LES RAISINS DE LA COLÈRE Cela fait fort longtemps, trois semaines que je n’avais pas caressée la souris. Ce n’était évidemment pas qu’il n’y avait rien à dire. C’était l’inverse. Il y en avait trop. Je me suis, je l’avoue, laissé submergé par un sentiment de terreur et d’impuissance. L’actualité se précipite, le monde se délite, « les élites » se vautre dans la fange. De nouvelle en nouvelle le monde choit dans l’ordure et l’ignominie. Martine Aubry se rallie à « la motion majoritaire » du PS car, dit-elle, elle veut « que la gauche gagne », qu’elle gauche ? Et qu’importe si la « victoire » dont -il est question est celle d’une politique quelle condamne par ailleurs, celle des nantis contre le peuple. Martine Aubry, quoiqu’il en paraisse, a sa ligne de conduite et sa « morale à elle », elle est du côté de la soupe et du manche. Manuel Valls, « le social libéral », pire agresseur des droits du travail, ose cyniquement, ce premier mai, à seule fin de faire la nique au Front National, en appeler à l’esprit des luttes qui ont amené ces mêmes progrès sociaux, qu’il détricote pourtant fébrilement. Najat-Vallaud Belkacem, ces gens-là n’ont décidément aucune pudeur, désigne Dieudonné comme le responsable des maux dont souffre la jeunesse des banlieues. Dieudonné, le « diable noir », la « tête de turc » le « lièvre », le « leurre » qui permet de se défausser de ses propres responsabilités et d’exonérer la politique sociale rétrograde de son gouvernement et de ceux qui l’ont précédé. Le chômage de masse, en effet, le désœuvrement qui en résulte, l’inconduite de nombreuses personnalités en vue du monde politique, l’abjecte politique Israélienne au Moyen-Orient, et l’innommable conduite de la diplomatie Française, nous paraissent à nous, être des explications et des causes bien plus tangibles de cet état moral de la jeunesse ? On patauge avec eux dans le mensonge et l’ignominie. Le même jour où se confirment les derniers chiffres désastreux du chômage, ils veulent nous persuader que « le moral des Français est en hausse » et que des « signaux de reprise de la consommation des ménages s’ajoutant à la vente de 26 « Rafales » à l’Inde, augurent la reprise économique qui vient. On veut dans le même temps nous « vendre » l’annonce de nouveaux cadeaux fiscaux consentis aux entreprises sous prétexte «d’incitations à l’investissement », comme s’il s’agissait de mesures pour l’emploi, puisque disent-ils sans sourciller : « les investissements d’aujourd’hui sont les emplois de demain ». Alors que, chacun le sait bien les investissements de modernisations sont au contraire faits pour réduire la part de la masse salariale dans le processus de production, c’est-à-dire, spécifiquement, pour détruire des emplois. Et d’ailleurs, quel exemple prennent-ils eux-mêmes, les cyniques ? Celui d’une entreprise qui fabrique des objets en béton dont le patron a fait l’acquisition d’une machine de manutention, une sorte de robot qui lui a coûté 140 000 euros. On interroge l’employé qui sert la machine et qui explique naïvement qu’avant cette acquisition ils étaient quatre pour faire le même travail. L’investissement a donc supprimé trois emplois. Heureusement pour la morale de cette histoire télévisuelle les trois ouvriers ont été dans ce cas spécifique réemployés ailleurs dans la même entreprise. Ce, soit dit en passant, dont personne n’a jugé utile de vérifier la véracité. Bon, mais le fond de la question c’est que l’investissement de modernisation détruit des emplois. Et nul ne nous fera croire, puisque le but de l’opération est précisément de faire chuter la masse salariale que l’on va conserver tous les emplois que l’on s’est ingénier à détruire. Quand François Hollande s’autorise à insulter le Parti communiste Français en établissant un lien contre nature entre celui-ci et le FN, Caroline Fourest, « la conscience claire » qui traque le « complotisme » surtout quand il dénonce la méprisable politique Moyen-Orientale Américano-Israélienne, s’autorise, elle a choir dans le mensonge et l’insulte en direct. L’UMP sous la conduite de Sarkozy se prépare à adopter le nouveau nom de « les Républicains », comme pour mieux marquer la filiation et l’inféodation politique et culturelle de la France à l’Amérique. « les Républicains » on l’a compris le parti républicain. Ne restera plus bientôt au PS, lorsque sous l’égide des Hollande, Macron et Valls, et avec la complicité de Martine Aubry, il en aura fini avec ses dernières velléités « social-démocrate », lorsqu’il s’assumera pleinement comme parti « »social-libéral », d’adopter lui, le patronyme de « parti démocrate », et