ESPRIT, ES TU LA ? « L’esprit du 11 janvier », ce souffle national qui a regonflé un peu la Baudruche de Hollande, et auquel celui-ci s’accroche désespérément s’est déjà évanoui dans le souffle tellement plus puissant de la réalité et de l’Histoire. De plus en plus de voix discordantes font entendre leurs différences. Tout particulièrement en ce qui concerne les orientations fondamentales de la politique étrangère de la France. Cela va du Parti communiste et du Front de gauche jusqu’au Front National, en passant par de nombreuses individualité, non des moindres, telles que François Fillon ou Jacques Attali. Bien sûr, nous ne partageons que peu de choses avec François Fillon ou Jacques Attali, mais nous aurions tort, aux raisons de tout ce qui nous sépare, voire nous oppose, de ne pas reconnaitre les convergences qui existent. Nous aurions tort, d’autant plus qu’il y a au bout, des enjeux majeurs, civilisationnels, ceux de la guerre ou de la paix, des catastrophes humanitaires de plus ou moins grande ampleur. Nous voilà rendu à l’heure noire ou « des malades » envisages froidement l’hypothèse d’une confrontation militaire prochaine avec la Russie. Comment à cette heure tous les concours qui pourraient contribuer à arrêter « ces fous » ne seraient-ils pas bien venus ? Ne faudrait-il pas être fou soi-même pour dédaigner telle ou telle contribution au prétexte que les considérations qui guident tel contributeur ne sont pas de la même nature que les nôtres ? Les considérations de politique étrangère qui justifient le positionnement de Jacques Attali – lutte contre le terrorisme par quoi il se range de facto dans la logique américaine de guerre des civilisations, bien qu’il en tire des conséquences inverses, la question linguistique, l’Incompétence supposée du gouvernement ukrainien. Qui « est incapable de proposer un plan de reconstruction de l’État », etc. ne nous paraissent pas des plus pertinents. D’autres tels que l’origine fautive du pouvoir actuel forgé dans le chaudron de Maïdan, le non-respect, par l’Europe, les USA et l’OTAN, des équilibres stratégiques, l’agression à l’égard de l’Histoire qui a scellé de longtemps la proximité indéfectible de l’Ukraine et de la Russie, nous paraissent bien plus opérationnels. Qu’importe ? L’important pour l’heure, c’est que Jacques Attali dit ouvertement trois choses essentielles qui justifient largement que nous lui fassions écho. 1) » Ne nous laissons pas entrainer par ceux qui prétendre que la Russie voudrait ensuite se saisir de la Pologne ou des pays baltes,… « . 2) » Ne nous laissons pas non plus entrainer par ceux qui prétendent inviolables les frontières de l’Europe quand cela les arrange et qui ne se sont pas opposés à la sécession de la Slovaquie, à la partition de la Yougoslavie ni même au redécoupage des frontières lors de la naissance du Kosovo ! » 3) » La France doit donc pousser les Européens à se dégager de l’influence ici délétère de ceux qui, aux États-Unis et en Europe, en particulier en Pologne, continuent de confondre Poutine avec Hitler. Et de ceux qui, comme dans les organes de direction de l’OTAN, sont heureux d’inventer un ennemi imaginaire pour justifier leur existence. » Se dégager de ceux qui en Europe, en Pologne bien sûr, dans les pays baltes, en Ukraine le gouvernement fantoche héritier du coup d’État du Maïdan. Mais comment ne pas voir que cette formule visent aussi François Hollande, qui épouse jusqu’à les devancer, les thèses des fauteurs de guerre. Il nous tient à cœur de respecter la pensée d’autrui. L’appeler en renfort, comme nous le faisons aujourd’hui, ou la combattre d’autres fois, n’autorise pas à la falsifier en ne citant des textes que les extraits qui nous arrangent ou ceux qui nous dérangent à dessein de les fustiger. C’est pourquoi, dans un souci d’honnêteté intellectuelle nous avons décidé de publier la totalité de l’article de Jacques Attali paru dans l’express, et dont nous vous laissons juge. Samedi 14 février 2015. La Russie doit être notre alliée Paru dans L’Express | Publié dans Géopolitique – 9 février 2015 | Une fois de