« THE END »

« THE END » Bons enfants, les peuples par nature ne sont pas méchants, ils sont en général même plutôt affables et naïfs. Certes ils peuvent changer, se rebeller et mordre cruellement leurs tyrans, mais ce n’est qu’après avoir endurés de longs et multiples sévices et humiliations qu’ils se réveillent de leurs illusions et se rebiffent parfois. Sorti d’un long ensommeillement « Le bon peuple Tunisien », fort de son inexpérience et le cœur plein d’illusions, avait pris le chemin de la révolte au creux de l’hiver 2010. Les professionnels de la politique soutenus et conseillés par les diplomaties occidentales, sont parvenus à le « manipuler » jusque à le « déposséder » de sa révolution. L’acte final de cette comédie historique c’est joué les 23 novembre et 21 décembre 2014 lors des élections présidentielles au suffrage universel, que nos médias occidentaux présentent comme la première élection libre d’un président de la république Tunisienne, et le summum de la démocratie moderne. Or, nous l’avons souvent écrit à propos de l’élection du président de la République en France et ailleurs, qui tend d’ailleurs à devenir le mode général d’expression de la prétendue démocratie occidentale, qu’il s’agit en vérité d’élire de la sorte des « dictateurs constitutionnels ». Cette formule qui peut paraitre un peu excessive à certains, quand on l’applique à la France ou aux USA, brille de tout l’éclat de la vérité quand c’est l’ancien premier ministre de Ben Ali qui est élu, lors des dernières élections Tunisiennes, sur le thème de finir le désordre révolutionnaire. Elle se révèle cette réalité quand sur le « socle » d’une révolution une large fraction d’un peuple désabusé ne se rend pas aux urnes, quand l’élu qui peut se prévaloir de 55,68 % sur 60,1 % de suffrages exprimés, est l’élu en vérité de 30 % à peine des Tunisiens : moins d’un tiers des électeurs Tunisiens 1 731 529 sur 5 308 354 inscrits L’élection de Monsieur Béji Caïd Essebsi, à la présidence de la république Tunisienne a sonné comme le « The End » du cinéma hollywoodien. Triste fin. The end ! Finie ! Non pas seulement la Comédie tunisienne, mais surtout la fable macabre « des printemps arabes, orchestrés par les Monarchies pétrolières et la troïka impérialiste occidentale, à quoi « la révolution Tunisienne » servit de point de départ. Fini ! Le temps du bilan est venu. « La mobilisation » du peuple Tunisien fut la seule authentique et entièrement spontanée de tous les évènements qui suivirent et bouleversèrent le monde Arabo Musulman. C’est à cette raison que nous lui reconnaissons le titre glorieux de « révolution », que nous contestons à l’émeute égyptienne et aux séditions armées libyennes ou Syrienne. Révolution tunisienne donc, mais révolution avortée, instrumentalisée, insultée. Or, si vous en ôtez celle-ci, que reste-t-il du bilan du, ou des, prétendu printemps arabes ? Un indescriptible chaos en Libye, une dictature militaire en Égypte, une situation de chaos et de guerre prolongée en Syrie, des destructions massives, des bains de sang, une dégringolade dans la barbarie, pas un seul progrès de « la démocratie nulle part. En peu de mots le désastre des diplomaties Occidentales que nous avions annoncé de longtemps. Le peuple Tunisien a été grugé, dupé, trompé, abusé. Nous avions anticipé cela dès l’origine des évènements, quand, c’est par l’intercession de la diplomatie américaine que Ben Ali fut débarqué du pouvoir par son propre chef d’état-major et placé sous la protection de l’Arabie Saoudite. Ainsi écrivions-nous le 28 janvier 2011, au tout début de ce que les médias occidentaux dithyrambiques baptisèrent « printemps arabes » : « Nous venons d’assister à une « Révolution » tunisienne, sans délitement de l’armée, sans dissolution du pouvoir, sans apparition d’un pouvoir alternatif, conséquemment, sans période de double pouvoir. Un « Être historique », en quelque sorte qui ne ressemble à aucune autre révolution. Ce constat troublant appelle le questionnement suivant : La « Révolution tunisienne » est-elle un épisode historique particulièrement innovant ou bien n’est-elle pas du tout une « Révolution »? « La baptisée « Révolution tunisienne », en l’état actuel des choses, ressemble davantage à une opération de « transition démocratique pilotée » qu’à une véritable révolution. » (« MAIS C’EST QUOI CE BIN’S ? ») Loin de nous l’idée de « jeter la pierre » à ce peuple vaillant. Loin de nous la prétention vaine de lui faire la leçon. