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  • NSULTE A X

    INSULTE A X

    Je me baladai serein dans les rues désertes de ma ville, quand approchant de la place de la Marne, sur les bords de l’Indre, où réside la statue d’Alfred de Vigny, j’aperçois un attroupement. Le contraste était grand entre la solitude des rues et cette foule inattendue. Tiré de mes rêveries, ma curiosité piqué au vif, je m’approchai « la gueule enfariné. Un hélicoptère venait juste de de se poser sur le rond-point de la gare ; Un homme masqué allait en descendre, la foule applaudissait, encore perché il la dominait, son regard se porta sur moi auquel ses « groupies » ne prêtaient aucune attention. Il me hèle : « eh vous Monsieur mettais un masque : Aucune erreur possible, l’apostrophe ne pouvait s’adresser qu’à moi, j’étais le seul de cette assemblée fantomatique à n’en pas porter. Et moi qui n’aime guère me faire invectiver ainsi de répondre du tac au tac sans plus réfléchir : « de quoi tu te mêles grand con ». « Le mec » se tourne vers un grand type brun à l’allure athlétique, genre Benalla, qui se tenait derrière lui et lui souffle quelques mots que personne n’entend. Me voilà aussitôt encerclé de dix « Bacqueux » au moins, qui me bousculent, me secouent et tentent de me tordre les bras. Je me débats, j’échappe : « Vous êtes fous, m’écriai-je, que signifie ? » Et plusieurs me braquant qui avec un flingue, qui avec une bombe lacrymogène, qui avec une matraque télescopique ils hurlent que je veux les tuer. C’est vous qui me braquaient fais-je remarquer laconique, avec quoi voulez-vous que je vous tue ? « Avec la Covid pardi ! Tu n’as pas de masque ». Sur ce ils me renversent, me colle ventre au sol, m’infligent quelques dizaines de claques, m’étranglent, me .torde les bras et parviennent à me menotter Ils me livrent alors aux gendarmes locaux qui sont arrivés sur les lieux. Garde à vue au motif d’une entreprise terroriste. J’ai voulu tuer le « Président de la République », (ah c’était lui ?) en lui soufflant mon Covid dans les Narines
    Je tente de me défendre, verbalement s’entend.

    1) je ne pouvais pas lui souffler dans les narines il avait un masque
    2) J’étais trop loin de lui
    3) Pour lui transmettre le Covid encore faudrait-il que je l’ai moi-même
    Argument imparable : « Tu l’as puisque t’a pas de masque ! »
    4) d’ailleurs comment le tuer avec une maladie qui si elle tue ne tue que rarement et pas tout de suite et qui d’ailleurs n’a plus guère tuer personne depuis plusieurs mois.
    Alors là j’ai apparemment passé les bornes de leur patience.

    Je ne dirai plus un mot sans la présence de mon avocat.

    Déluge d’invectives. L’idée que mon avocat puisse voir l’état dans lequel les Baqueux m’avaient livré les mettait en rage. « Vous (les gendarmes sont tout de même plus polis) êtes suspecté d’entreprise terroriste, On va vous garder 6 jours. Vous n’aurez droit à la présence de votre avocat que dans 72 heures
    Alors je veux un médecin

    Ils disent que je suis un impertinent et que je vais le payer très cher

    Durant ma garde à vue on m’a conduit à l’hôpital entre deux gendarmes et malgré mes protestations on m’a fait subir de force un test de dépistage du Covid. Ils m’ont enfoncé un coton-tige dans les narines jusqu’aux trompes d’Eustaches. Depuis j’ai les sinus douloureux et je n’arrête pas d’éternuer. Pour l’entreprise terroriste ça n’a pas tenu Le test était négatif. « Je n’étais donc pas armé ».

    J’ai le visage tuméfié et douloureux, D’ailleurs les médecins m’ont fait un certificat temporaire d’exemption ; Je n’ai toujours pas de masque, son contact me serait insupportable
    Le juge d’instruction m’a tout de même signifié mon inculpation pour les motifs suivants, non port du masque, injures et rébellion à agents de la force publique dans l’exercice de leurs fonctions et, cerise sur le gâteau « insulte au Président de la République.

    « Rébellion à agent ». Vous ne trouvez pas qu’ils sont un peu gonflés. Regardez ma gueule. Je n’ai pas de masque et pourtant vous ne me reconnaitrez pas avant quinze jours au moins.

    Alors qu’ils me rudoyaient je protestais de mes droits de citoyen libre, de mon droit de ne pas porter de masque. Je les entendis dire, « le règlement c’est le règlement, la loi c’est la loi, ta liberté on se la met au cul », je leur ai objecté avec ce qui me restait de souffle que « les SS raisonnaient ainsi. Que nul n’est tenu d’obéir aux lois iniques ni aux ordres arbitraires. » Il ne s’agissait à mon sens que d’illustrer mon propos afin de le rendre plus pertinent. C’est ce qu’ils qualifient « d’injures aux agents des forces de l’ordre ».

    Mais insulte au Président de la République, pensez un peu. « Insulte » bon d’accord, Je l’admets j’ai traité un farfadet quelconque de « grand con », mais pas le Président. Il était masqué, je ne pouvais pas savoir que c’était lui. Sinon vous pensez bien, respectueux comme je suis que je me serais abstenu. Bon, vous direz que je suis « un peu con », un mec qui descend du ciel comme Spiderman, entouré de tout un staff, j’aurais dû me douter qu’il s’agissait d’une « huile ». Une huile oui mais pourquoi précisément le Président ?

    Revenu chez moi j’ai devisé avec mon avocat. Il m’a dit qu’il allait faire un recours pour demander la requalification du « délit », en « insulte à X ».

    Mais une question angoissante m’obsède depuis. Comment ai-je fais, comment ai-je pu ce jour-là arriver si près de l’hélicoptère présidentiel ? Je me souviens qu’il y a quelques mois lors de sa visite à Amboise nous n’avions pas pu, pour l’accueillir gentiment, nous approcher à moins de 4 kilomètres de la ville. Par quels moyens, quelle « magie » ai-je pu là me trouver en plein cœur de « l’évènement » ? Peut-être ai-je tout simplement trop d’imagination L’imagination est en effet un formidable moyen de « transportation » avec lequel parait-il on peut même « remonter le temps ». Et de plus l’imagination n’est-elle pas, pour les tyrans, la plus redouté des armes du peuple ?


    Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr ». Mardi 1er septembre 2020.
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