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  • LETTRE A MA COUSINE (Papa est mort)

    LETTRE A MA COUSINE

    Ce n’est pas si fréquent, j’ouvre aujourd’hui mes colonnes à un inconnu qui en est l’auteur et à Lisa, la destinataire de sa lettre, ma voisine depuis 35 ans, qui m’est devenue une amie très chère. Lisa en pleurs, m’a fait lire il y a deux jours la lettre émouvante de Louis. Je l’ai trouvé si poignante que je lui ai proposé de la publier ; Bien entendu nous avons demandé, et obtenu, l’accord de l’auteur son cousin. La voilà donc, je vous la livre.


    P.S

    Ma chère Lisa,

    il y a bien longtemps que je ne t’avais écrit. Comme il se doit des gens qui n’entretiennent pas une relation épistolaire soutenue, c’est pour annoncer de fort mauvaises nouvelles qu’ils se prennent à écrire enfin.

    C’est en effet d’un bien triste évènement que je suis chargé de t’informer. Mes sœurs, qui savent la grande affection qui n’a cessé de nous unir par-dessus les déserts du temps, m’ont délégué cette douloureuse mission. Notre père, ton oncle, auquel tu portais depuis l’enfance une si grande estime est mort hier.

    Marcel (papa) avait il est vrai 87 ans, mais quoique en disent les médias bavards, même s’il faut bien mourir de quelque chose un jour, son départ pour l’au-delà ne nous en est pas moins douloureux. D’autant que, malgré les « comorbidités » comme ils disent qui sont le fardeau de l’âge, on peut dire, c’est une lapalissade, qu’un quart d’heure avant sa mort il était encore vivant, et mieux même, qu’il se portait comme un charme et ne manifestait aucune envie de quitter le monde des vivants.

    Crois-tu que je plaisante en des circonstances aussi douloureuses ? Non ! Pas le moins du monde. Je m’efforce de rendre hommage à sa gouaille et à sa bonne humeur. Tu te souviens combien cet homme était doux et affable, attentif aux autres et amoureux de l’humanité et combien il aimait à railler tous les petits défauts de ses contemporains qui les lui rendaient plus attachants encore.

    Mais diras-tu peut-être, Louis, tu es un grand bavard, tu brodes, mais si tu en venais aux faits, si tu me disais sans plus attendre pourquoi l’oncle Marcel qui se portait tant bien selon tes dires est mort tout de même, de quoi, comment, dans qu’elles souffrances ?

    Rassures-toi ma petite cousine chérie, ton « tonton préféré » c’est éteint sans souffrances. « Une belle mort » comme l’on dit pour se donner une apparence détachée et intelligente.

    Tu sais, personne ne peut l’ignorer, nous vivons, depuis plus d’un an une situation humanitaire inédite. Sous l’emprise de je ne sais quelle bouffée délirante de nombreux gouvernements du monde infligent à leurs peuples de vivre sous le règne d’une véritable terreur sanitaire.

    L’hypocondrie, l’angoisse, la peur de la mort gouvernent les raisons anesthésiées ; Peut nombreux sont ceux qui ont pu raison garder malgré l’ignoble déferlante de propagande anxiogène. Et ceux-là mêmes, insultés, agressés, sont malades aussi d’angoisse et de brimades dans un océan de terreur masqué et d’inquiétude communicative. Ceux qui s’efforcent de rire chanter et danser encore sont épiés par les mille yeux des « voisins vigilants » et livré à la « gestapo » du temps, accusés par les autorités, médicales ou gouvernementales, de mettre en danger la vie d’autrui. Mes sœurs n’ont pas résisté, elles ont été à leur tour victimes de cette ambiance inquisitoriale.

    Mireille était comme moi prévenue contre cette paranoïa collective. Elle ne portait de masques que contrainte pour échapper aux amendes. Se lavait les mains comme elle l’avait toujours fait, avant que Véran et Macron s’enquièrent de nous enseigner l’hygiène élémentaire, avec du savon de Marseille. Elle refusait de se faire vacciner, au regard de sa dangerosité réelle et considérant qu’il existe en vérité des moyens précoces de la traiter, contre une maladie qui ne le nécessite pas.