la boucle sera bouclée. Quand la France par sa conduite s’attire les inimités des peuples de la terre, son Président en exercice prétend la protéger du terrorisme en accordant des budgets militaires supplémentaires pour répandre encore plus d’agressions d’humiliations et de désolation. La France fière et arrogante qui se rengorge, « la terre d’asile », « la patrie des droits de l’homme », qui oublie un peu vite et un peu aisément qu’elle est celle aussi des Versaillais, du traité de Versailles, de l’invasion de la Ruhr, de la colonisation barbare du Congo de l’Algérie, de l’Indochine ou du Maroc, qu’elle est celle aussi d’exactions et massacres innombrables, le bombardement de Sétif par exemple, commis contre les populations civiles et de brimades à l’encontre des peuples de son empire colonial. La France donneuse de leçon, docteur es-démocratie et es-liberté d’expression, la France « civilisatrice » qui vole en Centre Afrique, c’est la thèse officielle, au « secours » des populations, et dont la soldatesque surarmée viole de petits enfants misérables et dépendants. Ces soldats ont-ils salit le drapeau et trahit la République comme le prétend le ministre de la défense ? , Non pas, ils sont les produits d’un système et de’ ses valeurs, celles de la force, de la domination. Ils sont de leur temps, ce sont les soldats de l’impérialisme et de la barbarie. A l’instar d’autres avant eux qui en d’autre lieux avaient instauré le « troc » « pétrole contre nourriture » ils en ont initié un autre, l’horrible échange inégal, « sexe contre nourriture ». Et que dit le Président de ce grand pays »démocratique et civilisé » plus respecté qu’il n’est respectable ? Qu’il sera intraitable si les faits sont avérés. Parce qu’ils ne le sont pas encore neuf mois après avoir été porté à la connaissance des autorités ? Jusque-là couverts par le « secret défense », pour un peu ils auraient été étouffés. Cela augure mal, quoiqu’il en dise, de la réelle volonté de clarté et de justice du commandant en chef de cette sordide soldatesque. Nous voilà donc, avec cette affaire, rendu dans le quatrième dessous de la barbarie. Pour en arriver à ce premier mai maussade où le ciel qui nous tombe sur la tête a, comme moi, lui-même résolu de pleurer son deuil du mouvement ouvrier moribond et d’évacuer avec des larmes amères le dégout et son trop plein de colère et d’indignation. « Socialisme ou barbarie » a dit un « prophète ». Le socialisme a été momentanément battue, humilié, insulté, alors bien-sûr, rien d’étonnant si la barbarie se rengorge et pavane. Je la vois narquoise, dans ses images où fifille et papa déposent des gerbes en hommage à une improbable « pucelle », contestés seulement par l’apparition contestable de dégénérées aux seins nus. Je la vois encore dans la triste errance de ces ombres malencontreuses qui battent le pavé pour sacrifier à la tradition comme on va à l’enterrement d’un vieux pot que la mort seule a rappelé à notre souvenir. Je la vois surtout dans l’avalanche de cynisme et de mauvaise foi, de mensonges et d’agressions qui tombe droite comme une pluie de hallebardes sur la tête des peuples cois, figés par la sidération. J’ai été moi-même victime de cette sidération. Je me suis tue un temps. Croyez-moi amis j’en reviens. Me voilà après un silence trop long, pris tout à coup de logorrhée. N’était-ce pas en vérité qu’un silence avant la tempête ? N’attendais-je pas pour en presser le jus que les fruits de ma vendange viennent à maturité ? Vendange, tempête ? Des mots, rien que des mots direz-vous. Et vous avez raison amis lecteurs. C’est bien de cela que je souffre le plus, d’en être réduit au verbe quand les circonstances commandent des actes et des combats, quand je voudrais contribuer à allumer les feux de la révolte. Mais les mots ne sont-ils pas aussi parfois des silex d’où jaillissent des étincelles ? Ne suffit-il pas qu’un jour ils rencontrent la matière inflammable des colères accumulées. Cette société du paraitre devient intolérable. Comme la lave de l’Etna qui figea Pompéi dans l’éternité, le plomb fondu de la « bien-pensance » coule dans les têtes et menace de figer la raison que Descartes avait libérée. A-t-on le droit d’écrire sous l’Emprire de la colère dont ceux qui en sont cause, et pour cause, disent qu’elle est mauvaise conseillère ? Probablement, pourquoi pas ? Oui même, je le prétends Pourquoi devrait-on toujours s’en tenir à des phrases aseptisées et à un langage policé ? La colère est un honorable et quelquefois salutaire état mental qui à l’échelle d’un peule se transcende en Révolution. 1er Mai 2015 (publié le 3 mai)
