EFFET DE FOEHN Commenter l’information n’est pas sans risque de se fourvoyer. Mais l’exercice de la prospective est lui, carrément dangereux, il expose au ridicule ceux qui s’y étant prêté, se révèlent avoir tout faux. Nous avons pris ce genre de risques plusieurs fois déjà et le « ridicule ne nous a pas encore tués. Nous nous y aventurons une nouvelle fois à propos des évènements en Ukraine et de leurs suites probables. Veuille la réalité nous épargner de paraitre trop bête. * Le trio impérialiste occidental, (États-Unis, France, Royaume-Uni), a fait souffler à Kiev le vent piquant et glacé de la contestation. Il y a en Ukraine, en effet, une vieille tradition russophobe qui pour ne pas être majoritaire représente tout de même une importante minorité, et de surcroit facile à animer. L’Europe libérale, commanditée en cette affaire par le trio impérialiste, avait pour mission d’humilier Vladimir Poutine et la Russie afin de leur faire payer cher leur entrave à l’agression occidentale en Syrie, et l’aspiration à redevenir une grande puissance internationale. Pour atteindre leurs fins, ils n’ont pas craint de sceller alliance avec le diable : l’extrême droite Ukrainienne et sa milice armée. Ils n’ont pas reculés non plus devant le risque de partition de l’Ukraine qui en découlait. Ils pourraient payer cher leur audace Le vent violent qu’ils ont soufflé a rencontré une puissante chaine montagneuse : « l’Oural de la détermination » russe, induisant un effet de foehn qui pourrait avoir pour conséquence de modifier la donne dans la distribution des cartes internationales. Au tout début de la décennie 90, l’Union Soviétique, que l’occident appelait de préférence, « l’Empire Soviétique » c’est effondré. Après Mikaël Gorbatchev le « liquidateur » de l’URSS, ce fut au tour de l’alcoolique Boris Eltsine, de dilapider l’héritage des tsars et de la révolution russe, abaissant la puissance militaire de l’ex Union Soviétique, garante jusque-là d’un monde bipolaire. La Russie cédait ses territoires, fermait ses bases militaires, semblait vouloir renoncer à tout rôle international, se mettait dangereusement à découvert. Un tel positionnement ne pouvait que faire croître les tendances centrifuges qui militaient pour l’éclatement territorial de l’ex Union-Soviétique. Dans une sorte de « sauve qui peut » général, les républiques quittaient le navire en perdition qui prenait l’eau de toute part, et dans un mouvement naturel s’accrochaient à la bouée du « vainqueur » qui paraissait aussi devoir être « le sauveur ». Mais les temps ont bien changés depuis le début des années 90. L’effondrement de l’URSS qui consacrait la victoire du système capitaliste libéral sur le système collectiviste, mettait fin à la guerre froide. Succédant à un monde bipolaire de tensions et de dangers, on nous annonçait alors « un ordre mondial nouveau » unipolaire, prometteur de paix et de prospérité. La globalisation économique, sous l’impulsion du capital international n’était-elle pas prometteuse d’une sorte de « République universelle ? « No più frontière ! » Arborant drapeaux rouge, les communistes l’avait chanté, n’était-ce pas le capitalisme qui allait le réaliser sous l’égide de la bannière étoilée ? Mais il fallut vite déchanter. Libéré de l’hypothèque socialiste, ce bouchon qui obturait la fiole, de son « Génie » maléfique, l’impérialisme pouvait à nouveau donner libre cours à ses instincts agressifs si mal contenus jusque-là. L’ère pacifique promise du nouvel ordre mondial commença dès 1991 par « la guerre du Golfe » contre l’Irak. Depuis, cela est allé crescendo, jusqu’à la récente manigance contre l’intégrité de l’Ukraine qui est une agression directe contre la fédération de Russie. Or, depuis la dissolution de l’Union Soviétique, un autre phénomène était à l’œuvre dans le monde occidental du capitalisme libéral : « La mondialisation économique » et celle-ci commençait à étaler ses effets néfastes au grand jour. Avec ses dizaines de millions de chômeurs, ses petits boulots, ses salariés misérables qui ne peuvent pas même se loger décemment, ses exclus, ses SDF, » l’Eldorado » occidental ressemble de moins en moins « au modèle » des « trente glorieuses » qui avait fait fantasmer les peuples de la zone soviétique. Le rêve d’Amérique s’est perdu dans l’incapacité de « la nation la plus riche de la terre » à offrir une couverture sociale décente à ses salariés les plus modestes. Son pouvoir d’attraction s’est corrodé à l’acide des réalités. C’est dans ce contexte mondial nouveau que Vladimir Poutine vient de mettre un point final à la tendance au démembrement de ce qui restait de l’Empire Russe. Le basculement de la politique internationale de la Russie a été précipité, par la question Syrienne » : l’impasse où est venue se fracasser « l’offensive impérialiste qui pris nom printemps arabe ». L’impérialisme occidental excédé d’être ainsi tenu en échec, a décidé d’attaquer par son flanc Est, cette fois directement les intérêts économiques et géostratégiques de la Russie. Il se pourrait que cela se révèle être une faute considérable, dont le trio impérialiste occidental aura lieu de se repentir. En réaction au coup de force des « pro-Maidan » ouvertement soutenus par l’Europe libérale et les USA, c’est l’autre Ukraine qui s’est réveillée, celle qui était resté jusque-là relativement silencieuse. La récupération de la Crimée par la Fédération de Russie parait avoir réveillé « la fierté nationale Russe ». Mais pas seulement, et surtout pas au sens restrictif et vieillit du « Nationalisme Grand russe » de nos aïeux, mais plutôt, un « sujet » nouveau, celui hérité de l’histoire moderne, la fière nostalgie d’appartenir à un grand ensemble géopolitique prestigieux et respecté, héritage des tsars et de la révolution Russe, cimenté par l’épreuve douloureuse commune et héroïque de la deuxième guerre mondiale, par le parcours commun de l’Union Soviétique, cette tour de Babel où des peuples si différents partageaient le sentiment d’une même appartenance géopolitique, mais également les heures glorieuses telles celles de la conquête spatiale. Cela pourrait ne pas s’arrêter là, déborder largement la question Ukrainienne, rebattre les cartes dans de nombreuses républiques ex soviétiques en proies à des tensions et des luttes intestines. Au-delà même, est-il interdit d’imaginer par exemple qu’en s’arrimant à la Russie, la Serbie veuille un jour se laver de l’humiliation que lui ont infligés les occidentaux et l’OTAN en 1999 ? Après une période d’errements où elles ont pu apprécier ce qu’il en coûte de redevenir des républiques subalternes dans un monde de loups et de requins, ne pourraient-elles pas renouer avec le désir intense d’appartenir à un grand ensemble euro asiatique ? Contrairement aux clichés mal faisant qu’ont voulu transmettre les impérialistes occidentaux et les liquidateurs de l’Union Soviétique, celle-ci n’a pas laissé que des souvenirs exécrables dans la mémoire des peuples. Baltes, Biélorusses, Géorgiens, arméniens, Tchéchènes, Azerbaïdjanais, etc., Eux, qui ne sont aujourd’hui que menu fretins dans les pattes griffues de l’impérialisme Yankee fidèlement épaulé par la France et le Royaume-Uni, se souviennent pourtant que, républiques Soviétiques, ils étaient grands fiers et respectés. Jeudi 16 avril 2014.