    Magali elle avait peur. Elle ne portait pas un masque mais deux, un pour elle disait-elle et un pour ceux qui le refuse. Elle ne rendait plus visite à Mireille et le moins possible à Marcel, qu’elle ne vit depuis que masquée et refusa d’embrasser comme elle l’avait toujours fait jusqu’à mars 2020. Alors, quand le gouvernement a commencé sa campagne vaccinale, tu devines qu’elle s’est précipitée pour se faire inoculer la dose politiquement prescrite au prétexte disait-elle de protéger papa. Ce qui d’ailleurs ne changea rien à sa conduite précédente, toujours double masque et refus de contacts, à fortiori de bisous. Mais elle ne se limita pas à cela. Prenant le relais des « sirènes officielles » elle appela Mireille plusieurs fois par jour pour la convaincre qu’il fallait faire vacciner Papa. Mireille résista d’abord, puis de moins en moins et fini par se rendre de guerre lasse.

    Marcel qui avait gardé toutes ses capacités cognitives n’était pas très enthousiaste à l’idée de se faire vacciner. Je suis un peu usé mais pas malade disait-il. Mais Magali, à présent secondé par Mireille, insistèrent lourdement. « C’est pour ton bien papa, tu vois, moi je me suis fait vaccinée. Si tu l’est aussi je pourrais peut-être venir te voir sans masque et te faire à nouveau des bisous. »

    Des bisous ! Penses-donc un peu. Marcel souffrait terriblement depuis plusieurs mois de cette déshumanisation des rapports avec sa fille ainée. C’était, bien qu’il n’osa rien en dire, une véritable torture mentale à lui que les visites de celle-ci qui se tenait masquée à bonne distance et ne se laissait jamais aller à la moindre manifestation de tendresse. Alors l’idée de voir à nouveau son visage, de se chauffer le cœur à la chaleur de son sourire, de se pâmer à la caresse de ses baisers, lui fut un argument déterminent. Il accepta.

    C’est donc avant-hier à 16 heures que Papa, l’oncle Marcel, a été vacciné contre le corona virus. Il est mort onze heures après, hier à trois heures du matin.

    Tu devines que Magali qui avait tant insisté pour qu’il se fasse vacciner est dans tous ses états. La culpabilité la ronge comme un acide corrosif et douloureux. C’est toi qui avait raison louis m’a-t-elle dit, je n’aurai pas dû, je ne me le pardonnerai jamais, je vais en mourir de chagrin, etc.

    Tu vois un peu le tableau, mon père qui viens de mourir et ma sœur qui se rend malade de culpabilité; A quoi servirait-il qu’elle meure à son tour de chagrin, cela ramènerait-il Marcel ?

    Alors, malgré ma grande répugnance à mentir, je me suis efforcé de la rassurer. J’aime tout de même ma sœur aussi malgré qu’il lui soit arrivé parfois de m’agacer. Tu n’y es pour rien lui ai-je dit, il ne faut pas que tu te rendre malade, Papa avait 87 ans, il était vieux, il faut bien mourir un jour.

    De plus comme l’ont remarqué des observateurs très intelligents aux jugements forts pertinents, Marcel n’était-il pas de cette génération qui a « jouit » des « trente glorieuses ». (Un jour si tu le veux je te raconterai « les trente glorieuses de Marcel) N’est-ce pas normal qu’il s’efface pour en laisser un peu aux autres ? D’ailleurs ce n’est pas le vaccin qui l’a tué. Il est mort 11 heures après. Ça n’est qu’une coïncidence. Il devait mourir ce jour-là voilà tout. En vérité il a eu beaucoup de chance tu sais. Tu l’as probablement sauvé en quelque sorte. Ça aurait pu être bien pire s’il était mort du Covid

    Je lisais la perplexité sur le visage de Magali et je devinais qu’elle ne savait pas vraiment si c’était « du lard ou du cochon », si mon intention réelle était de la rasséréner ou bien de la flageller.

    Heureusement sur ces entrefaites le certificat officiel de décès vint à mon secours: « Mort de vieillesse ! » Marcel est mort de vieillesse. Ça ne se discute pas, c’est le docteur Véron qui l’a dit. Il nous a expliqué qu’il était mort de vieillesse tout à fait par hasard 11 heures après l’injection ce qui ne permet pas le moins du monde d’établir un quelconque lien de causalité entre celle-ci et le décès.

    Magali avait besoin d’y croire. Tant mieux pour elle. Moi je me suis dit que ce docteur, tout aussi bien, en un autre temps aurait pu être jésuite.

    Je t’embrasse ma tendre cousine et ne pleure pas trop ça donne des rides.

    Ton petit cousin Louis.

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