« SERGE HALIMI CONFIRME PATRICK SEIGNON » Un « web-site » comme le nôtre, du fait de sa taille encore réduite et du foisonnement pas toujours de qualité qui envahie « la toile » et l’environne, s’expose au scepticisme de commande des internautes et à ne pas toujours être pris au sérieux. Nous avons plusieurs fois déjà fait des rappels qui démontrent la grande pertinence de nos analyses. Or nous allons faire mieux encore aujourd’hui, en appeler à l’intercession d’un tiers. Nous allons faire ce que nous n’avions jamais fait, publier ci-dessous, dans nos colonnes, un article de la presse écrite. Il s’agit de l’éditorial du dernier numéro du « Monde diplomatique » de novembre 2015. Celui-ci en effet démontre avec éclat, bien que ce n’était pas son but bien sûr, Serge Halimi n’a probablement jamais entendu parler de notre Site, la justesse des analyses et prospectives de « lavoiedessansvoix. Les passages soulignés le sont par nous afin d’attirer votre attention sur les raisonnements qui confirment nos thèses essentielles, souvent émises de longue date. Nous finirons cette publication par nos propres « commentaires » et « réserves », non sans avoir au paravent remercié Serge Halimi pour son renfort certes involontaire mais non moins efficace. Dégringolade de la France Par serge Halimi Pour trouver un précédent de l’actuel effacement diplomatique de la France, il faut remonter à l’expédition de Suez de 1956 et à la guerre d’Algérie. Ni l’organisation à Paris d’une conférence internationale sur l’environnement, ni les proclamations martiales du président de la République, ni l’incorrigible contentement de soi de son ministre des affaires étrangères (1) ne peuvent plus masquer la dégringolade de la France. En matière européenne, l’alignement sur l’Allemagne fut éclatant pendant l’épisode grec. Le Quai d’Orsay semblait aux abonnés absents : le ministre des finances se montrait volubile mais inexistant : et monsieur François Hollande limita son rôle à celui d’émissaire de Berlin, chargé de faire accepter au premier ministre Alexis Tsipras les oukases de Mme Angela Merkel. Même à Washington, on se déclarait alors surpris par la dureté de l’Union européenne envers Athènes. Mais Paris a repris ses marques avec les États-Unis lorsqu’on apprit que les services de renseignement américain avaient espionné trois présidents de la République successifs, dont M. Hollande… le porte-parole du gouvernement français s’employa aussitôt à minorer l’outrage – « Il faut qu’on garde la mesure de tout cela. On-est pas là pour déclencher des ruptures diplomatiques »-, avant de se précipiter à Washington pour y discuter du traité transatlantique. « La réponse de la France frôle le ridicule », s’offusqua le député de droite Henri Guaino. « Depuis quelque temps, ajouta l’ancien ministre Pierre Lellouche pourtant réputé pour son atlantisme, on ne fait que suivre la politique américaine. » C’est toutefois entre Paris et l’Arabie saoudite que l’alignement devient le plus effarant, au point d’agacer parfois le suzerain américain. Si la France n’est pas parvenue à faire capoter l’accord de juillet dernier entre les cinq grandes puissances et l’Iran, comme l’auraient souhaité Riyad, Tel-Aviv et les néoconservateurs républicains qui exècrent M Barack Obama, elle s’y est ralliée avec une mauvaise grâce remarquable (lire ci-dessus l’article d’Olivier Zajec). Et dans le cas de la Syrie, son désir de « punir » M Bachar Al-Assad doit moins à la férocité du régime de Damas qu’à la volonté française de complaire aux monarchies du Golfe, qui ont juré de le faire tomber. En particulier l’Arabie saoudite. Or ce royaume, berceau et banquier de l’intégrisme sunnite dans le monde (2), fer de lance de la répression meurtrière des chiites à Bahreïn et au Yémen, combat la plupart des droits humains auxquels la France se proclame tellement attachée ailleurs (3). Le choix saoudien de Paris ne découle pas d’abord d’une erreur d’analyse stratégique. Il s’agit plutôt d’attiser la paranoïa de monarques qui redoutent d’être encerclés par l’Iran et par ses alliés afin de leur fourguer quelques armes supplémentaires. Mission accomplie le 13 octobre dernier, quand, de retour de Riyad, le premier ministre Manuel Valls a Tweeté : « France-Arabie saoudite : 10 milliards d’euros de contrats ! Le gouvernement mobilisé pour nos entreprises et l’emploi. » (1) Laurent Fabius, BFM-RMC, 2 mars 2015 : « Ce que j’entends, et je ne voudrais pas bien sûr faire preuve d’arrogance, c’est que la politique extérieure de la France est appréciée presque partout dans le monde – et par les français. » (2) Lire Nabil Mouline, « Surenchères traditionalistes en terre d’islam ». Le Monde diplomatique, mars 2015.(3) Lire « impunité saoudienne, mars 2012. NOS COMMENTAIRES 1 – Ce que l’auteur de l’article appelle « effacement » et plus loin « la dégringolade (diplomatique –NDLR) de la France » – est ce que nous avons (prédit) de longtemps et que nous avons appelé tantôt le « fiasco » ou la « bérézina » ou la catastrophe diplomatique : « Il faut congédier Hollande, Fabius et Valls » 17/3/2015. « Le désastre annoncé de la diplomatie Française » 20/3/2013. 