{"id":1030,"date":"2016-01-19T03:49:00","date_gmt":"2016-01-19T02:49:00","guid":{"rendered":"https:\/\/lavoiedessansvoix.fr\/lavoie\/2016\/01\/19\/archive-portrait-posthume-armand-campserveux-n-est-plus\/"},"modified":"2026-04-26T22:02:16","modified_gmt":"2026-04-26T20:02:16","slug":"archive-portrait-posthume-armand-campserveux-n-est-plus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lavoiedessansvoix.fr\/lavoie\/2016\/01\/19\/archive-portrait-posthume-armand-campserveux-n-est-plus\/","title":{"rendered":"PORTRAIT POSTHUME  ARMAND CAMPSERVEUX N\u2019EST PLUS"},"content":{"rendered":"<p>http:\/\/lavoiedessansvoix.fr\/forum\/attachment.php?attachmentid=46&#038;stc=1PORTRAIT POSTHUME ARMAND CAMPSERVEUX N\u2019EST PLUS    La voie des sans voix ne sacrifie que tr\u00e8s rarement \u00e0 l\u2019exercice de la rubrique n\u00e9crologique. Nous le f\u00eemes pour regretter les disparitions de Viviane Forrester, de St\u00e9phane Hessel ou celle encore de Nelson Mandela. Nous le f\u00eemes afin de les vouer aux g\u00e9monies \u00e0 propos des disparitions de Jean Germain, de Margaret Thatcher ou de Pierre Mauroy. Nous ne l\u2019avions encore jamais fait pour un personnage plus modeste, qui pr\u00e9sente pourtant plus d\u2019int\u00e9r\u00eat humain. Nous le faisons aujourd\u2019hui exceptionnellement car nous avons envie de vous parler d\u2019un homme vrai.  Armand Campserveux \u00e9tait notre ami, notre coll\u00e8gue et notre camarade. N\u00e9 le 25 f\u00e9vrier 1946 il  est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 13 Janvier 2016, emport\u00e9 en moins de cinq mois par une cruelle maladie, sans avoir atteint les soixante-dix ans.  Apprenti SNCF au centre de La Garenne c\u2019est au d\u00e9p\u00f4t des Batignolles, celui o\u00f9 fut tourn\u00e9 selon le roman d\u2019\u00c9mile Zola, le film de Jean Renoir \u00ab la b\u00eate humaine \u00bb, avec Jean Gabin que le jeune Armand \u00ab ferrophile \u00bb convaincu et enthousiaste, fit ses premiers pas de cheminot, au milieu des ann\u00e9es soixante.   Le D\u00e9p\u00f4t des Batignolles se situait derri\u00e8re la gare Saint Lazare au-del\u00e0 de la rue Cardinet. Dans ce lieu mythique charg\u00e9 d\u2019Histoire et de Fant\u00f4mes, en ce temps un des derniers d\u00e9p\u00f4ts vapeur de France, dont il gardait la nostalgie plus de quarante ans apr\u00e8s, Armand revenait en dehors des heures de travail, faire  de nombreuses et pr\u00e9cieuses photos, t\u00e9moignage en couleurs d\u2019une \u00e9poque r\u00e9volue dont la plupart des images connues sont g\u00e9n\u00e9ralement en s\u00e9pia ou en noir et blanc.   Il fit ensuite une longue carri\u00e8re d\u2019agent de conduite, ponctu\u00e9e de luttes, essentiellement sur la banlieue de Paris Saint-Lazare, et transporta durant des ann\u00e9es, des millions de voyageurs de leurs domicile \u00e0 leur travail et inversement.  Pour ma part ce n\u2019est que tard, dans les luttes sociales, dans les combats que j\u2019ai connu Armand, celui qu\u2019un journaliste commentant une photo c\u00e9l\u00e8bre nomma un jour \u00ab\u00a0Gueule de Gr\u00e8ve \u00bb.   Oh oui c\u2019\u00e9tait \u00ab une gueule Armand \u00bb, th\u00e9\u00e2tral et tonitruant, il en imposait du haut de ses 1 m\u00e8tre 93 avec son ample gestuelle, ses mimiques exag\u00e9r\u00e9es et sa voix de stentor. Il intimidait ceux qui ne le connaissaient pas ou avaient m\u00e9rit\u00e9 les saillies de son humour d\u00e9capant et parfois m\u00eame grin\u00e7ant.  Incollable sur le plan professionnel et r\u00e9glementaire \u00ab le grand nerveux \u00bb t\u00e9tanisait \u00ab les cadrichons \u00bb. Extraverti comme le sont en v\u00e9rit\u00e9 les grands timides, il ne laissait voir que peu de choses de lui. Il fallait en d\u00e9crypter le code pour p\u00e9n\u00e9trer son \u00e9nigme. J\u2019eus cette chance \u00e0 laquelle on ne pouvait pr\u00e9tendre sans patience. Et derri\u00e8re son masque de \u00ab grande gueule un peu bourru \u00bb  j\u2019ai d\u00e9couvert un homme cultiv\u00e9 fin et infiniment sensible.   