• MAIS OÙ VA SYLVAIN BARON ?

      MAIS OÙ VA SYLVAIN BARON ?

      Bonjour chers amis lecteurs,

      Voilà, je publie dans ces colonnes le texte que j’ai écrit en réponse à l’ordurière partition de Sylvain Baron diffusée le 22 octobre et intitulé « La convergence des putes ». Ce texte a été enregistré en vidéo et publié sur « youtube ». Ceux qui ne connaissent pas Sylvain Baron, il ne mérite guère de l’être, n’ont aucune raison de se précipiter pour savoir de quoi il retourne, et je ne serai pas le moins du monde vexé si jugeant inutile de visionner sa vidéo ils jugent par suite inutile aussi de lire ou auditionner ma réponse. Cette réponse s’adresse surtout à lui-même, et à ceux qui le connaissant déjà ont été outré par sa vidéo citée ci-dessus. Ceux-là, et bien sûr tous les autres qui le souhaiteraient tout de même, peuvent dès aujourd’hui voir et auditionner, sur « youtube », ma réponse sous forme orale en cliquant sur le lien ci-dessous :

      https://youtu.be/0sRHwUuwzC4

      Mais où va Sylvain Baron ? (Texte intégral de la vidéo)

      On m’a alerté à propos d’une vidéo publiée en direct sur Facebook par Sylvain Baron le 22 octobre et je me suis mis en devoir de la visionner afin de pouvoir lui faire, par la même voie, une réponse appropriée.

      Par ses interventions souvent provocatrices et ses propositions illuminées ce garçon s’est acquise une réputation sulfureuse dans le mouvement « Gilets-Jaunes ». Qu’importe, nous sommes ouverts à l’expression de toutes les opinions et lui avons permis d’exprimer les siennes dans nos réunions, quand il l’a voulu. Je ne partage pas vos idées disait Voltaire mais je me battrai pour que vous puissiez les exprimer. « Dans l’esprit de ce grand esprit » nous avions adopté une conduite similaire avec Sylvain Baron. Nous ne partagions pas ses idées, mais nous voulions bien qu’il les formule. Or, cela nous fait d’autant plus un devoir de les combattre quand elles nous apparaissent fausses et nuisibles pour le mouvement. Quant au demeurant elles prennent un tour insane et dangereux. C’est le cas de celles qu’il affiche dans la vidéo en question sous le titre « La convergence des putes ».

      Les putes en l’occurrence ce sont les syndicats et leurs directions. Sa cible privilégiée parait-être Philippe Martinez secrétaire général de la CGT accusé de « corruption ». Or, la convergence, non « des putes » mais des luttes, est un concept que développe et défend depuis plusieurs mois une partie non négligeable du mouvement Gilet-Jaune. « La convergence des putes » en la circonstance n’est donc pas qu’une attaque ignominieuse contre les syndicats, c’est aussi une attaque infâme contre les Gilets-Jaunes qui défendent la stratégie de convergence des luttes ; ces « idiots utiles » qui selon lui « polluent le mouvement « GJ ». C’est une attaque sordide contre mes amis, contre moi-même qui en suis un artisan et un ardent défenseur. Me voilà donc comme un papillon épinglé par Sylvain Baron sur sa fiche entomologique « des putes ». Mais me voilà aussi fondé à revendiquer un droit de réponse.

      Oh, je ne suis pas le moins du monde blessé par cette charge abjecte « En tout l’excès est un vice » disait Sénèque. Il invalide les raisons de celui qui s’y prête, ajouterai-je en toute modestie. Mais je suis indigné par tant d’impudence nauséabonde, et mobilisé par la nécessité de stopper le « bolide » fou de ce gourou mal embouché.

      Songez un peu ? Fulminant contre les directions syndicales, c’est à Philippe Martinez, le secrétaire Général de la CGT, qu’il s’en prend tout d’abord. Ne trouvez-vous pas suspect qu’il n’ait pas choisi de mettre dans son viseur, en tout premier lieu Laurent Berger secrétaire général de la CFDT, chantre du syndicalisme de collaboration ouverte et inspirateur de la réforme « macronnienne » de la retraite à point ?

      Après tout, Berger ou Martinez qu’importe. En désignant les dirigeants syndicaux comme des ennemis et en les vouant à la vindicte populaire, Sylvain Baron se « trompe » de cible. Certes je n’ai pas moi-même que des satisfécits à adresser aux directions syndicales. Elles sont sans nul doute instrumentalisées par le système. Mais l’instrument n’est pas l’ennemi. L’ennemi n’est pas Le fusil c’est le soldat qui s’en sert, et parfois même celui-ci n’est-il qu’un pauvre bougre, instrument lui-même de ceux qui le manipule. L’ennemi c’est celui qui anime l’instrument et qui s’en sert. L’ennemi c’est le système capitaliste ultra-libéral. L’ennemi ce sont les banques, le patronat et les gouvernements à leur solde, c’est Macron leur serviteur zélé.

      Il y a toujours eu dans l’Histoire des intrigants qui ont tenté de détourner les colères des peuples avec des leurres : l’ennemi extérieur, l’étranger, le Turc, le Juif, ou le pédé. Le leurre derrière lequel Sylvain Baron nous invite à courir c’est « ces putes de syndicalistes ». Serait-ce pour éloigner notre juste colère de nos véritables ennemis, ces « enfoirés de capitalistes ? »

      Des amis m’ont dit : « A-t-il une réelle audience ce Sylvain Baron, n’est-ce pas lui faire de la pub que de lui répondre ? ». A quoi j’ai objecté : « Je ne suis pas sûr en effet que son audience justifie la moindre réponse, mais je crois que lui-même compte moins sur celle-ci que sur son pouvoir de nuisance ».

