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  • LE DANGER DE LA C.G.T. (Après l’agression du 1er mai contre la CGT.)

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    LE DANGER DE LA C.G.T.
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    (Après l’agression du 1er mai contre la CGT.)

    1 – LA CGT SOUTIENT-ELLE MACRON ?

    Cet article comporte deux volets. Je publie le premier ( La CGT soutient-elle Macron ?) - ce jour mardi 12 mai 2021. Le publierai le deuxième intitulé ( Une stratégie suicidaire.) demain mercredi 13 mai avant midi.

    Mon Histoire c’est le mouvement ouvrier. J’ai partagé, dans les livres et dans les luttes, ses joies et ses peines, ses rires ses larmes et son sang. Je me suis enthousiasmé de ses audaces et de ses succès, mais j’ai eu honte aussi parfois de ses compromissions et de ses abaissements. Il y eut la commune et le Front populaire, les luttes pour la liberté la dignité et les revendications. Il y eut des pages sanglantes (Fourmi Charonne). Il y eut des pages glorieuses, l’affaire Dreyfus, la Résistance, les luttes anti coloniales. Il y eut aussi la honte de la capitulation d’août 1914 face à la guerre impérialiste, et quelques pages noires liées à l’Histoire du stalinisme ou aux heures sombres de l’occupation. Non, il faut en convenir, l’Histoire du mouvement ouvrier social, politique et syndical n’a pas été qu’une épopée glorieuse, elle a eu ses revers glauques et ses zones d’ombre.

    Alors oui je suis syndicaliste. Mon cœur mon sang, et dirai-je même mon génome, le sont. La CGT est l’âme, la filiation du mouvement ouvrier syndical Français. J’y adhérai la première fois à l’âge de 15 ans. J’avais 35 ans et douze ans de « chemin de fer » et d’adhésion à la CGT cheminots lorsque j’en fus exclu en 1982, en un temps où il ne faisait pas bon dire cette vérité terrible que la politique de la « Gauche » au pouvoir était anti ouvrière. Mais j’y ai repris ma place en 1995 au terme de la grande grève qui mis à mal le gouvernement Juppé. A la Cgt je suis chez moi, parmi mes frères et sœurs et mes semblables. J’y suis chez moi-même exclu. Nul ne peut en effet dissoudre par décret les liens de la chair et du sang. J’y serai chez moi encore même s’il advenait qu’irrités par mon présent propos, ses dirigeants actuels m’en chassent à nouveau. L’appartenance à la GGT, au mouvement syndical Français est pour moi une question de filiation plus que d’affiliation.

    A la CGT je suis chez moi. Et vous avez deviné que si j’en fus exclu un jour c’est que je ne suis pas du genre à me taire ou à démissionner » lorsque je ne suis pas d’accord. J’ai toujours pris très au sérieux « l’exercice » de la démocratie. Ma conviction est que la première condition du bon fonctionnement de celui-ci, tient à la pleine possession par chacun de son libre arbitre, à l’usage de la liberté d’expression, même lorsque confronté à l’adversité à l’hostilité ou à la bêtise, il faut beaucoup de courage, de détermination et d’abnégation pour oser s’exprimer encore.

    Alors vous devinez également qu’un garçon aussi résolu que moi, eut probablement été vent debout contre sa propre confédération CGT lorsque sa majorité, dans le sillage de Léon Jouhaux adhérait à « l’Union sacrée » cautionnant la boucherie de 1914. Aurai-je vécu en ce temps-là j’eusse probablement rejoint le camp ultra minoritaire des « Zimmerwaldiens » avec Pierres Monatte (fondateur de la VO), et Alfred Rosmer. Pour dire que l’amour filial n’interdit pas ; ne dois surtout pas interdire, au risque de sa propre perdition morale, de porter un regard introspectif sur sa « fratrie » ni de formuler les critiques ouvertes et acerbes qui s’avèrent parfois nécessaires.

    Des individus, dont je ne connais ni les motivations réelles, ni les commanditaires éventuels, s’en sont pris violemment ; le 1er mai 2021 aux militants et service d’ordre syndical de la CGT, et l’un de leur cri de guerre était « Martinez suppôt de Macron » ou quelque chose de semblable. J’ai vu et lu depuis une avalanche de réactions indignées venant bien sûr de la CGT mais aussi des syndicats, partis politiques et de nombreuses personnalités. Beaucoup de déclarations sincères et dignes, mais aussi trop de proclamations « Faux-culs ».

    Comme tous je condamne bien sûr cette action et je partage l’inquiétude et la colère des militants agressés et de tous ceux qui dans ce moment sont honnêtement solidaires Comme tous je suis solidaire et indigné.

    Cette attaque en effet, est, il est vrai, une agression contre le mouvement syndical en général. Je la condamne car, quand bien même la CGT se serait fourvoyée, ce que je crois, l’ennemi ce n’est pas pour autant les syndicalistes et le syndicalisme. L’ennemi est et reste le capitalisme, le patronat et les gouvernants qui les servent. Ceux qui en désignent un, ou des, autre, sont les vrais suppôts des pouvoirs, qui tentent de détourner vers des leurres la colère légitime du peuple. Qui que vous soyez (sauf bien sûr si vous êtes des agents provocateurs du pouvoir et en ce cas imperméables à toute critique) je vous le dis sans détour, c’est à ceux-là, aux ennemis véritables du peuple, à Macron à sa clique et ses commanditaires, pas aux travailleurs, pas aux syndicalistes, même s’ils se trompent, même s’ils se fourvoient ou se compromettent, qu’il convient de réserver les coups.