Notre premi\u00e8re rencontre avait eu lieu lors de la Gr\u00e8ve des Agents de conduites de d\u00e9cembre 1986, qui donna naissance \u00e0 \u00ab une coordination nationale des cheminots \u00bb. La gr\u00e8ve termin\u00e9e la coordination se prolongea dans une association \u00ab le comit\u00e9 national des cheminots \u00bb auquel Armand apportait son concours. Ainsi f\u00fbmes nous appel\u00e9s \u00e0 nous rencontrer souvent et nos liens plus fr\u00e9quents donn\u00e8rent progressivement naissance \u00e0 une solide amiti\u00e9. Nous all\u00e2mes ensemble \u00e0 deux reprises participer \u00e0 des \u00e9missions de \u00bb \u00ab Radio libertaire \u00bb. Nous dev\u00eenmes plus proches encore durant la grande gr\u00e8ve de novembre d\u00e9cembre 1995 contre le plan Jupp\u00e9. On se retrouva aussi  lors du tournage du film de Dominique Cabrera, \u00ab Nadia et les hippopotames \u00bb, avec Thierry Fr\u00e9mont et Ariane Ascaride, dans lequel nous f\u00eemes de la figuration avec plusieurs autres amis cheminots. Les figurants \u00e9tant invit\u00e9s par la production au festival de Cannes 1999 pour la pr\u00e9sentation du film, Armand faisait partie de l\u2019exp\u00e9dition.  Armand avait fait l\u2019\u00e9cole du Louvre de formation des cadres SNCF mais avait refus\u00e9 de rentrer dans cette carri\u00e8re. Il aimait trop son m\u00e9tier, les amiti\u00e9s et la solidarit\u00e9 qui le caract\u00e9risait alors. Il cultivait une d\u00e9f\u00e9rence quasi religieuse pour le travail manuel et la beaut\u00e9 du geste professionnel. Il sentait d\u00e9j\u00e0 croitre en lui la fiert\u00e9 d\u2019appartenance et le souffle lib\u00e9rateur de l\u2019insolence ouvri\u00e8re.Lorsqu&rsquo;il acc\u00e9da \u00e0 la retraite il se consacra d&rsquo;abord \u00e0 regrouper les photos de sa jeunesse au d\u00e9p\u00f4t des Batignolles disparu, dans un ouvrage de qualit\u00e9 \u00ab\u00a0Images de trains: 1964-1967, d\u00e9p\u00f4t des Batignolles, derniers feux, \u00e9dit\u00e9 en 1999 par \u00ab\u00a0La vie du rail\u00a0\u00bb, et une exposition photos itin\u00e9rante qu&rsquo;il produisit lors de plusieurs manifestations. *    Armand \u00e9tait un esth\u00e8te, amoureux de la langue fran\u00e7aise des grands textes et des grands-acteurs. C\u2019\u00e9tait un \u00ab fan \u00bb du cin\u00e9-club. Il adulait Louis Jouvet Charlie Chaplin ou Jacques Tati. Connaisseur en peinture et art pictural, il aimait particuli\u00e8rement les peintres impressionnistes. C\u2019\u00e9tait un admirateur de Georges Simenon dont il appr\u00e9ciait les incursions dans les milieux populaires, les portraits de professionnels pointus \u00e0 l\u2019instar de \u00ab l\u2019horloger de Saint-Paul \u00bb et les ambiances fauves. Il avait des connaissances surprenantes en architecture populaire et rurale surtout, aimait les meubles campagnards anciens, les outils du pass\u00e9 marqu\u00e9s de l\u2019empreinte de ceux qui avaient souffert avec, l\u2019Histoire des horlogers paysans de montagne, les pendules comtoises, \u00e9tait subjugu\u00e9 par le parcours fabuleux de Monsieur Corpechot l\u2019horloger de la rue Laborde. D\u00e9ambulant dans les rues d\u2019un village ou circulant sur les routes de campagne, il ponctuait sans cesse nos d\u00e9couvertes : maisons anciennes, charpentes, \u00e9glises o\u00f9 ensembles architecturaux, par des exclamations admiratives ou outr\u00e9es en forme de sentences \u00ab authentic ! \u00bb ou \u00ab authentoc ! \u00bb. Nous hant\u00e2mes ensemble quelques brocantes o\u00f9 il acheta un jour toute une caisse de vieux marteaux pour faire de la \u00ab d\u00e9co \u00bb. Viens \u00ab Patou \u00bb me disait-il, \u00ab on va faire des \u00e9conomies \u00bb. S\u2019\u00e9tait un sarcasme \u00e0 l\u2019adresse de ces techniques de vente qui pr\u00e9tendent nous faire faire des \u00e9conomies en d\u00e9pensant notre argent.  \u00ab Tu vois \u00e7a, tu l\u2019as pay\u00e9 10 euros, nettoy\u00e9 et cir\u00e9, \u00e0 Paris tu l\u2019aurais pay\u00e9 au moins 50 voire 80 euros \u00bb.  J\u2019aimais sa conversation, j\u2019aimais les \u00e9changes avec lui, toujours enrichissants,  m\u00eame si j\u2019\u00e9tais parfois oblig\u00e9 de canaliser sa logorrh\u00e9e afin qu\u2019il ne transforme pas notre conversation  en monologue.  