MA RÉPONSE, PRESQUE MOT A MOT A MADAME EL KHOMERI

MA RÉPONSE, PRESQUE MOT A MOT A MADAME EL-KHOMRI Il ne s’agit pas pour nous ici de discuter sur l’avant-projet de loi, mais bien de répondre mot à mot à la lettre adressée le 25 février par Madame le Ministre aux initiateurs et signataires de la pétition « loitravailnonmerci ».* « 25 févr. 2016 — L’avant-projet de loi « Travail » suscite un intense débat démocratique. » Madame le Ministre fait par ces mots « contre mauvaise fortune bon cœur ». Car si « intense débat démocratique il y a ça n’est pas du fait du gouvernement qui avait dès l’annonce du projet, en guise d’intention démocratique, brandit la menace du 49-3, mais bien du fait de l’opinion des français salariés qui le lui ont imposé. « Vu l’enjeu et l’ampleur de la réforme c’est normal et c’est salutaire ! » Dit-elle bravache. Or elle fait déjà semblant de mal entendre. Le débat ne porte pas sur la réforme ni sur son ampleur, il porte sur la nécessité de renoncer à un projet de loi inutile et provocateur « Si certaines affirmations de cette pétition sont vraies, de nombreuses autres sont fausses et beaucoup sont incomplètes. Or un débat de cette importance doit s’appuyer sur des informations précises. » Madame El-Khomri joue là les petites malines. Elle voudrait nous piéger dans la discussion détaillée, article par article pourquoi pas, de son avant-projet. Or discuter de la sorte ce serait admettre, bien qu’amandée, l’utilité d’une telle réforme et ainsi s’ouvrir à la régression sociale et juridique souhaitée par le gouvernement. Un débat ne doit pas s’appuyer seulement sur des informations précises. Vous formulez un avant-projet de loi, nul n’est tenu pour le contester de s’enfermer dans la discussion des seules dispositions de celui-ci. Il y a aussi un contexte, ce qui a précédé, un siècle et demi de luttes ouvrières et salariées, ce qui en a résulté, le code du travail et la culture des rapports sociaux en font partie. Puis il y a aussi des réalités sociales intangibles que vous et vos semblables nient ou voudraient passer à la trappe, mais que vous ne pouvez, car, c’est de notoriété publique, « le naturel que l’on chasse revient toujours au galop ». « Ce projet répond à trois objectifs. Premier objectif : permettre à nos entreprises de s’adapter face à la concurrence » Le premier objectif ainsi assigné au projet dit on ne peut plus clairement que la préoccupation du gouvernement ce sont les entreprises et non les salariés. « en donnant plus de pouvoir à la négociation collective pour répondre aux besoins du terrain. » La négociation collective ? Qu’elle drôle de formulation. Serait-ce pour donner de l’enflure à une réalité bien prosaïque ? Les négociations se font toujours entre deux ou plusieurs « parties ». Dans le cas des entreprises elles ne peuvent avoir lieu qu’entre la direction (dit employeur) et les représentants patentés des salariés (jusqu’ici la plupart du temps les représentants syndicaux). Le mot « collectif » est donc ici de trop. « C’est par des accords signés par les syndicats dans l’entreprise » On voit là tout de suite la réalité qui se cachait derrière l’enflure du verbe. En guise de « collectif » le projet commence par morceler le front salarié, entreprise par entreprise, « que doit être donnée de la souplesse dans l’organisation et le temps de travail, tout en garantissant la protection des salariés » « Atomiser les salariés face à la puissance patronale pour soi-disant les protéger ? Et cela aboutit bien sûr « à plus de souplesse » puisque c’est le patron qui décide quasiment seul face à une résistance réduite de ses salariés. Or cela aboutit nécessairement à l’inverse d’une protection sociale accrue » puisque l’entreprise peut ainsi s’exonérer de l’application de la loi. « Et sans revenir, bien évidemment, sur la durée légale du travail à 35 heures, sur le principe de la majoration des heures supplémentaires, sur le SMIC, sur le CDI. « Madame se fiche de nous ? La durée légale de 35 ça signifie quoi quand la durée réelle tout aussi légale est de 46 heures ? Le « principe » de la majoration des heures supplémentaires, et ce n’est pas une simple tournure de style, les salariés ne veulent pas être rémunéré avec des principes. Or la majoration à 10 %, certains proposaient moins ou pas du tout, ce n’est-il est vrai qu’une majoration de principe pour préserver un minimum de sens à la prétendue durée légale à 35 heures. « C’est par le collectif que le salarié est mieux défendu et que des solutions novatrices peuvent être trouvées. » Là encore, qu’est-ce donc madame que cette drôle de formulation, « le collectif » en fait un truchement, vous avez remplacé le concept « d’action collective » chère à la culture du monde salarié et syndical, par une simple locution ( ?) le collectif. Mais le collectif ne signifie rien, une équipe de football c’est un collectif, et une entreprise, salariés et dirigeants confondu c’est aussi « un autre collectif ». Quand on parle du collectif dans le monde salarié et syndical, il est toujours identifié. Il s’agit par exemple « des intérêts collectifs des salariés » ou de « l’action collective » qui commence par la réunion en syndicats pour lui donner du corps et une réalité physique. « Il ne s’agit donc en aucun cas d’une dérégulation ou d’un détricotage du code du travail, mais bien de l’introduction de nouvelles régulations, » Comment, dites-moi un peu, de NOUVELLES régulations peuvent t’elles s’appliquer sans détricoter les anciennes ? « démocratiquement décidées » La démocratie est un concept totalement inopérant dans le monde de l’entreprise. Il part de l’idée que les patrons et les salariés sont dans un rapport d’égalité. Or la réalité est tout autre, les salariés sont dans un état de dépendance, dans un rapport dominé dominant, à l’égard des employeurs pourvoyeurs d’emploi et détenteurs du capital. L’entreprise n’est pas un lieu d’exercice de la démocratie, c’est un théâtre clos d’exercice de la dictature du capital. La