DISPUTE A DOMINIQUE DE VILLEPIN,… ET AUX AUTRES. Nous avons publié le 1er août la Tribune de Dominique de Villepin, parue dans le figaro, et largement relayée sur la toile. Nous avons signalés, en rouge, les idées et passages du texte, qui disions-nous « justifiaient l’orgueil que nous nous faisions d’ouvrir nos colonnes à cet auteur. » Il nous faut aujourd’hui nous attarder sur les passages du texte, les idées et propositions que nous ne partageons pas, et en dire les raisons. * GUERRE ET PAIX « Je crois que seule la vérité permet l’action. Nous ne construirons pas la paix sur des mensonges. C’est pour cela que nous avons un devoir de vérité face à un conflit où chaque mot est piégé, où les pires accusations sont instrumentalisées. » La guerre en Irak, pour ne citer que cet exemple, a été fondée sur un mensonge d’État. La guerre, n’est-ce pas l’action ? On le voit, la proposition de Dominique de Villepin selon laquelle « seule la vérité permet l’action » relève de la baliverne. Il est possible par contre que l’on ne puisse construire la paix sur des mensonges. Mais « construire la paix » est-ce la problématique d’Israël des USA ou même du Hamas ? Israël veut construire le grand Israël, les USA veulent construire leur empire planétaire, et le Hamas un État palestinien avec Quod comme capitale. « La paix », chacun à l’aune de ses intérêts la conçoit comme l’aboutissement de son propre projet, la réalisation de leurs buts de guerre en quelque sorte. Leur paix est au bout de la guerre et de leur victoire sur autrui. L’idée de « la paix en soi », qui relève de la démarche poétique est une fadaise, ce n’est pas un concept politique. Tout au plus est-ce une drogue émolliente qui altère les cerveaux les plus performants. La question dans un conflit quel qu’il soit, est moins celle de la paix que celle du choix du combat que l’on entend partager. Le grand Israël, l’Empire planétaire américain, un Etat palestinien indépendant, quel combat choisit Dominique de Villepin ? Nous aspirons tout autant que quiconque à la paix, mais vous le savez, pour notre part nous avons choisit « la réalisation de la revendication nationale palestinienne. C’est pourquoi la paix à laquelle nous aspirons ne se conçoit qu’avec la réalisation de celle-ci. L’ALPHA ET L’OMÉGA L’idée de « la paix en soi » relève de la propagande abrutissante des maitres. C’est un outil de domination idéologique dont l’objet est de désarmer les peuples et qui les sommes de se soumettre à la force des dominants. Certes, tous les peuples aspirent à la paix. Oui, mais laquelle ? Le peuple israélien aspire à la paix dans l’espace du grand Israël où il n’y a pas de place pour les palestiniens encore moins pour un État du même nom. Est-ce une aspiration juste ? Et le peuple Palestinien parce qu’il aspire à la paix doit-il renoncer à sa revendication nationale et se coucher, pour avoir celle-ci, devant les « nouveaux maitres de la Palestine » ? L’assujettissement ce n’est pas la paix, c’est l’esclavage. La revendication nationale du peuple Palestinien a ressurgit dans les années 70, non comme un acte de paix mais comme un acte de guerre déclarée aux occupants et aux oppresseurs. On ne peut éluder la question en se déclarant pour la paix. Nous le répétons, la paix, oui mais laquelle ? Celle qui se fonde sur la reddition de la revendication nationale palestinienne, ou celle qui se fonde sur sa réalisation, c’est-à-dire la victoire des palestiniens ? Partant ainsi du présupposé, dont nous venons de démontrer l’inanité, selon lequel « la paix » serait l’Alpha et l’Oméga de la vérité politique, Dominique de Villepin insiste. « Il n’y a pas de partenaire en Palestine car les partisans de la paix ont été méthodiquement marginalisés par la stratégie du gouvernement d’Israël. La logique de force a légitimé hier le Hamas contre le Fatah. Elle légitime aujourd’hui les fanatiques les « plus radicaux du Hamas voire le Djihad islamique. ». Ecrit-il. « Il n’y a plus de partenaire pour la paix en