ANTISÉMITE LA PROFANATION DE SARRE-UNION ?Ou, « SYNDROME DES IRLANDAIS DE VINCENNES ? Mercredi 18 février, les cinq jeunes vandales qui se sont rendus coupables, selon toute vraisemblance, de la profanation du cimetière Juif de Sarre-Union, ont été mis en examen et placés sous contrôle judiciaire. D’autre part, une information judiciaire a été ouverte, afin semble-t-il de corroborer ce que le procureur appelle « les nouveaux éléments » qui confirmeraient selon lui les motivations antisémites des garçons. Le procureur, Philippe Vannier, a affirmé devant la presse : « Malgré les dénégations des intéressés, la connotation et le mobile antisémites de leur comportement apparaissent clairement » au vu des éléments recueillis par l’enquête. ». (BFMTV) Ainsi, les journalistes se croient-ils fondés à affirmer, comme ce fut fait sur les chaines de télévision et la plupart des radios, que« Le mobile antisémite est désormais clairement retenu, et les cinq mineurs, qui reconnaissent tous les faits, ont été mis en examen. » Faut-il le rappeler ? Le procureur, c’est le parquet, c’est l’accusation, ce n’est pas le jugement rendu. Jusqu’à la notification de celui-ci les jeunes gens comme n’importe quel justiciable, ne doivent-ils pas bénéficier de « la présomption d’innocence » ? Chacun a droit bien sûr, jusqu’au jugement et même après d’avoir tout comme Mr le procureur, son intime conviction, mais nul n’est fondé à présenter son intime conviction comme la vérité qui s’impose à tous. Or, c’est ce que font les journalistes lorsqu’ils relatent la décision du procureur, en affirmant « Profanation du cimetière de Sarre-Union, il s’agissait bien d’actes antisémites ». Les faits, ce sont sans nul doute les tombes ouvertes et les stèles renversés. Mais les saluts nazis, les « heil Hitler », les crachats dont il est question, ont-ils été filmés par les caméras de vidéo-surveillance du cimetière ? En quoi sont-ce des « faits » ? Parce que les jeunes les ont avoués et reconnus ? Ne les leur a-t-on pas prêtés, ou soufflés ? Toute personne qui sait comment se passe une garde à vue et comment est rédigé le rapport de police qui en émane, est en droit de douter. Patrick Dils et bien d’autres avant et après lui n’ont-ils pas reconnu des crimes qu’ils n’avaient pas commis ? Il est probable que ces potaches manquent cruellement de culture historique et politique, pour autant, doit-on les tenir pour « demeurés » ? A défaut comment expliquer que dans le même temps où ils nient les motivations antisémites qu’on leur prête, ils reconnaitraient avoir fait des saluts nazis , en criant « Heil Hitler » sur les tombes, et craché sur l’étoile de David ? Le procureur nous dit « Malgré leurs dénégations » et les journalistes enchainent : « les cinq mineurs qui reconnaissent tous les faits ». Ne trouvez-vous pas que ça sent l’entourloupe ? N’y aurait-il pas du syndrome « des Irlandais de Vincennes dans l’air » ? Le syndrome des Irlandais de Vincennes ? Du nom de cette affaire qui se produisit en 1982. La police et les services du ministère de l’intérieur voulaient administrer la preuve de leur efficacité dans la lutte contre le terrorisme, Palestinien, Basque et Irlandais à l’époque. A défaut d’une véritable affaire à se mettre sous la dent, ils en fabriquèrent une de toute pièce. Ils avisèrent un groupe d’Irlandais qui résidaient à Vincennes et les appréhendèrent comme terroristes, fabriquant eux-mêmes les preuves nécessaires à incriminer les « prévenus ». Heureusement pour ces derniers l’affaire se termina en scandale d’État et retomba droit sur « la cellule de l’Élysée » et le commandant Christian Prouteau, épargnant de justesse François Mitterrand, le Président de la République d’alors. L’affaire dans le cas présent est bien entendu avérée. La réalité des faits est incontestable et l’implication des cinq jeunes gens qui se sont dénoncés eux-mêmes, le parait tout autant. Mais ces garçons qui reconnaissent les faits de profanation parlent « de jeu » et nient toute motivation antisémite. Or c’est cela que les enquêteurs, le procureur, et la presse sans états d’âme veulent leur faire endosser. Les faits sont avérés mais les motivations pourraient bien être inventées. Nous l’avions annoncé le17 février (« Le roi dit la Justice »), la veille, avant la déclaration du procureur rapportée ci-dessus : « Les institutions juives ont qualifié le « crime », le Président de la République aussi, ce sont « des actes antisémites qui font honte à la France ». Il a certes ajouté « que la justice dira «ce qui relève de l’inconscience, de l’ignorance ou de l’intolérance» Mais en vérité, après cela, que reste-t-il vraiment à dire à la justice ? Que reste-il à faire au juge sinon à s’exécuter ?» Ne faut-il pas pour sauver l’honneur du Président de la République, des institutions et associations Juives, de la presse, que cette profanation fusse nécessairement « antisémites », s’inscrivant dans la ligné de tant d’autres qui témoigneraient de la résurgence en France de cette « maladie mentale » ? En effet, tous ces acteurs majeurs de la vie publique s’étant engouffré tête baissée dans la thèse de « l’acte antisémite », à l’exclusion de toute autre hypothèse, les contredire ne serait-ce pas de facto les désavouer et donc les ridiculiser. Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr’ Samedi 21 février 2015.