    Les huluberlus qui ont attaqué les militants de la CGT ont eu tort de faire cela. Il est vrai que l’on voit poindre dans cette action l’ombre noire d’un potentiel danger fasciste. Il ne fait aucun doute pour ma part, si j’avais été présent ce premier mai 2021 à Paris, que j’aurais pris fait et cause pour mes frères et amis syndicalistes, que je me serai battu à leurs côtés contre les agresseurs. Ceci clairement posé je ne peux pour autant renoncer à répondre à la cruelle interrogation qui en résulte : Les motivations des agresseurs étaient-elles vraiment totalement infondées ?

    Il faut avoir l’honnêteté et le courage de le dire sans détours, la ligne adoptée par la CGT depuis le début de ce qui a été appelé « crise sanitaire », est pour le moins ambiguë voire inquiétante et en tous points condamnable. Comme la capitulation de 1914 face à la guerre, il s’agit-là rien moins que d’une autre capitulation, face à la « dictature sanitaire ». Comme l’autre elle restera telle une tache indélébile dans l’Histoire et la conscience du mouvement syndical français.

    En quoi consiste le positionnement actuel de la CGT ? En ceci : donner le change s’inscrire dans toutes les luttes, tous azimuts, qui se présentent (L’emploi, la protection sociale, l’abrogation de l’assurance chômage, l’ouverture de lits d’hôpitaux, le climat, etc.) pourvu qu’elles ne remettent jamais en cause ni la politique générale du gouvernement ni ses fondements. Le masque ? Il ne sert à rien, à défaut d’en exiger la (suppression) la CGT pourrait au moins militer pour la liberté de le porter ou pas. Elle élude le fond de la question en revendiquant la « gratuité ». Les traitements précoces, Nul ne demande bien sûr à la CGT d’émettre un avis circonstancié sur la question, ce n’est pas son domaine de compétence, mais elle pourrait au moins s’indigner de l’interdiction de facto de certains médicaments et exiger la restauration immédiate de la « liberté de prescrire des médecins ». Vaccins ? La CGT ne s’oppose pas à la campagne vaccinale générale qui draine les milliards prélevés sur les deniers du peuple et la sécurité sociale exsangue, via les laboratoires vers les coffres gloutons du système financier international, elle l’accompagne au contraire, ce plaignant des couacs ou des manques de stocks, militant pour la levée des brevets ce qui est encore une manière d’éluder le fond de la question, une manière de cautionner la volonté folle de vacciner la population toute entière et de justifier de la sorte, sans l’avouer bien sûr, le passeport vaccinal, la pire des agressions contre les libertés.

    Alors oui, c’est vrai, ce n’est ni un mensonge, ni une insulte, ni une cabale contre elle, c’est seulement le constat la vérité transparente et factuelle : La CGT ne dit rien qui puisse contribuer à déstabiliser Macron. La CGT ne souhaite pas voir converger les mécontentements multiples en un vaste mouvement populaire qui pourrait « déposer » Macron. La CGT, je parle là bien sur des instances confédérales et non de l’organisation syndicale et de la masse des militants eux-mêmes, agit en la circonstance, n’ayons pas peur des mots, comme supplétive du pouvoir Macronien.

    Or la passivité actuelle de la grande majorité des gens ne présage en rien des sentiments réels qui les animent ni du ressentiment qui s’accumule contre les pouvoirs et leurs auxiliaires volontaires ou involontaires. En adoptant ce cours la CGT s’expose aux pires dangers.

    Pourquoi les instances confédérales de la CGT soutiennent elles Macron ?

    La CGT actuelle appartient à « la culture de Gauche ». C’est dire que sa vision politique est totalement inféodée à la logique « majoritaire » Pour changer les choses elle ne conçoit pas d’autre moyens que la victoire d’un candidat « de Gauche » par la voie du suffrage universel majoritaire lors d’élection présidentielle, dans le total respect des institutions de la 5ème République. Changer les choses signifie pour elle faire élire un Président de gauche car c’est là que se tient et se concentre véritablement le pouvoir politique dans notre pays. Or pour réunir une majorité Présidentielle 50% plus « un », le Parti communiste et la CGT doivent faire alliance avec le Parti Socialiste et la CFDT, damner leurs âmes dans cette alliance débile avec les diables « sociaux-libéraux », produire indéfiniment de nouveaux avatars de « l’union de la Gauche » telle que fut la « Gauche plurielle de 1997

    Le mécontentement est profond, le rejet populaire des institutions actuelles et « du monde politique » est patent (dégagisme). On entend sourdre les terribles annonces du cataclysme social et économique qui doit nécessairement résulter de cette « macronerie » et dont les classes populaires sont déjà et seront les victimes. Qu’importe, ils tiennent bon. Ce dont ils ne veulent surtout pas c’est d’une levée populaire en masse. Ils s’appliquent à éparpiller la contestation dans ses milles aspects et revendications diverses pour éviter qu’elle ne coagule en un vaste mouvement d’ensemble. Ils temporisent pour attendre les prochaines élections Présidentielles (si elles ont lieu*).

    Il y a plusieurs façons de mentir, le mensonge par abstention (ou omission) en est une. Il y a aussi plusieurs façons de soutenir, ne pas attaquer en est une.

    Ils ne veulent surtout pas secouer l’équilibre politique actuel qui ouvrirait une crise profonde et l’horizon « des possibles ». Ils ne veulent pas cela car incapables de faire confiance à l’intelligence du peuple ils craignent que ce soit alors le R N qui ramasse la mise. Ils ne veulent pas pour cela mettre en péril le pouvoir Présidentiel qui est la clé de voute de nos institutions. Et c’est cela qui les condamne à soutenir de facto Emmanuel Macron.


    Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr » ; Mardi 12 mai 2021.
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