décision y appartient, quel que puissent être les voiles et filtres et embrouillaminis pour faire croire autre chose, au patron et aux actionnaires. C’est précisément pour contrebalancer un peu cet état de chose, pour remédier un minimum à ce déséquilibre structurel que les salariés ont eu recours dans l’histoire à l’action collective, c’est-à-dire en tout premier lieu la réunion en syndicats, afin de ne pas se présenter comme une masse informe d’individus atomisés face à la puissance du capitaliste. La démocratie dans l’entreprise est un leurre qui a pour dessein précisément d’inciter les salariés à abandonner « la posture collective » pour s’en remettre à une prétendue démocratie formelle, le « référendum d’entreprise » en est la quintessence, qui les refoule à l’état d’un amas d’individus atomisé sans réflexion ni puissance collective. « au sein de chaque entreprise » Chaque ?.. Atomisation, au détriment des branches, des conventions collectives de l’action nationale « tous ensemble !». « et adaptées au monde du travail d’aujourd’hui. » Ça, c’est un jugement de valeur et qui n’appartient qu’à vous, sur votre entreprise « Deuxième objectif : donner aux salariés de nouveaux droits. Leurs droits fondamentaux, dégagés par le comité des sages présidé par Robert Badinter, sont réaffirmés : égalité entre les femmes et les hommes, refus des discriminations, protection de la santé au travail, etc. Innovation majeure, la loi crée pour chaque Français un compte personnel d’activité qui le suivra tout au long de sa vie professionnelle, quel que soit son parcours. Ce compte lui assurera des droits à la formation tout au long de sa carrière, une aide à la création d’entreprise, un droit à la nouvelle chance pour les jeunes sortis du système scolaire sans qualification. Il concernera les salariés, mais aussi les indépendants, les artisans, les commerçants. Ce sont donc les fondements d’un nouveau système de protection sociale qui sont posés, attaché à l’individu indépendamment de son statut, répondant aux réalités du XXIe siècle. » L’argument récurrent de la modernité que vous incarneriez avec « vos réformes » qui sont en réalité « des contre-réforme », opposée à l’archaïsme des salariés qui s’attacheraient à la préservation des droits acquis. Or, là encore il ne s’agit que d’un jugement de valeur qui n’appartient qu’à vous, sur votre propre action. Vous nous proposait « des droits nouveaux », on pourra commencer peut-être à en débattre si vous ne faisiez pas table rase des anciens. ? « La loi crée également un « droit à la déconnexion » pour tous les salariés afin que les nouveaux moyens de communication garantissent l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. » Dans l’environnement actuel vous savez bien qu’il ne s’agit là que d’un droit aussi vide de réalité que la défense principielle de la loi des 35 heures quand on en fait 46. Troisième objectif : mettre tout en œuvre pour favoriser les embauches, notamment dans les TPE et PME. Cela implique qu’elles bénéficient d’un univers juridique plus clair concernant le contentieux du licenciement, d’un appui spécifique de la part de l’Etat pour les accompagner dans leurs démarches, et qu’elles puissent elles aussi bénéficier des souplesses et des garanties apportées par la négociation collective. C’est pourquoi la loi crée un accord innovant, l’accord type de branche, directement applicable dans les TPE. Cette loi permettra à notre pays de se doter d’une véritable culture du compromis » La culture du compromis dans une société ou les uns détiennent tous les pouvoirs et les autres rien ne peut que signifier dans tous les cas « l’aplatissement des faibles devant les forts » « au plus près des salariés et des employeurs, » Ce qui signifie le cassage des conventions collectives, la mise à l’index des négociations de branche et nationales, tout ce qui donne une identité vraiment collective au monde du travail et fonde ce qui subsiste de « culture de classe » « qui ira dans le sens du progrès social » Encore un autre jugement de valeur) « et de la compétitivité de notre économie » L’association maligne des concepts de progrès social et de compétitivité relève des turpitudes de l’esprit. La vérité c’est que la compétitivité, et cela est encore plus vrai dans le contexte de la mondialisation, est destructrice du progrès social, engendre au contraire misères et régression. Et là ce ne sont pas des mots, les salariés le vivent et le ressentent chaque jours. « et permettra de gagner la bataille de l’emploi. » La bataille de l’emploi ? Vous vous moquez madame ! Il n’y a jamais eu de « Bataille » de l’emploi. Il y a actuellement « une bataille de la compétitivité » menée par les gouvernements successifs sous l’autorité de Mr Hollande, or celle-ci est précisément le contraire d’une bataille de l’emploi puisque sa finalité est de réduire la part de la masse salariale dans les coûts des marchandises et services, et que l’un des outils les plus efficace pour atteindre un tel objectif et la modernisation technique débouchant sur des réductions drastiques d’effectif, puisque celle-ci encore pour un temps au moins conduit dans bien des cas à la délocalisation, en tout premier lieu des activités industrielles. »A chaque citoyen – une fois qu’il a toutes les informations en main ! – de se faire son avis. Rendez-vous sur http://www.gouvernement.fr/loi-travail Myriam El Khomri » Ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social. » Conclusion. Vous voyez madame les citoyens, en l’occurrence salariés, ne sont pas des « demeurés » auxquels il suffit « de bien expliquer » pour qu’ils trouvent naturel d’avaler des couleuvres. Nous avons en mains outre « toutes les informations » une formation et une culture une mémoire et une fierté qui appartiennent à notre classe sociale. Rendez-vous dans les rues de nos villes le 9 mars. Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr ». Lundi 29 février 2016.

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