« D DAY », LES VERTUS REGENERATRICES DUSANG DE L’HYDRE Chaque année qui passe, les fêtes et cérémonies célébrant le débarquement de Normandie, du 6 juin 1944, prennent plus d’ampleur. C’est l’occasion en effet d’écrire une certaine Histoire officielle, de formater la mémoire collective, de justifier l’inféodation, de la France, et au-delà de toute l’Europe, au grand frère d’outre Atlantique. On interviewe des gens du peuple, de simples citoyens rencontrés dans la rue, on sélectionne bien sûr savamment les réponses dignes de passer à l’antenne, on fait dire ainsi au « bon peuple » que l’on abuse : « Ils nous ont libéré », « j’ai de l’estime pour ces gens qui nous ont sauvé la vie » et j’ai même entendu une lycéenne, prononçant un discours, lors d’une cérémonie consacrée aux vétérans américains du « D Day » dire que « grâce à eux nous vivions à présent dans un monde de liberté ». Ainsi, l’acte fondateur qui a projeté les USA à la place dominante qu’ils occupent depuis dans le monde serait-il l’acte fondateur de la liberté du monde ? Le monde libre sous domination américaine. Mais n’est-ce pas antinomique ? Jeune fille, ne savez-vous pas que vos (ceux tout au moins que vos mentors obtus vous ont donné pour tels) champions de la liberté du monde ont soutenues et parfois même fomentées toutes les pires dictatures et les plus sanglantes que la terre ait portées. Voulez-vous que j’en cite quelques-unes au hasard, la liste exhaustive serait trop longue : Franco (Espagne), Batista (Cuba), Somoza (Nicaragua) Videla (Argentine), au Brésil de 1964 à 1985, Suharto (Indonésie), Pinochet (Chili), la dictature des colonels grecs s’était eux aussi, et même le régime de l’Apartheid en Afrique du sud, qu’ils ont soutenu sans partage et avec lequel ils ont collaboré jusque dans les années 80. Ne savez-vous donc pas que c’est au même nom de la liberté, telle qu’ils l’entendent, que les USA ont imposés à de nombreux peuples de la terre des sévices et quelques-uns des conflits les plus sanglants de l’après-guerre : Corée, Vietnam, qui ont fait des centaines de milliers de victimes mortes ou mutilées. Ne savez-vous pas que des savants idéalistes, inquiets de la domination militaire que son acquisition donnerait à l’Allemagne leur en ayant donné le secret, ils se sont autorisés, au prétexte de finir la guerre contre le Japon et afin de s’assurer la domination du Pacifique, de faire usage, les tout premiers dans le monde, de la bombe atomique, la pire des armes de destruction massive, contre les populations d’Hiroshima et de Nagasaki ? Ne voyez-vous pas que ce sont à présent encore leur volonté dominatrice et leurs menées bellicistes qui sont à l’origine de la plupart des conflits en cours ou en gestation sur la planète et la cause des pires tensions internationales ? Guerre en Irak qui a précipité le pays dans le chaos, guerre en Lybie qui en a fait tout autant, soutien sans honte à la guerre Djihadiste en Syrie qui est cause de destruction massives et de ruine économique, sanctions et embargos contre l’Iran le Soudan et Cuba, manigance contre le régime Vénézuélien, enrôlement sans pudeur des milices fascistes ukrainiennes pour réaliser le coup d’Etat de Kiev, etc. Mais revenons au « D Day ». Nul ne saurait nier l’importance militaire de l’évènement, ni la part héroïques prise alors par les USA et l’Angleterre dans la défaite de l’Allemagne Hitlérienne. Pour autant, peut-on réduire l’histoire à cela. Peut-on dire en raccourcit qu’ils nous ont libéré ou sauvé la vie ? Ils y ont contribué sans nul doute. Mais aurait-il était possible le débarquement de Normandie si une part considérable des forces allemandes n’avaient été fixées sur le front de l’Est par la contre-offensive de « l’Armée rouge ». Le retournement de fortune militaire pour l’Allemagne n’a pas eu lieu le 6 juin 1944, mais à Stalingrad durant les années 1942/43. C’est à cette étape que les armées du grand Reich ont commencé à chanceler et à douter de leur supériorité. Qu’aurait-il été le débarquement de Normandie si les forces allemandes avaient gardé le moral, toutes leur capacités combatives et pu compter en outre sur l’appui logistique d’un arrière profond jusqu’à l’Oural et à la mer Caspienne ? Aurait-il été seulement