Israël car le camp de la paix a été réduit au silence et marginalisé. ». Et encore : « Il n’y a plus non plus de partenaire sur la scène internationale, à force de lassitude et de résignation, à force de plans de paix enterrés. On s’interroge sur l’utilité du Quartette. On désespère de la diplomatie du carnet de chèques de l’Europe » Où l’on voit à de quelles absurdités conduisent des préalables faux. Dominique de Villepin s’alarme de la marginalisation des partisans de « la paix » ? Mais n’est-ce pas par la lutte et dans la lutte que la cause palestinienne c’est affirmé. Sans les armes de sa guerre juste elle n’eut jamais existé. « La paix maintenant », c’est vouloir finir la cause sans accéder à ses revendications. Les partisans de la paix côté palestinien sont les liquidateurs de la cause nationale palestinienne. Regretter qu’ils aient été marginalisé, c’est regretter qu’on n’ait pas plus vite annulé la cause palestinienne en la digérant dans un « compromis » foireux. Historiquement le compromis foireux se fut les accords d’Oslo, la réalisation d’un Ersatz d’Etat confetti qui a permis de fixer l’autorité palestinienne, équipée des seules armes de police, à la disposition des ennemis héréditaires du peuple palestinien. Une capitulation déguisée en demi-victoire. C’est à ce piège, que le Hamas reprenant le flambeau du combat national que le Fatah laissait choir, a voulu échapper. Faut-il le regretter, faut-il l’en blâmer ? Certainement pas, car sans cela il n’y aurait plus, à l’heure qu’il est, de cause palestinienne. Et ni Dominique de Villepin, ni personne ne serait plus dans l’embarras de devoir faire des choix douloureux entre la sécurité d’Israël et l’aboutissement de la revendication nationale palestinienne. Nous n’avons-nous même rien à voir avec le Hamas, ni avec une quelconque forme de l’Islam radical, ni d’ailleurs avec la moindre approche confessionnelle des problèmes. Mais fidèles à la juste cause du peuple palestinien nous appuyons sans partage ceux qui la défendent quelles que puissent être nos prévenances à leur endroit. C’est une feinte lamentable en effet que de prétendre défendre une cause en condamnant ceux par qui elle a l’heur d’exister encore. Il en va différemment des partisans de la paix en Israël qui sont ceux des citoyens israéliens ouverts à l’écoute des revendications palestiniennes. ISRAËL, MYTHE ET RÉALITÉ Nous avons souvent dans nos pages, particulièrement depuis 2011, avec les évènements qui furent baptisés « printemps arabes », fait le procès de ces autres balivernes, démocratiques celle-là, que nous débitent à longueur de journées les pouvoirs occidentaux et la machine médiatique à leur solde. Homme de droite, homme de pouvoir, Dominique de Villepin consacre à ces mêmes balivernes. C’est pourquoi il écrit : « L’État israélien se condamne à des opérations régulières à Gaza ou en Cisjordanie, cette stratégie terrifiante parce qu’elle condamne les Palestiniens au sous-développement et à la souffrance, terrifiante parce qu’elle condamne Israël peu à peu à devenir un État ségrégationniste, militariste et autoritaire. » Israël ne serait donc pas ce qu’il est mais le deviendrait « peu à peu » par la faute d’une politique délétère. Dominique de Villepin prend pour argent comptant sans même la discuter la proposition établie selon laquelle Israël serait un État démocratique comme le confirme la proposition ci-dessous : « Cela signifie concrètement d’assumer des sanctions économiques ciblées et graduées, notamment pour des activités directement liées aux opérations à Gaza ou aux activités économiques dans les colonies. Je ne crois guère aux sanctions face à des États autoritaires qu’elles renforcent. Elles peuvent être utiles dans une société démocratique qui doit être mise face aux réalités. » Or la vérité est autre. Sioniste, l’État d’Israël est un Etat colonialiste, fondé sur l’idée « du retour à la terre promise » et sur la « judéité » l’État d’Israël est un Etat Théocratique intégriste. Le