« RESET » AU ROYAUME DES AVEUGLES LE « BORGNE » EST ROI Vous conviendrez que c’est là un titre bien impertinent quand il s’agit de parler des dernières élections régionales et de la place du FN dans le paysage politique français. Pour dialoguer de manière constructive, encore faut-il s’entendre sur le sujet dont on parle. S’agit-il d’observer et de saisir les mouvements électoraux de fond ou s’agit-il de s’illusionner avec des truchements tactiques et de rire du bon tour que l’on a joué au verdict des urnes ? S’il s’agit de cette dernière chose, alors oui on peut dire que le deuxième » tour des élections régionales n’a pas confirmé le » premier, le FN ayant été privé de la victoire symbolique extraordinaire et de la vitrine politique qu’eut été l’accès à une ou deux présidence de région. Mais ! Mais la réalité de fond est tout autre. Nous assistons à un phénomène singulier jamais vu dans l’Histoire électorale de notre pays, où un parti seul, sans compositions, sans alliances électorales, sans bénéficier du désistement de quiconque, atteints dans deux grandes régions françaises des scores de 43 et 45 pour cent. Et cette réalité-là, qui est le fond des choses, est bien plus inquiétante pour un à-venir proche, que ne sont réjouissantes dans l’immédiat les compositions tactiques qui ont permis de l’occulter partiellement et d’en éviter les conséquences immédiates. Entre le premier et le deuxième tour de ces élections régionales le « Front national » a gagné encore pas loin d’un million de voix. Ce qui signifie que le « sursaut de la participation au deuxième tour c’est fait au moins partiellement à son bénéfice. Les appels « au civisme » ne se sont pas réduits à l’équation « barrer la route au FN », ils ont eu un écho aussi dans un électorat qui s’est mobilisé au contraire pour ouvrir la route au parti de Marine Le Pen. Or cela traduit un changement de fond dans les mentalités et dans le comportement du corps électoral. En 2002, lorsque « la gauche » appela à voter pour Jacques Chirac afin de faire barrage à Jean-Marie Le Pen, celui-ci, qui dans une élection présidentielle avait acquis 4 million huit cent mille voix au premier tour, n’en gagna que 700 000 de plus au second, alors que la participation déjà élevée du premier tour (71, 6 %) montait à plus de 79 % et que jacques Chirac gagnait 20 millions de voix. Les mouvements électoraux du deuxième tour des régionales 2015, sont d’une bien moindre ampleur. La participation électorale c’est certes améliorée de plus de 8 points, la peur du FN a encore fonctionné mais avec des amplitudes bien moins grande. Le regain du deuxième tour des dernières régionales, 800 000 voix environ, alors même que les scores FN du premier tour étaient déjà très élevés, signale, d’une part la désinhibition grandissante de l’électorat à l’égard du vote FN, d’autre part l’existence d’un gisement de voix, d’un potentiel électoral nouveau, exploitable par celui-ci. « Le deuxième tour ne confirme pas le premier », me rétorques-t-on à l’article du 13 décembre qui annonçait qu’il le confirmerait. Tout dépends de ce que l’on a en vue, le mouvement électoral populaire ou les dispositifs tactiques de partis qui permettent d’atténuer les conséquences du verdict des urnes ? Certes, l’effacement électoral de « la gauche » dans deux grandes régions les plus sensibles, à défaut de stopper sa progression, a permis d’empêcher l’accès du FN à la présidence de celles-ci, qui eut certes été désastreux au regard de la suite. Mais n’est-ce pas un désastre, tout de même, tout aussi grand et de mauvais augure pour l’à venir, songez-y, que la démoralisation politique que cela induit. Désastre lorsque l’argumentaire du FN est « droite Gauche c’est pareil » et lorsque en réponse droite et gauche copulent ensemble sans pudeur. Désastre, lorsqu’un parti pour sauver les apparences s’efface lui-même de la scène politique. Le remède en l’occurrence est pire que le mal et creuse un peu plus le trou où les institutions de la 5ème République seront englouties bientôt. Alors, pour ma part je vous direz : je n’en ai que faire des institutions en question qui sont celles d’une dictature constitutionnelle. Mais j’eusse préféré qu’elles soient emportées par autre chose que la « vague bleue Marine ». J’aurais aimé qu’une véritable opposition de gauche radicale canalise et fédère le mécontentement populaire dans et autour d’un authentique projet sociétal alternatif. Or, engluées dans la toile d’araignée visqueuse de « la gauche » fédérée celle-là par le PS, les composantes politiques qui pourraient, de par leur nature, se retrouver dans un tel projet, se débattent comme des mouches prises au piège. Ainsi neutralisées elles ne peuvent prétendre porter un projet politique indépendant. « Reset » ! Il faut faire un « Reset » social et politique, Il faut faire exploser le piège institutionnel pour espérer pouvoir enfin rebattre les cartes Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr. Mercredi 16 décembre 2015.
