LA FRANCE DE JEAN FERRAT

LA FRANCE DE JEAN FERRAT J’étais Samedi soir, sur France 2, à l’écoute de l’émission de Michel Drucker en hommage à Jean Ferrat. Nostalgie et émotion étaient au rendez-vous. Nostalgie de l’homme, du chanteur, du poète, du militant, du révolté, mais nostalgie aussi « d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre », quand les valeurs du socialisme, de la lutte des classes des combats émancipateurs des peuples, allumaient encore les espérances et faisaient vibrer les cœurs. Quand Jean Ferrat chantait. Avec la chute du mur de Berlin et la disparition de l’URSS, les USA, chef de file du capitalisme mondial, se sont réjoui d’avoir « gagnée la guerre froide », d’être venu à bout « du communisme », leur bête noire. Ils promettaient alors « un monde meilleur, pacifique, unipolaire, un « nouvel ordre mondial ». Ils n’ont fait en vérité que donner libre cours à leurs prétentions impériales allumant des foyers de guerre partout et répandant la désolation et le chaos sur une grande partie de la planète. Un temps, ai-je paraphrasé en commençant, « que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre ? » En » tuant le communisme réel » s’était-il est vrai la flamme de l’espérance des peuples en un avenir meilleur qu’ils avaient ainsi soufflée. Mais pour un temps seulement, croyez-moi. Elle couve sous la cendre, elle rejaillira bientôt, allumera de nouveaux brasiers. Et les générations futures renoueront avec l’esprit des grands combats de leurs anciens. Mais pour l’heure nous sommes encore sous le règne de la réaction blanche triomphante. Il ne s’écoule guère de jours sans que les médias officiels ne se trouvent un prétexte d’insulter le communisme et les générations qui l’ont magnifié. Le communisme pensez, ce grand rêve de l’humanité fondé de partage, de solidarité et de générosité, classé par leurs soins dans la catégorie des « totalitarismes » de l’Histoire, renvoyé dos à dos avec l’hitlérisme déclaré son alter-ego. Le communisme, idéal de liberté d’émancipation pour lequel se sont levés des hommes et femmes par millions, insulté, trainé dans la boue, assimilé par certain à un crime contre l’humanité. Et puis tout à coup, allez savoir pourquoi, au milieu de cette nuit et de ces brouillards de la pensée et de la propagande réactionnaire, nonobstant tant d’injures faites, Anne Hidalgo maire de Paris inaugure une place « Jean Ferrat », un hommage est rendu par une chaine de télé nationale à ce communiste fidèle. Que se passe-t-il donc, on est en droit de s’interroger, pour que Jean-Ferrat, soit ainsi tout coup reconnu et encensé ? Pourquoi pas « Un » ou « Deux », ou « Dix » c’est plus courant mais Cinq ans après ? Le prétexte est mauvais. Pourquoi cet hommage au communiste Jean Ferrat ? Le troubadour merveilleux qui chantait Aragon, un des plus grands poètes de la langue française, auquel la France aux temps de sa mort fit l’injure de refuser les honneurs qui lui étaient dû, au prétexte précisément qu’il était un autre communiste, peut-être trop fidèle. S’il avait été là, samedi soir, sur le plateau de l’émission qui lui rendait hommage à lui Jean Ferrat, il ne fait aucun doute qu’il aurait demandé réparation à la mémoire nationale, pour son ami et camarade le grand poète Louis Aragon. L’explication, la voilà. Jean Ferrat, c’est totalement indépendant de sa volonté, a rejoint hier le club des rebelles que la Nation, après les avoir censuré et parfois rejetés, s’efforce de « digérer » et d’assimiler, pour se les « approprier » en revisitant leur message à la sauce républicaine. A cet effet la personnalité et l’œuvre de Jean Ferrat, le petit juif caché dans la montagne, victime collatérale de la Shoah, l’auteur interprète de « nuit et brouillard », leur offrait une « clé » facile pour procéder à sa « Panthéonisation culturelle » « Nuits et brouillard ». Apres que cette chanson magistrale eut été interprétée Michel Drucker fit à peu près le commentaire suivant. Que s’était d’autant plus émouvant de chanter cette chanson maintenant, alors que l’on vient de célébrer, il y a peu, le 70ème anniversaire de la libération des camps où ont péri six millions de Juifs. C’est exact. Mais ce n’est pourtant pas ce que dit la chanson de Jean Ferrat. Ce n’est en tout cas pas ce qu’elle dit seulement. Lui évoque toutes les victimes de l’univers concentrationnaire nazi, les juifs et les autres : « ils s’appelaient Jean-Pierre, Natacha, Samuel certains priaient Jésus Jéhovah ou Vichnou, d’autres ne priaient pas … « lui ne commet pas l’erreur de réduire la question à la seule « shoah ». Lui qui avait été protégé par des résistants communistes savait trop, le lourd tribut, lequel se compte en millions aussi, que le communisme martyre, les communistes, parmi lesquels de nombreux juifs, avaient consentie au combat contre la tyrannie nazie. Mais une autre chanson de Jean Ferrat chantée et commentée hier soir, mérite que l’on s’y arrête pour une petite explication de texte également. Il s’agit de « Ma France » Au tout début de l’émission, Marc Lavoine je crois, disait en accord avec Michel Drucker que cette chanson mériterait d’être le second hymne national de notre pays. Cela pourrait-être vrai en effet, mais à la condition expresse que l’on tienne compte des réalités de la lutte des classes que certains nient obstinément. La lutte des classes. A cette aune, il n’y a pas une France mais bien deux. La France impériale et coloniale, celle des possédants et des exploiteurs, et l’autre celle du travail de la souffrance et des luttes. Et Quand Jean-Ferrat chante « MA France », c’est de celle-là qu’il parle sans nul doute. Sa déclaration d’amour à la France n’est pas, mais alors pas du tout de la même nature que celle fade et « faux-cul » que lui ont récemment faite des Sarkozy ou Valls. Elle n’est pas du genre « la France m’a tout donné », magnifiant les valeurs autoproclamées et creuses, « liberté, égalité, fraternité » que la République ostentatoire affiche aux frontons de ses édifices publics. Que l’on ne s’y m’éprenne pas, Dans « Ma France » le chanteur poète n’a pas fait une déclaration d’allégeance vulgaire aux « valeurs de la république ». Son amour déclaré ne va pas à la France éternelle et magmatique qui réunirait dans le même creuset du même destin national les maréchaux et les poilus, les ouvriers et les maitres de forges ; il ne va pas à la France unie dans « un prétendu esprit du 11 janvier », mais à l’autre France, celle qui de Robespierre à 36 et 68, en passant par la commune résonne des combats de l’émancipation, et le vent de liberté que souffle « sa France » est celui des luttes.. Alors oui, pourquoi pas, laissant « la glorieuse Marseillaise » à ceux qui l’ont pervertie et déshonorée dans la boue des tranchées et dans les combats coloniaux iniques, « Ma France » de Jean Ferrat pourrait faire pour les classes populaires un « hymne » national, en tout cas une belle chanson à ajouter aux florilèges des luttes à coté de « la jeune garde » du « drapeau rouge » ou de l’internationale ». Dimanche 15 mars 2015.

Please follow and like us:
0
Tweet 20
Pin Share20

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

YouTube
LinkedIn
Share
Instagram
Retour en haut