L’ÉCHELLE DUCON ou PETIT ESSAI DE GRADATION D’UNE ÉCHELLE DE L’HORREUR

L’ÉCHELLE DUCON ou PETIT ESSAI DE GRADATION D’UNE ÉCHELLE DE L’HORREUR Il y a le thermomètre pour mesurer les températures qui est une échelle graduée en degrés, auxquels les physiciens Fahrenheit et Celsius ont eu l’insigne honneur de transmettre leurs noms. Il y a l’échelle de Richter à laquelle on évalue la magnitude des séismes, il y a le « compteur Geiger » autre forme d’échelle à laquelle on mesure le degré de radiations. Dans les hôpitaux on tente depuis quelques années d’évaluer le degré de la souffrance sur une échelle de la douleur. Alors, est-ce vraiment idiot de vouloir classifier l’épouvante sur une échelle de l’horreur ? C’est en entendant les vociférations de nos médias occidentaux à propos de la décapitation d’un journaliste américain que cette idée saugrenue nous est venue. Nous avons voulu sans tarder vous la soumettre. Voilà donc une liste de dix crimes, ci-dessous, établie au gré fantasque de notre mémoire. A vous de leur attribuer une place sur l’échelle de l’horreur. Classez, je vous prie, de 1 à 10, du plus au moins révoltant, chacun de ces crimes sur l’échelle de l’horreur. Donc, disions-nous, un journaliste décapité par des militants de l’Etat Islamiste au levant. Un jeune noir seulement équipé d’un « baladeur », abattu, criblé de balles, de sang-froid et de face par un représentant américain de la force publique. Un condamné à mort, certainement un assassin, un être humain néanmoins que l’on ligote sur une chaise électrique, Une population armée seulement de pierres et de roquettes artisanales bombardée avec des armes sophistiquées, Un chef d’État que l’on humilie et que l’on pend pour l’exemple devant toutes les télévisions du monde Plus de 2000 morts, des civils pour l’essentiel et des enfants, dans une guerre inégale. Un autre chef d’État, en la circonstance un homme désarmé, que l’on humilie et que l’on abat comme un chien Un pays entier mis à feu et à sang, avec des dizaines de crimes semblables et autres attentats horribles commis par les mêmes Djihadistes Des dirigeants Palestiniens abattus par des « drones » radioguidés, par des assassins fous, s’agitant hilares devant leur console de « jeu », comme des adolescents débiles. Voilà la liste. A vous de « jouer ». La décapitation vous révulse ? C’est une affaire civilisationnelle, culturelle ? Pas tant que ça. Il n’y a pas si longtemps nous décapitions nous-mêmes, avec un outil perfectionné il est vrai, des assassins pour sûr, pour l’essentiel, mais aussi quelques innocents (dégâts collatéraux). Avant cela les pauvres hères étaient suspendus par le col et c’était un attribut (privilège) de noblesse d’être décapité au sabre, la tête sur le billot. La décapitation au sabre était courante aussi chez nos chers ennemis anglais. Pourtant, oseriez-vous affirmer (horribles racistes) que l’assassinat de Michael Brown vous révulse moins ? Pourtant, qui d’autre aurait l’outrecuidance de jamais nous affirmer que l’assassinat des enfants palestinien à Gaza avec les armes sophistiquées d’Israël ne mérite qu’une deuxième ou troisième place sur les gradins de l’horreur ? Et le condamné à mort, et le chef d’État que l’on pend après qu’il vous a rendu maints service ; celui que l’on liquide comme un chien quand on se prétend une grande démocratie ou la patrie des droits de l’homme : un pays entier dévasté, par la volonté de « grandes puissances » qui veulent faire la loi sur la planète, des populations terrorisées et meurtries, des décapitations par dizaines d’êtres humains tout aussi respectables que le malheureux James Foley ; qui aurait l’indécence de soutenir que ce sont là des horreurs moins grandes, plus tolérables, plus acceptables à la raison humaine ? Celui ou celle qui se risquera de tenter un tel classement est pourtant certain de gagner. A cet exercice là on gagne à tous les coups, quel que soit d’ailleurs l’ordre pour lequel on opte. Il ou elle aura gagné en effet, de figurer tout en haut de l’échelle de l’horreur, et peut-être même pourra-t-on pour l’honorer, donner son nom à celle-ci : « l’échelle Ducon à dix degrés du classement de l’horreur ». Ah ! Une minute. Dernière nouvelle Ah non, il a été battu d’une courte tête, sur la ligne d’arrivée, par François Hollande en personne. Celui-ci ne vient-il pas en effet de déclarer dans un entretien exclusif au journal « Le Monde » : « La communauté internationale porte une responsabilité très grave dans ce qui se passe en Syrie Si, il y a un an, il y avait eu une réaction des grandes puissances à la hauteur de l’utilisation des armes chimiques, nous n’aurions pas été face à ce choix terrible entre un dictateur et un groupe terroriste, alors que les rebelles méritent tout notre soutien. » Où François Hollande justifie clairement ( nous reviendrons ailleurs sur l’argumentaire odieux) le soutien occidental aux groupes Djihadistes qui ont dévasté la Syrie et qui sont les mêmes qui décapitent des Yazidis Irakiens par dizaines et un journaliste américain. Moralité : Il n’y a pas de classement de valeur possible dans l’échelle de l’horreur. Les responsables politiques, journalistes, médias ou philosophes qui s’y risquent, sont ceux qui veulent condamner les crimes et excès d’autrui pour absoudre ou masquer les leurs. Vendredi 21 août 2014.

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