envisageable ? Alors oui nous avons été libérés, mais non pas par les américains seuls, mais par les efforts conjugués des armes américaines et soviétiques et des résistances nationales. Voilà la façon juste et équilibrée dont il convient de lire l’Histoire. On tente de nous écrire une Histoire légendaire où l’Europe aurait été libérée par des héros désintéressés venus d’au-delà des mers. Mais la réalité est autre. Les grands idéaux sont des instruments d’enrôlement des peuples, les nations n’agissent jamais pour la défense des grands idéaux mais pour la défense de leurs intérêts bien sentis. L’armada Anglo-américaine a débarqué en Normandie pour défendre ou conquérir la domination mondiale en abattant l’Allemagne qui voulait s’en emparer. L’Armada Anglo-américaine a débarqué en Normandie quand l’avance de l’armée-rouge lui fit craindre que l’URSS ne s’empare de toute l’Europe jusqu’à l’Atlantique. Voilà une réalité toute crue et bien moins prosaïque que celle que l’on voudrait nous imposer. L’Allemagne Nazie, le fascisme, la solution finale de la question juive, c’était l’hydre. C’est en abattant l’Hydre, ou plus exactement en contribuant à l’abattre, en venant se tremper dans son sang, que les USA ont acquise cette qualité toute nouvelle de défenseurs de la liberté. L’Histoire de cette longue page de l’Histoire avait commencée bien avant, à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle. Le capitalisme impérialiste triomphant alors en pleine expansion était une calamité pour les peuples. Ceux-ci se mobilisaient massivement contre, juraient de l’abattre au nom de la liberté précisément, car l’aliénation du travail était bien le pire des jougs. Ils avaient un idéal les peuples, qui s’appelait « Socialisme », une société d’économie collective et solidaire, « le communisme en ce temps-là était un parfait synonyme de « Liberté ». N’est-ce pas d’ailleurs Paul Eluard, poète et communiste qui a écrit le célèbre poème qui en porte le joli nom ? Les communistes et ouvriers italiens chantaient « No più frontières, no più barrières, i viva il communismo et la liberta ». Et puis, se fut la guerre, la grande première, celle dont on fête le centenaire cette année, « la grande guerre » qu’ils disent, la grande boucherie, la boue fétide des tranchées, la jeunesse européenne décimée. Un temps le sentiment national prit le dessus. La « grande guerre » s’était la guerre impérialiste pour le partage du monde, pour la domination, pour le profit de quelques-uns. Avec les années de souffrance et d’horreurs imposées les peuples finirent par se redresser. « Mort à la guerre » « guerre à la guerre », Révolutions ! Et se furent les révolutions Russe, Hongroise, Allemande, l’Italie en ébullition révolutionnaire. Les dirigeants capitalistes de l’Europe prirent peur. Les peuples allaient les balayer, eux et leur sacro-saint dogme de la propriété privée des moyens de production qui est le principe de l’accaparement capitaliste de la richesse sociale au profit de quelques-uns. Ils prirent la peur de tout perdre, étaient prêts à tout pour préserver leurs privilèges. Or, un autre phénomène politique était à l’œuvre dans les soubassements des sociétés occidentales, la naissance du fascisme alimenté par les sentiments nationaux contrariés. Le phénomène était plus vaste et plus puissants dans les pays et nations, chez les peuples brimés par la défaites de la guerre ou mal « payés » par un partage inéquitable. Le Fascisme était par essence un mouvement petit bourgeois viscéralement attaché à la propriété privée et de ce fait ennemi juré du communisme, ce qui en faisait en vérité un allié objectif du grand capital. Alors les dirigeants capitalistes du monde n’hésitèrent nullement pour sauver leur système à l’agonie à enrôler les contingents fascistes pour la défense de leur cause. Le Général Berthelot, autant dire la France à l’Est de l’Europe, écrasa la révolution Hongroise de Bella Kun et appela au pouvoir le fasciste antisémite Horty. Les capitalistes Italiens firent appels aux « faisceaux » mussoliniens naissants pour mater les grèves ouvrières prérévolutionnaires de 1920. Le Social-démocrate Noske, gouverneur de Kiel puis ministre de la guerre de la République de Weimar, enrôla les « freikorps » pour écraser la révolution des ouvriers et marins Allemands, lesquels « corps francs » devinrent bientôt les premiers éléments militaires de la SA hitlérienne. Mussolini fut appelé au pouvoir par le roi « Victor Emmanuel de Savoie ». C’est avec l’aide du parti catholique « Zentrum » et la bénédiction de l’église romaine, qu’Hitler put accéder au pouvoir. Les dirigeants capitalistes voulaient mâter les révolutions et les grèves mais aussi abattre la révolution Russe phare de la contestation internationale, l’église, leur alliée privilégiée dans cette entreprise voulait abattre le régime athée des sans Dieu. Elle soutint bientôt, les armes à la main la « croisade » dont le général Franco avait pris le commandement contre la République espagnole. Le parti nazi en Allemagne s’était illustré dans la lutte anti ouvrière et anticommuniste, Hitler dans « Mein Kampf » disait clairement sa volonté d’abattre le régime des Soviets. Tous les capitalistes du monde occidental, tous les impérialistes, voyaient dans l’Allemagne nazifiée, la machine de guerre qui viendrait à bout de la révolution russe. Ils l’aidèrent à se préparer. Chacun sait comment, longtemps avant le « D Day » qui ferait d’eux les champions de la « liberté » les USA aidèrent le rebond économique et l’armement de l’Allemagne nazie. Chacun sait le rôle que les Britanniques jouèrent aussi dans le même sens. Voilà comment s’explique cet alinéa paradoxal de la seconde guerre mondiale que l’on a baptisé la « drôle de guerre », et comment s’expliquent « les accords de Munich ». Il s’agissait alors de donner à l’Allemagne Hitlérienne toute latitude dans ses préparatifs de l’offensive « Barbarrossa » contre l’Union Soviétique. On voit combien avant de scander le mot « liberté », les impérialistes occidentaux ont surtout œuvré à faire naitre et sustentée l’Hydre. Ils se sont vautrés, toute honte hontes bues, dans la fange et le sang des nations et des peuples. Ils en seraient morts, et leur système aussi sans doute, chassés par les peuples indignés, si un phénix venu de l’autre côté de l’Atlantique ne les avaient sauvés de la putréfaction. Ce phénix, c’était la jeune nation capitaliste américaine, qui pour avoir contribué à la naissance de l’Hydre, ne pouvait pas moins, comparativement à ses vieux cousins d’Europe se prévaloir d’une certaine pureté d’une relative virginité historique. Les américains arrivaient en sauveurs, en libérateurs. En contribuant à tuer l’Hydre, ils se lavèrent de leurs fautes dans son sang, parvinrent à cette occasion à s’emparer du « concept de liberté » pour en faire la clé du crédo du capitalisme dès lors absout, lequel pourtant, il y a peu encore, avait été l’artisan de la pire catastrophe humaine de l’Histoire. Oublié cela, oublié les deux guerres et les révolutions noyés dans le sang, l’antisémitisme instrumentalisé, ce n’étaient pas eux, c’était l’Hydre. L’Hydre? Leur progéniture certes, mais nul ne voulait plus l’entendre, ne l’avaient-il pas tué de leurs propres mains. Quel père tue son fils ainsi ? Oublié d’autant plus facilement qu’à l’Est de l’Europe l’idéal communiste avait été piégé et discrédité par le Stalinisme. « il communismo » n’était plus synonyme de « liberté », ce concept écrit en lettres d’or, pouvait flotter sans grande contestation, sur les étendards de l’impérialisme américain, en vérité le pire ennemi de la liberté des nations et des peuples. Vladimir Poutine a tenu à venir célébrer le « D Day » pour rétablir une part de vérité, la véritable part de l’Union Soviétique, de la Russie, dans la victoire sur l’Allemagne nazie. Nous saluons son initiative et son courage dans le contexte actuel où les agresseurs occidentaux voudraient le désigner comme le responsable de leurs propres turpitudes. Jeunes gens entendez-moi. On vous le répète à satiété, la connaissance de l’Histoire doit servir à cela, que les erreurs et les crimes de passé ne se reproduisent jamais. Pour que l’Histoire serve à cela, la première des précautions à prendre et de ne pas la laisser instrumentaliser à des fins de propagande par des hommes et des forces politiques qui œuvrent à précipiter à nouveau les peuples de la planète dans une catastrophe pire que les précédentes. 6 JUIN 2014.