reste en découle. L’État d’Israël n’a aucun besoin de devenir « ségréga-sioniste, militariste ou autoritaire », il l’est dès son origine, ce sont là les caractères constitutifs de sa réalité historique.SUPRANATIONALITÉ ET RÉALITÉS Israël, les USA, la France même, ne jouent pas franc jeu dans cette affaire. Alors Dominique de Villepin s’en remet aux instances supranationales, l’ONU, la CPI, l’interposition : « Face à l’absence de plan de paix, seules des mesures imposées et capables de changer la donne sont susceptibles de réveiller les partenaires de leur torpeur. C’est au premier chef la responsabilité de la France. » « Le deuxième outil, c’est la justice internationale. L’urgence aujourd’hui, c’est d’empêcher que des crimes de guerre soient commis. Pour cela, il est temps de donner droit aux demandes palestiniennes d’adhérer à la Cour pénale internationale, qui demeure aujourd’hui le meilleur garant de la loi internationale. C’est une manière de mettre les Territoires palestiniens sous protection internationale. » « Le troisième outil à la disposition de la communauté internationale, c’est l’interposition. À défaut de pouvoir négocier une solution, il faut l’imposer par la mise sous mandat de l’ONU de Gaza, de la Cisjordanie et de Jérusalem Est, avec une administration et une force de paix internationales. Cette administration serait soumise à de grands périls, du côté de tous les extrémistes, nous le savons, mais la paix exige des sacrifices. Elle aurait vocation à redresser l’économie et la société sur ces territoires par un plan d’aide significatif et par la protection des civils. Elle aurait également pour but de renouer le dialogue inter palestinien et de garantir des élections libres sur l’ensemble de ces territoires. Forte de ces résultats, elle appuierait des pourparlers de paix avec Israël en en traçant les grandes lignes. » Or, la Justice internationale, le droit international qu’elle est censé faire appliquer, ne sont-ils pas en vérité que les émanations des États ? Pourquoi voudriez-vous que les instances internationales qui en émanent fassent mieux ou différemment que les états dont elles sont les choses ? Voilà en vérité des idées et concepts qui prétendent en imposer aux esprits simples et pacifiques, mais qui ne se fondent sur rien autre que des illusions et des affabulations. Dans le monde vrai, le seul droit et la seule justice internationale qui s’appliquent sont ceux de l’impérialisme dominant. Quand le Conseil de sécurité de l’ONU, par le véto de la France, refusa de donner son feu vert à l’agression des USA contre l’Irak, les USA n’en firent tout de même qu’à leur tête, et quand la Russie et la Chine s’opposèrent à l’intervention en Syrie, Les américains et la France décidèrent de passer outre. Nous ne doutons pas que l’intention profonde de Dominique de Villepin, l’homme du célèbre discours du 14 février 2003 devant le Conseil de Sécurité de l’ONU contre la guerre en Irak, soit fort éloignée de cela. Mais en l’occurrence il ne s’agit pas d’intentions mais de réalité objective. En référer à l’ONU, à l’interposition, c’est redonner la main à l’impérialisme dominant, c’est vouloir nier le droit des peuples à l’insurrection, à faire valoir leurs droits. Au bout du compte, et qu’elles que soient les intentions de départ, cela se résout en un stratagème pour faire taire des revendications auxquelles on ne désire pas accéder. La seule garantie de la réalisation des revendications nationales palestiniennes, c’est la poursuite du combat et non la reddition fut-elle en se rangeant à la raison d’un tiers. LA SOLUTION DU CŒUR ET DE LA RAISON Parce qu’il veut paraitre équilibré dans ses positions, Dominique de Villepin se croit obligé d’appuyer lourdement sur la question de la sécurité d’Israël. « Une France – écrit-il – qui est attachée indéfectiblement à l’existence et à la sécurité d’Israël mais qui ne saurait oublier les droits et devoirs qui sont conférés à Israël en sa qualité d’État constitué. » Mais