plus, nous pouvons être entraînés dans une guerre absurde, contre ceux qui devraient être nos alliés dans d’autres combats infiniment plus importants. Il est en effet totalement absurde de se poser en défenseur d’un gouvernement ukrainien aussi incohérent que les précédents, incapable de proposer un programme de reconstruction de l’État, et qui ne trouve pas mieux pour exister que de réaffirmer que le russe, langue maternelle d’une partie significative de sa population, n’est plus langue nationale.Alors, faut-il s’indigner de voir la Russie se poser en défenseur des droits de ces minorités ? Nous opposerions nous aux Hollandais s’ils volaient au secours des Flamands à qui un gouvernement belge aurait interdit de parler leur langue ? Et nous, Français, ne réagirions nous pas si le gouvernement suisse interdisait à ses citoyens de parler le français ?Si l’Ukraine ne veut pas donner à ses russophones un statut décent, il est normal que ceux-ci veuillent l’obtenir, et qu’ils appellent à l’aide la Russie voisine, où beaucoup d’entre eux se sont déjà réfugiés. Ne nous laissons pas entrainer par ceux qui prétendre que la Russie voudrait ensuite se saisir de la Pologne ou des pays baltes, en réalité invulnérables parce que membres indéfectibles de nos alliances. Ne nous laissons pas non plus entrainer par ceux qui prétendent inviolables les frontières de l’Europe quand cela les arrange et qui ne se sont pas opposés à la sécession de la Slovaquie, à la partition de la Yougoslavie ni même au redécoupage des frontières lors de la naissance du Kosovo ! Enfin, le conflit qui menace désormais avec la Russie, pour la défense d’un gouvernement ukrainien incompétent, est d’autant plus absurde que nous avons bien des combats essentiels à mener en commun avec les Russes.Ne voit-on pas que le terrorisme fondamentaliste est en train de tenter de s’organiser en un état islamiste unique, qui irait du Nigéria à la Tchétchénie, en passant par le Mali, la Libye, la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan et une partie du Pakistan ? Ne voit-on pas que ce qui se joue avec le terrorisme en Europe renvoie en écho à cette même bataille ? Ne voit-on pas que les compétences de l’armée russe en matière de lutte antiterroriste nous seraient fort utiles dans cet affrontement majeur ?La France doit donc pousser les Européens à se dégager de l’influence ici délétère de ceux qui, aux États-Unis et en Europe, en particulier en Pologne, continuent de confondre Poutine avec Hitler. Et de ceux qui, comme dans les organes de direction de l’OTAN, sont heureux d’inventer un ennemi imaginaire pour justifier leur existence. Il est urgent de proposer à nos partenaires européens de parler à la Russie comme un allié potentiel et non comme un ennemi imaginaire. Ce serait, d’ailleurs, la seule façon de pousser ce pays vers la démocratie.Il est en conséquence aussi urgent de repenser notre loi de programmation militaire. Et en particulier nos stratégies de défense.La France est l’un des rares pays au monde à maitriser la dissuasion nucléaire, les opérations spéciales, et la projection de forces conventionnelles et d’entrée en premier sur un théâtre. Elle est par ailleurs le seul pays d’Europe à posséder un porte-avion nucléaire. Mais son effort de défense n’est pas adapté à la nature des menaces à venir, et il décline depuis 1995 (avec notamment une baisse de 30% des effectifs en vingt ans). L’opération Serval au Mali a ainsi révélé les failles de nos équipements de renseignement (drones), de logistique (transporteurs), et de ravitaillement en vol, où certains de nos matériels en service le sont depuis plus de 50 ans ! Alors que nous dépensons des sommes indues, depuis trop longtemps, pour maintenir la chaine de production du Rafale, pour le seul bénéfice de l’entreprise qui le produit. Tout cela serait à repenser. D’urgence. Il faudrait pour cela, en toute priorité, débattre, au Parlement, de notre vision du monde et de ses menaces. Beau débat. Bien plus intéressant et important que tous ceux qui agitent aujourd’hui notre classe politique. j@attali.com
