NOTRE MORALE ET LA SIENNE Petit aparté à l’adresse de François Fillon. Nous le constations dans notre article d’hier (l’oracle ) : les dissidences se font plus nombreuses aux sommets du monde politique et dans la presse, à propos du dossier syrien. Or, malgré les distances sidérales qui séparent des nôtres les positions d’un Sarkozy ou d’un Fillon – leurs motivations, leurs arguments ne sont pas souvent les nôtres – nous ne sommes pas « bégueule » et sommes preneurs de toute voix dissidente qui milite pour un changement de cap de la politique internationale de la France. Aussi ne nous attarderons nous pas à polémiquer avec ceux-ci. Nous n’en sommes pas moins stupéfaits d’une certaine argutie fort spécieuse dont se fend François Fillon et nous sentons obligés de le « taquer » sur ce point. L’ancien premier ministre explique que « L’intervention russe est le résultat de l’irrésolution des occidentaux incapables de choisir une stratégie claire contre Daech (EI, ndlr) parce qu’empêtrés dans leurs postures morales aussi inefficaces que contreproductives » « Parce qu’empêtrés dans leurs postures morales » ? Les occidentaux sont empêtrés il est vrai mais non pas du fait « des postures morales » Ils le sont tout au contraire, à cause du cynisme sans bornes et de l’amoralisme sans limites qui président à leurs actions. Certes, il existait des oppositions politiques en Syrie. Mais les occidentaux dans le cas d’espèce ne voulaient pas se contenter d’un ravalement de façade démocratique du système, à la façon de Mohamed II au Maroc. Ils voulaient la peau du régime BAASISTE et de Bachar Al Assad, ils voulaient la peau de la Syrie multiconfessionnelle et laïque, ils voulaient un renversement de la politique extérieure régionale de ce pays et de ses alliances. C’est pourquoi ils ont comploté dès le début pour créer une situation de conflit sans retour possible en arrière. Pour atteindre cet objectif, ils n’ont pas craint, nos prétendus champions de la « démocratie » de s’acoquiner avec les prédicateurs de la Charia. Ils n’ont pas redouté nos chantres de la « république » de s’allier avec les plus odieuses monarchies de la planète. Ils n’ont pas reculé les « prêtres » de la laïcité devant une alliance avec les « fous d’Allah ». A ce stade, déjà, on était en droit de poser la question, où sont donc « les postures morales » dont parle François Fillon. Or les choses vont bien au-delà encore. La France « inventa » le CNS et sustenta politiquement « l’ALS », mais dans la réalité, les vrais combattants du régime légal en Syrie étaient les mercenaires recrutés par l’Arabie Saoudites et le Qatar sous le crédo de la guerre sainte au régime laïque sous le drapeau du califat. La radicalisation était contenue dans l’œuf de serpent du monstre qu’ils ont enfanté, et dont ils se sont fort bien accommodés tant qu’il portait des coups au régime syrien et s’emparait de portions du territoire de ce pays. Encore une fois, où François Fillon détecte-t-il la moindre « posture morale » dans cette ligne ? Le monstre fit mine de leur échapper. Machine de guerre contre « Bachar Al Assad » il voulait à présent vivre son propre destin et réaliser ses propres desseins, celui d’un grand Califat arabe. Ils avaient déjà coupé quelques centaines de têtes de soldats Syriens sans que personne ne s’en émeuve en occident, or, 4 ou 5 têtes, « sacrées » celles-là semble-t-il, de ressortissants occidentaux, tombèrent sur une courte période en 2014, et furent le prétexte au déclenchement de la guerre « du sorcier ».occidental à son « apprenti » arabe. Tient au fait, depuis ce temps ils n’ont plus coupées de têtes occidentales. C’est à croire qu’il ne s’est agi que d’un prétexte, peut-être même monté de toute pièce par des services secrets occidentaux, – souvenez-vous, les exécuteurs des vidéos sanglantes n’étaient-ils pas tous des occidentaux ? – Pour servir « la soupe » à l’administration américaine. Le beau et bon prétexte en effet. On intervient plus en Syrie pour « créer une zone tampon », une zone d’exclusion aérienne », on intervient pour combattre « Daesh », les terroristes fous coupeurs de têtes. Ceux-là ont fait le boulot, ils se sont emparés de portions importantes du territoire Syrien, on y va, on les vire, et on garde le butin. Où, mais où donc François Fillon-a-t-il vu la moindre « posture morale » dans cet imbroglio ? Décidemment, il semblerait que nous n’ayons pas le même sens de la morale que monsieur Fillon. Bon, il est vrai, les sorciers occidentaux ont été pris de vitesse par « ce satané » Poutine. L’aviation russe intervient. Poutine lui a un sacré avantage, il est l’allié de Bachar Al Assad, l’armée Syrienne légale sont ses troupes au sol, nombreuses et déterminées. L’aviation russe agit en couverture aérienne des troupes de Bachar Al Assad. Les territoires dont ils chassent l’EI, ils en reprennent le contrôle. L’Ei pourrait être défaite, boutée hors Syrie. Cela mettrait fin à l’état de guerre dans ce pays. Mettrait un point final à l’aventure « des printemps arabes (sanglants), signerait la défaite du grand complot Moyen-Oriental de l’impérialisme américain (Tant pis pour la niaise Caroline Fourest). Alors, en toute hâte, Barak Obama se résout à envoyer « des conseillers militaires, c’est-à-dire « des commandos d’élites », c’est-à-dire les premières troupes américaines sur ce champs d’opération. De quoi s’agit-il ? De figer la situation de guerre, de maintenir au moins un abcès purulent en territoire syrien afin de prolonger la situation de conflit en attendant un contexte plus propice pour reprendre l’offensive. Mais cette fois les américains et les Russes sont sur le même théâtre d’opération et la résolution du conflit n’ira pas sans que ceux-là en décousent. « La morale » monsieur Fillon ? Moi je ne vois en tout cela que cynisme, amoralisme, folie ou inconscience. Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr ». Dimanche 1er novembre 2015.
