël, c’est au statut de l’homme libre, acteur de sa vie, maitre de son destin qu’ils s’attaquent. La fonction véritable de ces ajouts, quand vous venez juste de plaider pour un certain decrescendo, est d’atténuer l’effet de surprise qui s’est emparée de vos lecteurs et amis. CONCLUSION : Donc tout ce long texte, toute cette logorrhée bouffonne, tout ce tissu d’inepties pour en arriver là ? Quel est donc le sens véritable de votre plaidoyer ? En vrai un écran de fumée pour travestir, en offensive, avec beaucoup de mots, aux yeux de vos condisciples et soutiens multiples, ce qui sonne en vérité comme une retraite.1er février 2014.

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