LA PÂTÉE Analyse et conséquences

LA PÂTÉE Analyse et conséquences Eh oui, malgré la volonté de minimiser sa défaite, en début de soirée d’hier, c’est bien une « pâtée » électorale que le PS vient de subir. Vague bleue ? Nous l’avions annoncé sans grand peine il faut bien l’avouer, ils avaient récitée cette antienne déjà au soir du premier tour, et d’ailleurs, n’était-ce pas qu’une resucée de celle qu’ils nous avaient débitée il y a un an déjà aux soirs de leurs défaites des municipales ? « La vague bleue-ciel » pour occulter « la vague bleue marine », même les coloristes débutants vous le diront, c’est une gageure. Sarkozy et l’UMP, avec l’aide active de la machine médiatique, et la complicité du PS, tentent de s’approprier « la victoire ». Mais il est clair que l’UMP et son chef ne sont pour rien dans ce qui est advenu. On parle fréquemment dans les guerres « des victimes collatérales » plus rarement des « bénéficiaires collatéraux », ceux qui amassent des fortunes avec la vente des armes ou du béton des reconstructions. Eh bien, dans le combat électoral qui vient de se dérouler sous nos yeux, l’UMP est la « bénéficiaire collatérale ». Elle tire les marrons du feu, non par la vertu de son propre engagement, de son programme, du génie supposé de son « mauvais génie », ou de je ne sais quoi d’autre, mais uniquement parce que le système de l’alternance veut qu’il en soit ainsi. L’expression électorale étant piégée par « l’alternance », cela fonctionne sur le mode des vases communicants, les pertes subies par l’un des membres du binôme font le bénéfice de l’autre. Car s’il est vrai que l’émergence du Front National met à mal le fonctionnement de l’alternance, il n’en demeure pas moins que celui-ci, pour un temps encore au moins, demeure la règle, et dirige les mouvements électoraux. La sanction, pour le PS, est terrible. Elle s’exprime certes, en partie par la victoire de l’UMP, mais elle se manifeste bien d’avantage encore dans le vote FN et dans l’abstention. LA SANCTION ABSTENTIONNISTE Manuel Valls qui se flattait lui-même, à l’issue du premier tour, de l’efficacité de son engagement qui croyait-il expliquait une participation meilleure que prévue (on se contente de peu), doit en rabattre à l’issue du deuxième tour, où, malgré les appels au rassemblement de la gauche et à « la mise en défense de la République » qui serait menacée par le loup FN, l’abstention a été supérieure à celle du premier tour. Les électeurs fâchés n’ont pas voulus entendre les appels de Manuel Valls et de ses semblables. Leur colère est assez grande et leur détermination assez forte pour dire, quoique qu’il en advienne, qu’ils veulent sanctionner et que dès lors aucune supplications ou menace verbale n’est de nature à les faire changer d’avis. Et encore ! Que l’on y songe, le phénomène abstentionniste est-il légèrement contenu par « la tactique du front républicain ». Si nombre d’électeurs de « gauche » n’avait résolu, sensibles qu’ils sont encore à la peur du loup, de voter à droite pour faire barrage au FN, imaginez de combien plus élevée eut été l’abstention ? Or, qu’est-ce que l’abstention, par-delà bien sur sa part structurelle dû au désintérêt d’une partie de la population pour la chose publique ? C’est plus qu’une simple sanction, une manifestation de rejet par des électeurs floués ou mis en marge par le système. Cela présage de la proximité d’une crise institutionnelle prochaine de la 5ème République, dont les conditions sont aggravées encore par la sous-représentation de plus d’un quart des électeurs. Cela ne mérite-t-il pas mieux que le dédain pré-affiché du Président de la République ? LE VOTE FRONT NATIONAL Des observateurs l’ont déjà admis. Ils ne peuvent pas faire moins. Le vote Front National, dont la montée en puissance sanctionne les politiques identiques faite tour à tour par la droite et la gauche, n’est plus un vote « sanction » c’est-à-dire « protestataire », c’est un vote alternatif. Nous avons expliqué dans un de nos articles précédents que les électeurs « qui vous ont sanctionné, ne l’ont pas fait au sens ou le maitre sanctionne le mauvais élève pour qu’il s’amende. Les électeurs qui ont choisi de vous sanctionner n’attendent plus rien de vous. Il ne vous demande pas de vous amender. Ils savent que cela est impossible, que vous êtes les chargés d’affaires des grands patrons et de la haute finance et que c’est aux injonctions de ceux-là que vous obtempérez. Les électeurs ne vous ont pas sanctionné pour que vous appreniez à être meilleurs, mais parce qu’ils sont à la recherche de solutions nouvelles et désirent vous chasser  » Or, pour vous chasser, dans le contexte politique actuel, ils n’ont d’autre recours que de se tourner vers le « Front National ». C’est pourquoi le vote « Front National » aujourd’hui est plus qu’un vote sanction, plus qu’un vote protestataire, c’est un vote « alternatif » pour ouvrir « un autre possible ». Alors certes on peut le regretter, et je suis de ceux-là qui le regrettent amèrement. Mais c’est une réalité objective intangible, et il ne sert de rien de se voiler la face. Seule une véritable opposition de gauche, qui ne peut apparaitre comme telle, sans une rupture claire et totale avec « la gauche d’alternance », serait susceptible, à force d’efforts et d’un peu de temps et de patience, de faire pièce à la progression du « FN » en proposant « un autre possible alternatif à celui-ci ». Mais encore une fois, ce n’est pas le chemin qu’ont pris les forces susceptibles de composer une pareille opposition. En jouant la carte « du rassemblement à gauche » lors du deuxième tour des élections cantonales, elles ont persisté à brouiller leur propre message. Ce serait la pire des catastrophes qu’elles persistent dans cette voie dans la perspective des élections régionales de décembre prochain. En effet, quel message contribuent-elles à faire passer par ce positionnement. Qu’en définitive, à gauche, il n’y a pas, il n’y aura pas, « d’autre possible » que la voie tracée par l’équipe gouvernementale. Alors, s’il n’y a pas « d’autre possible » en dehors de celui que propose le FN, il ne fait aucun doute que les Français exaspérés finiront par donner sa chance à celui-ci. Lundi 30 mars 2015.

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