LE MÉPRIS * Nous n’avons pas lu, vous vous en doutez le livre de Valérie Trierweiler, et nous ne le lirons pas. Il est de la même veine ordurière que celui, antérieur de Marcella Iacub. Pas plus que les pièges sexuels pour extorquer des confidences, les sales petites vengeances de l’égo blessé et des affaires sentimentales n’ont à faire dans la vie publique. Les uns et les unes insultent plus leurs auteurs que leur cible désignée. Toutefois, comme tout un chacun, nous n’avons pu échapper au tapage médiatique qui a accompagné la sortie de ce « livre » et avons retenu quelques assertions souvent citées que l’auteur prête à son ancien concubin. Nous pensons à ce fameux « bon mot », « les sans dents », par lequel François hollande est supposé désigner les pauvres. Cette « plaisanterie » privée, devenue publique, censée illustrer le mépris de l’homme d’État pour le peuple qu’il gouverne relève-t-elle de la réalité ou du fantasme ? Sachant l’humour parfois sarcastique que d’aucun prête au président, il n’y a après tout rien d’impossible. Vrai ou faux, nous ne nous prononcerons pas, cela est de peu de conséquence. Mais cela nous rappelle que nous avons-nous même à plusieurs reprises, dans un registre politique plus élevé, signalé ce que nous interprétions comme des marques de mépris du Président de la république à l’endroit « du populaire ». Ainsi avons-nous écrit par exemple à propos du bilan des dernières élections municipales : « L’intervention télévisée de François Hollande, à 20 heures ce soir est un véritable crachat à la face des électeurs mécontents. » (« 20 heures, le crachat » 31 mars 2014.) Ou plus récemment encore, c’était à la suite des déclarations du ministre du travail qui déjà ciblaient les chômeurs -Ils ont de la suite dans les idées – « Le procédé est terrible, honteux. Ignominieusement insultant, profondément dégoûtant. Ouvriers, techniciens, cadres, agriculteurs, commerçants, employés, salariés, et chômeurs bien entendu, vous tous, mes frères, mes camarades, qui aspiraient simplement à gagner honnêtement et décemment vos vies par le salaire de votre travail, souvenez-vous à jamais de l’innommable mépris pour le monde du travail, de ces gens qui se disent « sociaux-démocrates » ou plus fréquemment de « Gauche » (« Toutes hontes bues ». Mercredi 3 septembre 2014.) Le petit tango catalan improvisé par le trio Hollande Valls, Macron, à propos des allocations chômage nous apparait comme une nouvelle marque de ce mépris qui caractérise ces hommes à l’endroit du peuple. Est-ce vraiment avec un tel stratagème éculé, et au moindre coût que François Hollande veut « gauchir » son image ? Mais pour qui donc nous prennent-ils ? Valls et son compère Macron veulent remettre en cause, au détriment des victimes que sont les chômeurs, les règles qui régissent l’assurance chômage. Et Hollande « faux-cul » dit : « Non ! (ça fait chef) il n’y aura pas de réforme de l’assurance chômage…. Avant 2015. Mais pourquoi « non » en ce cas ? Il aurait pu tout aussi bien dire oui, il y aura une réforme de l’assurance chômage mais en 2015 seulement. Voilà le tour de passe-passe langagier par lequel Hollande a l’outrecuidance de prétendre tromper l’opinion. N’est-ce pas afficher beaucoup de mépris à leur endroit que de croire ses contemporains et concitoyens « pauvres » assez bêtes pour se laisser abuser par de telles illusions grossières avec leurs ficelles grosses comme des aussières ? « Sans dents » peut-être mais non pas sans jugement. Bien entendu tout le monde n’est pas dupe, ni « à gauche » ni « à droite », pour preuve l’article de Cécile Cornudet paru dans « Les Échos » le 12 octobre, et que nous publions ci-dessous. Lundi 13 octobre 2014. * Des ennuis techniques ont perturbé nos publications Assurance chômage : le couac qui sert François Hollande Cecile Cornudet / Editorialiste | Le 12/10 à 19:07, mis à jour à 19:35 Après Manuel Valls, Emmanuel Macron, le ministre de l’Économie, s’oppose au chef de l’Etat sur l’assurance chômage …. tout en lui permettant d’être, pour la première fois depuis deux ans, sur la ligne de sa gauche. Le Premier ministre qui lance une idée et ouvre un débat -la réforme de l’assurance chômage-, avant que le chef de l’Etat ne le ferme aussitôt, cela s’appelle une péripétie gouvernementale. Un ministre de l’Économie qui fait rebondir l’idée deux jours plus tard, malgré le veto présidentiel, cela ressemble à une divergence de fond au sein du gouvernement. Alors que Bruxelles pousse Paris à réformer, Emmanuel Macron a repris à son compte ce dimanche l’antienne vallsienne. « L’assurance chômage est en déficit de quatre milliards d’euros ; quel responsable politique peut s’en satisfaire ? Il y a eu une réforme, elle est insuffisante », a-t-il indiqué au JDD en souhaitant un nouveau « New Deal »: la France « intensifie » les réformes, l’Europe relance l’investissement. Ces mots ont provoqué exactement la même hostilité que ceux prononcés par Manuel Valls peu avant. A l’extrême gauche, chez les frondeurs, et plus largement dans l’ensemble du parti socialiste. « La gauche n’a pas de tabous mais elle a quelques totems. Quand un président de la République s’exprime, les ministres appliquent », a déclaré Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire, lors d’un conseil national du PS. Ce sont des « annonces fantasmes », a poursuivi Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale. « Il faut savoir prendre le temps de la réflexion », a jugé Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales. « Entrer dans la vallée de la mort » Quelques poids lourds du gouvernement -Valls, Macron, mais aussi Le Guen- défendent, contre tous les autres et avec des mots chocs, l’idée que le pays doit se réformer ou mourir. Réformer, «c’est comme entrer dans la vallée de la mort », a lancé Emmanuel Macron. Des mots qui frappent, des micros qui s’affolent, une gauche qui se désespère : rien n’a donc changé depuis la « clarification » gouvernementale du mois d’août ? Si ! Un élément majeur fait de l’assurance chômage un « couac » d’un nouveau type. Les ministres qui se démarquent ne sont plus ceux qui veulent un virage « à gauche » (Montebourg, Hamon), mais ceux qui en demandent un « à droite ». Et pour François Hollande, cela change tout. Pour la première fois depuis son élection, il se retrouve du côté de sa gauche et des frondeurs, garant des tabous et des totems. Enfin recentré. A la veille de sa mi-mandat, François Hollande aurait il trouvé la recette du « couac » qui le sert (politiquement) ? @Ccornudet