2 – Quand l’auteur parle de « l’incorrigible contentement de son ministre des affaires étrangères » il est infiniment gentil et se veut particulièrement poli. Nul ne doute qu’il a en vue l’obstination autiste de Laurent Fabius. Nous sommes pour notre part moins précautionneux : « Laurent Fabius à la chasse à la colombe » 24/10/2013. « Laurent Fabius, entre irresponsabilité et ordure » 4/6/2013. 3 – L’auteur emprunte à l’organe de Claude Lellouche ce qu’il pense lui-même du suivisme de la politique étrangère de la France calquée sur celle des Etats-Unis. Vous ne manquerez pas d’y reconnaitre un thème que nous avons souvent développé ici. Peut-être même fûmes nous les premier à l’identifier et à le dénoncer. Voir nos articles : « Le larbin pathétique » 4/9/2014. « François Hollande, le proconsul américain de la « Francie » » 31/8/2013 « François Hollande valet de pied de l’impérialisme anglo-américain » 31/7/2012. 4 – Effarement à propos de l’alliance Riyad/Paris. Effarement que nous partageons. Nombre de nos articles cités plus loin à propos de l’Arabie Saoudite en témoignent. 5 –La France voulait faire capoter l’accord sur le nucléaire Iranien ? C’est ce que nous avions écrit dans notre article : « Poutine, la perche tendue » 28/9/2015. « François va-t’en guerre » 4/52014. 6 – La France « veut « punir Bachar Al-Assad » et cela n’aurait rien à voir avec « la férocité » prétendu du régime ? On ne compte plus les articles où nous avons écrit cela. Aussi ne citerons-nous que le dernier en date : « Assassins ! Vous avez dit assassins ? » 31/10/ 2015. « « Mains rouges » 4/10/ 2015. 7 – « L’Arabie Saoudite est le berceau et le banquier de l’intégrisme sunnite » … « le fer de lance de la répression anti chiite à Barheïn et au Yémen » … « Combats la plupart des droits humains auxquels la France se proclame tellement attachée ailleurs. » : « Obama Bandit international » 12/9/2014. « Le vrai sens et la vrai finalité de l’intervention Saoudienne au Yémen » 31/3/2015. 8 – Le choix saoudien de Paris ne découle pas d’abord d’une erreur d’analyse stratégique. Il s’agit plutôt d’attiser la paranoïa de monarques qui redoutent d’être encerclés par l’Iran et par ses alliés. Voir : « Le vrai sens du discours hystérique de Netanyahou » 9/3/2015. « Cet homme est dangereux » 23/8/2014. La liste de nos articles cités ci-dessus n’est pas exhaustive. Il y en a de nombreux autres qui ne démentent en rien l’orientation générale de nos analyses sur ces questions. NOS RÉSERVES Bon, il y a quelques inexactitudes ou peut-être désaccords entre Serge Halimi et moi, mais ils ne portent pas sur les faits et leur qualification, mais uniquement sur les arrières pensées qui les sous-tendent dans la tête des dirigeants politiques occidentaux. En fait, sur l’interprétation de la politique extérieure américaine dont Serge Halimi ne parle pas vraiment mais qui s’invite en négatif dans son article. Sur le dossier Grec, Serge Halimi a lu que : « Washington, se déclarait surpris par la dureté de l’Union européenne envers Athènes. ». Il repère aussi de « l’agacement » à Washington à propos de l’amitié Franco/saoudienne. Et quand il aborde la question de la volonté française de faire capoter l’accord sur le nucléaire Iranien, il accuse la pression de Riyad et de Tel-Aviv pour mieux absoudre Barack Obama qu’exècrent les néoconservateurs républicains. Serge Halimi se laisse égarer par un parti pris favorable à Obama, qui l’aveugle et l’empêche de voir qu’il ne s’agit en vérité que d’un jeu de rôle ; que diplomaties américaine et française jouent en couple dans le dossier du Moyen-Orient, « comme larrons en foire ». Le désir Français de « punir Bachar Al-Assad est jusqu’à nouvel ordre en parfaite harmonie avec la même exigence de Washington et pas des seules « monarchies du Golfe comme semble le suggérer Serge Halimi. Avec l’accord sur le nucléaire iranien, les USA ont voulu créer une pomme de discorde en Iran espérant tempérer l’ardeur de Téhéran dans la défense de la Syrie et du régime de Bachar Al Assad, et compliquer l’entente irano-russe. Ils savaient faisant cela qu’ils sèmeraient des inquiétudes et des doutes du côté des monarchies arabes sunnites et d’Israël. La France, meilleur allié de Washington a donc été dépêché « au chevet » des dirigeants de ces États belliqueux, afin de les rassurer et d’éviter qu’ils ne tirent des conclusions trop hâtives et inappropriées de cette manœuvre tactique de leur protecteur. Les contrats d’armement passés avec la France ne sont donc pas les motivations qui ont guidé la politique internationale du Quai d’Orsay, ce ne sont que les « pots de vins » par lesquels l’Arabie Saoudites, probablement avec le plein accord des États-Unis, remercie la France d’avoir accepté de jouer cette partition. Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr ». Vendredi 7 novembre 2015.