comment s’attacher tant à répéter son attachement à la sécurité d’Israël quand on prétend défendre la juste cause palestinienne ? La sécurité d’Israël cela ne veut-il pas dire le renoncement des palestiniens à leur juste combat ? Déclarer le droit à la sécurité d’un état colonialiste et oppresseur n’est-ce pas dénier au peuple opprimé le droit inaliénable d’insurrection contre l’injustice. Je ne suis pas pour ma part attaché à la sécurité d’Israël, et ne le serait pas, aussi longtemps que la revendication nationale palestinienne ne sera pas satisfaite. Pour autant, sommes-nous nous même pour la « guerre perpétuelle ». Pas le moins du monde. Nous aspirons à la paix, nous aussi, pour les juifs d’Israël comme pour les palestiniens. « Le peuple israélien est un peuple de mémoire, de fierté et de courage. » – nous dit Dominique de Villepin – « Mais aujourd’hui c’est une logique folle qui s’est emparée de son État, une logique qui conduit à détruire la possibilité d’une solution à deux États, seule envisageable. » Mais pourquoi diantre la « solution à deux États » serait-elle « seule envisageable » ? Il suffit de réfléchir à cette question pour se rendre compte qu’en vérité ce n’est que la réponse imposée par l’impérialisme dominant lui-même, parce qu’elle ménage ses propres intérêts: l’instrumentalisation d’Israël comme son bras armé, son outil de domination du Proche-Orient arabe. C’est cette problématique qui maintien Israël dans l’assujettissement qui est le sien à l’égard des États-Unis et lui interdit toute approche hors adversité de la présence juive au Moyen-Orient. Mais il existe pourtant une autre option. Celle que nous avions appelée « la solution du cœur et de la raison », pour laquelle nous avons déjà milité dans le dernier chapitre de notre brochure « des armes pour la Palestine ». Nous allons y revenir, et, nous le savons, ce sera notre tour de nous faire traiter d’Utopiste, par tous les partisans de la « solution à deux États. Ceux-là en effet sont ceux qui refusent de voir bien en face une réalité inacceptable qui découle d’un malentendu, ou vice originel, à la création de l’État d’Israël. Pire même, en ce qui concerne l’administration américaine’ qui a fait un principe de la reconnaissance d’Israël comme « État juif ». C’est l’idée qu’a défendu Barak Obama dans plusieurs de ses discours sur l’état de l’Union ou devant l’Assemblée Générale annuelle de l’ONU. Un État juif, c’est-à-dire un État ethnique, confessionnel, intégriste. Un tel État n’a pas lieu d’être. Pas question de reconnaitre l’État d’Israël comme État Juif entièrement contraire à l’esprit démocratique qui se fonde sur la multi ethnicité, la laïcité, et la liberté des cultes. C’est l’État sioniste d’Israël lui-même qui doit disparaitre. La solution, la seule vraiment valable, c’est celle d’un État laïque de Palestine dans lequel juifs et arabes vivront tous en paix et en harmonie, comme des citoyens à part entière. Ce choix, cette démarche appartient aux seuls peuples concernés, contre les intérêts internationaux étrangers qui les opposent et les instrumentalisent. Utopie ? Non dois-je répondre. Cette idée tellement marginale est pourtant la seule qui vaut. Marginale ? C’est en vérité la plus puissante qui s’imposera sous peu car c’est celle du cœur et de la raison * Vous l’avez compris, disputant ici avec Dominique de Villepin, c’est aussi avec le PCF que j’entends débattre, qui fait actuellement signer une pétition pour en appeler lui aussi aux instances internationales. C’est aussi avec Nassimah Dindar, Présidente du Conseil général de La Réunion et Présidente de la Fédération UDI de La Réunion, qui fait signer une pétition sur « Change-org », par laquelle elle en appelle à François Hollande pour que la France interfère au Conseil de sécurité de l’ONU pour réclamer l’interposition des casques bleus. C’est enfin avec tous ceux qui, sans nul doute sincères n’en sont pas moins des défenseurs inconséquents de la cause palestinienne. Jeudi 7 août 2014.