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire politique du monde que des peuples se font manipuler par les (politiciens) et que leurs colères et révoltes sont ainsi instrumentalisées pour des fins qu’ils n’avaient pas voulues. Pareille mésaventure arriva plusieurs fois au XIXème siècle au peuple Français, en 1830 quand on le poussa dans la rue pour substituer le chef des Orléanistes au représentant des « légitimistes ». En 1848 quand la révolution dévoyée donna naissance au second Empire. Plus près de nous, en 1981, quand le vent de révolte qui avait soufflé en Mai/juin 1968, transformé, canalisé, instrumentalisé, déboucha sur l’alternance institutionnelle de 1981. L’insurrection populaire devient « Révolution » quand elle se dote de ses propres organes de pouvoir et se propose de transformer l’organisation sociale, quand elle met à son ordre du jour la destruction des organes de pouvoir et l’organisation sociale précédents. Il n’y a pas disait Lénine, de révolution sans parti révolutionnaire. Les peuples arabes viennent d’en faire l’amère expérience. Politiquement désarmés ils ne pouvaient être que les « jouets » des professionnels de la politique. Ne faut-il pas d’ailleurs voir dans cette circonstance la raison véritable de l’amour surprenant des politiciens serviteurs de l’impérialisme occidental, pour ce qu’ils appelaient eux-mêmes « les révolutions arabes » ? Nous nous amusions alors de ce paradoxe que les impérialistes occidentaux et tous nos fieffés réactionnaires, se découvrent tout à coup les plus ardents défenseurs des « révolutions arabes », nous écrivions le 21 janvier 2011, « Vous l’avez senti, chers visiteurs, depuis notre premier article, nous ne sommes pas de ceux qui se sont esclaffés de joies ni gargarisés de formules dithyrambiques à propos de la « révolution » tunisienne. Nous étions étonnés que ce soient précisément, les pourfendeurs habituels de révolutions qui se découvrent une inclination inattendue pour celle-là. L’explication de cet entichement, contre-nature de la réaction impérialiste internationale, pour le soulèvement populaire tunisien, s’est éclairée aujourd’hui d’une lumière nouvelle ». (LA RÉVOLUTION AVORTÉE). Nous avons décryptés les évènements sur le vif. Le paradoxe tenait à ceci précisément, que le « socialisme » ayant été disqualifié il n’existait pas dans ces pays de véritable parti révolutionnaire capables de transformer les soulèvements populaires en authentiques révolutions, laissant ainsi toutes latitudes aux « complotistes » et grands manipulateurs internationaux. « Le chef d’état-major aurait refusé d’appliquer les ordres du Président. » C’est le moment apprenait-on, « où les Américains lui aurait conseillé de pousser Ben-Ali vers la sortie. » … « La diplomatie américaine, – disions-nous – si cela est confirmé, pourra certes, se targuer bientôt d’avoir évité un bain de sang au peuple tunisien. Elle pourra s’enorgueillir surtout de ses talents de « faiseuse d’anges »… « Le grand basculement ne s’est pas non plus produit. Il y a bien eu quelques signes symptomatiques de fraternisations, mais l’armée est restée l’armée, un pouvoir constitué, indépendant de la volonté du peuple et échappant toujours à son contrôle. Mieux, ou pire, le pouvoir politique est resté le pouvoir politique, un pouvoir constitué « à côté », mais n’émanant pas de la volonté du peuple. En l’état actuel des choses, on peut d’ores et déjà affirmer que « la révolution tunisienne est une révolution avortée. Et l’on connait déjà le nom du chef de l’équipe chirurgicale qui a procédé à cet avortement. » Mais les peuples insurgés, bien que floués dans un premier temps n’ont peut-être pas dit leur dernier mot. Les mobilisations révolutionnaires ne se dissolvent que très rarement sans résurgences. N’est-ce pas les braises de la révolution Française qui rallumèrent tout le siècle suivant de nombreux foyers révolutionnaires ? Il fallut plus de dix ans aux politiciens Français pour amortir la mobilisation sociale qu’avait fait naitre Mai 68. Les véritables révolutions arabes ne sont peut-être qu’à venir. The end ! 2014 l’année exécrable du centenaire de « la grande Guerre » est finie. Elle s’achève sur cet acte symbolique des élections présidentielles qui jettent la terre sur le petit cadavre de la révolution tunisienne. Mais nous sommes au premier jour de 2015. Une autre année commence. Je nous la souhaite bonne. Gageons, chers amis lecteurs, qu’elle sera porteuse de lumières et d’espoir nouveaux : N’est-ce pas elle, notre vieille amie, notre vieille Taupe qui déjà montre le bout de son nez de l’autre côté de la Méditerranée ? Jeudi 1er Janvier 2015.

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