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  • LETTRE PUBLIQUE A MADAME MARINE LE PEN

    LETTRE PUBLIQUE A MADAME MARINE LE PEN

    Madame,

    Soyons clair, j’ai toujours été un militant ouvrier, syndicaliste et politique de culture marxiste. Vous en avez déjà conclu que je ne suis pas du cercle de vos amis, ni admirateurs, ni électeurs.

    Je ne suis pas partie prenante de votre courant politique mais lorsque vous défendez les droits à la retraite des petites gens, lorsque vous vous opposez à l’inique réforme voulu par le chef de l’Etat, je ne vois pas de raison de vous rabrouer et juge même inconvenant pour ne pas dire totalement « idiot » de vous interdire de vous joindre aux manifestations populaires.

    A croire que ceux qui font cela sont beaucoup plus intéressé de leurs petites compositions politiciennes que de la véritable défense des intérêts des travailleurs et salariés qu’ils sont censés représenter et qui sont ceux de l’écrasante majorité des Français.

    Le « Rassemblement National » dont vous êtes la figure de proue représente actuellement plus de 20% de l’électorat de notre pays. Lors des dernières élections présidentielles, malgré l’ostracisme dont il fait l’objet, plus de 40 % des électeurs se sont porté sur le nom de sa Présidente. Parmi ceux-là des millions de travailleurs qui dans une République réputée démocratique devraient avoir droit au chapitre tout autant que les autres, qui ont tout autant que les autres le droit de défendre leur système de retraite et de manifester pour cela. Ces salariés qui votent « Le Pen » depuis des années, a-t-on le droit de les rejeter ? Ceux-là pour beaucoup votez « communistes » avant de se sentir floués par la « Gauche de gouvernement ». Ceux qui les ont trahis sont-ils bien fondés à les stigmatiser ? Ceux qui le font ne pratiquent qu’en paroles l’unité de « la classe ouvrière » qu’ils divisent en vérité.

    Qu’il vote Le Pen, Roussel ou Mélenchon, tout salarié tout travailleurs (cela inclus les artisans commerçants et professions libérales, et même les petits entrepreneurs, et les travailleurs privés d’emplois), sans distinction a autant de raison, et je dirai même de devoir, que quiconque de défendre ses droits, son niveau et sa qualité de vie. Pour ce qui me concerne, par-dessus les « politicailleries » et le sectarisme idéologiques, je veux tendre la main à toutes mes sœurs, frères et camarades.

    Face à la détermination du « Bourreau du peuple », ainsi que vous l’avez récemment nommé, et de ses maitres et affidés bien décidés à nous imposer par la force leur anti-réforme de régression sociale, faut-il diviser les rangs des salariés en lutte ? Stigmatiser une partie de ceux-ci dans l’instant où la mobilisation exige que l’on soit en possession de toutes nos forces, si ce n’est pas encore tout à fait une trahison n’est-ce pas en tout cas une agression voire une mutilation de l’unité nécessaire ?

    Confronté à l’ostracisme dont les élus RN ont été jusqu’ici l’objet de la part d’une certaine gauche » et des syndicats, vous avez résolus de ne pas prendre part aux manifestations avec lesquelles vous êtes pourtant fondamentalement d’accord. D’un point de vue tactique vous avez eu raison car certains n’hésiteraient pas si vous y veniez à créer un ou des incidents destructeurs et irrémédiables pour la mobilisation populaire en cours.

    Mais il ne faut pas à mon sens vous en tenir là.

    J’ai lu récemment que votre parti avait l’intention de se replier sur l’action parlementaire pour porter son opposition à la réforme. Cela ne saurait suffire, cela n’est pas satisfaisant. Le débat parlementaire va être tronqué. Le parlement va être une fois de plus marginalisé, rabroué, annulé. S’en tenir à l’action parlementaire c’est prendre le risque de n’apparaitre que comme « des clowns » ; Pire, comme les idiots utiles du pouvoir.

    Pour être à la hauteur et en conformité avec votre profession de foi sur cette question, pour vous faire entendre, être vu et surtout être cru, pris au sérieux par l’opinion, vous devez prendre part à la mobilisation populaire de rue. Certes pas, je l’ai déjà dit, et j’en ai donné la raison, en vous joignant aux manifestations syndicales ou de « gauche » où certain n’hésiteraient pas à occasionner des incidents de nature à provoquer une fracture sans retour, mais en organisant vos propres manifestations. Avec pourquoi pas d’autres partis et formations apparentés ? Certes ce ne sera pas encore l’unité souhaitable dans la riposte, mais une force supplémentaire tout de même, plusieurs dizaines ou centaines de milliers de manifestants qui à défaut d’être tous ensemble dans la rue s’agrégeront tout de même dans les décomptes, et les analyses de l’état réel de l’opinions et des rapports de forces.

    Je vous remercie de votre attention et vous prie Madame de recevoir mes sincères salutations.



    Patrick Seignon. 24 janvier 2023.
    (Cette lettre a été communiqué à Marine Le Pen, ce jour, sur son adresse e-mail de l'Assemblée Nationale.) » )
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