POUTINE : LA PERCHE TENDUE Vladimir Poutine sera présent ce jour à New-York, pour le du 70ème anniversaire de l’ONU. Ce sera l’occasion d’une grande offensive diplomatique. Le Président Russe veut inviter les USA à prendre part à une coalition internationale, comprenant « la Syrie de Bachar Al Assad, l’Iran et l’Irak, dans la lutte contre l’EI. L’Arabie Saoudite est également invitée à se joindre à ce « cartel ». C’est une perche que tend Vladimir Poutine à Barak Obama, afin de le sortir honorablement du fiasco où s’est fourvoyée sa politique Moyen-orientale. C’est une ultime tentative de remettre la solution des problèmes du Moyen-Orient entre les mains de la diplomatie. Si elle faisait long feu, alors on se disposerait à franchir une nouvelle étape qualitative avec l’engagement conflictuel direct des grandes puissances dans des opérations militaires belligérantes. La lutte commune contre l’EI, voilà un prétexte idéal et un bon moyen de sortir du bourbier la tête haute et l’honneur sauf. L’équation parait simple. L’Ei (Daesh, comme dit Fabius) ne peut être battue que par les forces du terrain : l’armée Syrienne, l’armée Irakienne, les milices kurdes et chiites, il faut soutenir, armer et aider celles-ci. Si Barak Obama et l’administration américaine souhaitent se sortir « d’épaisseur », alors ils s’empareront de cette version simple pour se justifier. Mais en vérité les choses sont bien plus complexes et les enjeux considérables. Si Barak Obama décidait de saisir cette perche diplomatique, c’est en vérité toute la politique internationale des USA depuis 2001 qui en serait « impacté ». Plus qu’un simple ajustement tactique cela signifierait en effet un changement de cap radical, le renoncement au renversement du régime BAASISTE en Syrie et aux desseins de guerre contre la République islamique d’Iran. Cela mettrait un point final à l’aventure des printemps arabes et créerait les conditions d’un retournement complet de situation dans tout le monde arabo-musulman avec un bouleversement total des rapports de forces et des alliances tels qu’une prise de distance des USA à l’égard d’Israël, de l’Arabie Saoudite et des forces sunnites. Voilà pourquoi il ne faut pas trop se faire d’illusions, il y a peu de chance que l’initiative du Président Poutine rencontre la bonne volonté des USA. D’autant que les partenaires les plus proches de ces derniers, la France au premier chef, militent activement pour l’escalade du conflit. Ce qui serait en effet « un renoncement » pour l’Amérique, comme nous venons de l’expliquer, serait pire pour la France, un véritable Fiasco diplomatique, elle qui s’est investie à fond et sans partage dans la ligne dure impliquant dès le début la chute de Bachar Al Assad. L’initiative diplomatique Russe agace la France (c’est-à-dire l’administration Hollande). Comme elle a fait capoter Genève 1 et 2, comme elle a tenté de faire capoter l’initiative russe de démantèlement négocié de l’arsenal chimique syrien, comme elle a tenté de faire capoter l’accord sur le nucléaire Iranien, la diplomatie française fera tout ce qui est en son pouvoir pour dissuader Obama de changer de cap en s’ouvrant à l’initiative de Vladimir Poutine. Tel est le sens de la récente proposition de François Hollande d’organiser une nouvelle conférence internationale « Genève 3 » sur la Syrie, avec l’intention d’occulter l’initiative diplomatique Russe en cours. Tel est le sens des premières frappes françaises en territoire syrien, effectuées à peine plus de 24 heures avant l’ouverture de L’Assemblée Générale de l’ONU ce lundi. Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr » Lundi 28 septembre 2015.