Armand fut aussi un combattant de l\u2019\u00e9mancipation sociale un \u00ab pr\u00e9dicateur \u00bb de la conscience de classe. Il \u00e9tait ces derni\u00e8res ann\u00e9es outr\u00e9 jusqu\u2019au d\u00e9gout par l\u2019insolente audace des dirigeants patronaux et politiques, par la servilit\u00e9 de certains cadres ou dirigeants syndicaux.  Comme tout un chacun il eut ses grandeurs et ses petitesses, mais ce que je veux retenir de lui c\u2019est le meilleur. Fi donc soit de ses \u00e9normes d\u00e9fauts, je suis habilit\u00e9 \u00e0 en parler moi qui en la mati\u00e8re rivalisait volontiers avec lui. Mais je n\u2019en dirai rien. Armand \u00e9tait un homme \u00ab authentique \u00bb, un homme de \u00ab valeurs \u00bb. Oh, non pas de ces valeurs factices qui de la Bourse au personnel politique en passant par la caste journalistique, animent tous ces marlous, ces \u00ab authentocs \u00bb auto-satisfaits et  surfaits pour tant faire souffrir le monde autour d\u2019eux. Lui \u00e9tait un homme des vraies valeurs, celles de la solidarit\u00e9 et du ch\u0153ur humain, celles du travail, de la fiert\u00e9 d\u2019apporter sa pierre \u00e0 l\u2019effort commun. C\u2019\u00e9tait \u00ab un homme debout \u00bb comme je les affectionne.  Armand ne sera pas d\u00e9cor\u00e9 de la l\u00e9gion d\u2019honneur, pas m\u00eame \u00e0 titre posthume. Et c\u2019est tant mieux. Ceux qui accordent ces \u00ab bons points \u00bb pour adultes n\u2019en sont, la plus part du temps, pas dignes eux-m\u00eames. \u00c9toile au firmament de la conscience ouvri\u00e8re, il n\u2019en brillera pas moins parmi des millions d\u2019autres   Quelqu\u2019un a dit qu\u2019un homme qui meurt s\u2019\u00e9tait un livre qui se ferme. Armand a ferm\u00e9 le sien. Je l\u2019avais lu. Nonobstant ma tristesse j\u2019ai tent\u00e9 ici de l\u2019entrouvrir pour vous.  Patrick Seignon. \u00ab lavoiedessansvoix.fr \u00bb.Mardi 19 janvier 2016.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>http:\/\/lavoiedessansvoix.fr\/forum\/attachment.php?attachmentid=46&#038;stc=1PORTRAIT POSTHUME ARMAND CAMPSERVEUX N\u2019EST PLUS La voie des sans voix ne sacrifie que tr\u00e8s rarement \u00e0 l\u2019exercice de la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4681,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"sfsi_plus_gutenberg_text_before_share":"","sfsi_plus_gutenberg_show_text_before_share":"","sfsi_plus_gutenberg_icon_type":"","sfsi_plus_gutenberg_icon_alignemt":"","sfsi_plus_gutenburg_max_per_row":"","site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"footnotes":""},"categories":[16],"tags":[],"class_list":["post-1030","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives-cms"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lavoiedessansvoix.fr\/lavoie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1030","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lavoiedessansvoix.fr\/lavoie\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lavoiedessansvoix.fr\/lavoie\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavoiedessansvoix.fr\/lavoie\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavoiedessansvoix.fr\/lavoie\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1030"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lavoiedessansvoix.fr\/lavoie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1030\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4682,"href":"https:\/\/lavoiedessansvoix.fr\/lavoie\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1030\/revisions\/4682"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lavoiedessansvoix.fr\/lavoie\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4681"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lavoiedessansvoix.fr\/lavoie\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1030"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavoiedessansvoix.fr\/lavoie\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1030"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lavoiedessansvoix.fr\/lavoie\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1030"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}