      En insultant « La convergence des luttes » et Philippe Martinez on a le sentiment en effet que Sylvain Baron, désespéré de son isolement et de l’inanité de son action a décidé à défaut d’efficacité de faire usage de son pouvoir de nuisance, le seul dont il dispose peut-être ? En se présentant comme un gilet-jaune et en hurlant ses insanités n'a-t-il pas l’intention de renouveler et de consolider les prévenances que Philippe Martinez et une partie du « staff » C.G.T. avaient affichées à son début à l’endroit du mouvement Gilet-jaune ? N-a-t-il pas pour dessein d’entraver les processus de convergence à l’œuvre, d’empêcher que se réalise la mobilisation populaire souhaitable, capable de mettre Macron et l’ultra libéralisme en échec ?

      Je n’irai pas jusqu’à dire qu’en la circonstance Sylvain Baron agit comme un supplétif de Macron. Mais il ne fait aucun doute que si j’étais « le dictateur » je demanderai à mon âme damnée Benalla d’enrôler au plus vite ce « triste drille ».

      Sur la foi de la « vidéo » dont il est question ici, il ne fait aucun doute que Sylvain Baron s’identifie lui-même à « un révolutionnaire », suffisamment « Grand » et « Génial » croit-il, pour pouvoir faire « notre Révolution », ainsi qu’il la dénomme, avec 5000 compagnons d’aventure seulement.

      Où Sylvain Baron est-il allé chercher son inspiration, chez le Cid, Chez Gracchus Babeuf, Auguste Blanqui ou la théorie du « foco » qui présida à l’aventure Guévariste, à moins que ce ne soit, il n’est pas à une confusion près, dans l’Histoire gaulliste du putsch d’Alger, celle des fondateurs de la 5ème République ? A l’aune de son propos il ne fait aucun doute que Sylvain Baron est convaincu de son destin messianique. Pour ma part je doute pourtant qu’il ne puisse jamais refonder la moindre « conjuration des égaux » pressentant qu’il est pleinement satisfait quand il est parvenu déjà à stimuler l’éjaculation de son égo. C’est en effet probablement le conflit intérieur de cet organe surdimensionné avec un contenant insuffisant qui explique les emballements oratoires, la surchauffe mentale et les délires hallucinatoires de ce garçon.

      La Révolution est l’œuvre de l’intelligence collective du peuple mobilisé et créateur. Sylvain Baron ne parait pas croire au peuple et à ses capacités d’action historique propres. Ce, à quoi il parait croire c’est l’intrigue, le complot, la conjuration, la conspiration.

      Ne s’est-il pas signalé dans les premiers mois du mouvement Gilets-Jaune par son action pour en appeler à l’armée. Le peuple à son sens n’était pas capable de se mobiliser pour bousculer lui-même le pouvoir et devait s’en remettre au Général Devilliers ou autres casquettes étoilées. Il a « conduit » un groupe de « Gilets-Jaunes », heureusement fort réduit à la porte de certaines casernes où ils furent poliment « éconduits ». Les militaires, l’armée qui prend le pouvoir, songez un peu, le remettra-t-elle jamais au peuple ? Des généraux, et même des colonels, qui prennent le pouvoir certes cela est arrivé mainte fois dans l’Histoire, quand il ne s’agit pas carrément d’une « contre révolution » cela s’appelle « Un coup d’État militaire », un « Putsch », un « Pronunciamiento », bref, tout, mais pas une Révolution du peuple.

      Un autre postulat bizarre parait structurer la pensée politique de Sylvain Baron, c’est celui de la destitution « possible » du président de la République. Il n’est pas semble-t-il le seul, « brillant constitutionnaliste », à prétendre, ayant fouillé les textes y avoir trouvé le moyen légal de démettre Emmanuel Macron de ses fonctions au prétexte de je ne sais qu’elle « haute trahison », (Arnault Montebourg lui-même n’avait-il pas caractérisé de la sorte la vente d’Alsthom par le Ministre des finances d’alors.). Or, et c’est en pareille affaire encore l’essentiel, pour atteindre le but proclamé nous devrions nous en remettre à je ne sais qu’elle haute autorité civile ou militaire. Ce stratagème une fois encore a pour caractéristique de substituer à la mobilisation et l’action du peuple l’intercession d’acteurs institutionnels.

      Ce que parait ne pas comprendre Sylvain Baron c’est que le système « est un système » et que ses divers rouages ne sont que les organes du même tout. Certes, il pourrait arriver que ces organes se désolidarisent les uns des autres comme les membres d’un pantin désarticulé par un choc, mais ce ne pourrait être que sous l’impact et le feu d’une vaste mobilisation révolutionnaire du peuple tout entier. Démettre Macron par l’action des organes même qui garantissent son pouvoir est une illusion qui illustre le caractère fictionnel et infantile de la pensée politique de cet adolescent attardé.

      Ce drôle de « révolutionnaire » a échafaudé un troisième « stratagème malin » pour contraindre le « système » à se mordre la queue. Il appelle « ses partisans », dont j’ignore le nombre, à manifester devant les « grand médias » propriétés des milliardaires et valets du système politique en place, pour exiger un traitement plus équilibré de l’information. Car il est vrai, si ceux-ci couvraient le discours de Sylvain Baron, cela est certain pour lui, sa « parole de feu » produirait un effet sensationnel. « Venus à cinq cent devant la maison de la Radio, ils seraient sans nul doute Cinq mille en arrivant au port, (rue Saint-Honoré) ». Et Cinq-mille soudards « purs et déterminés », c’est, selon ses propres déclarations, exactement le chiffre des partisans qu’il faut à ce « brillant » capitaine pour faire sa révolution qu’il appelle (ce dont nous le dispensons) « la nôtre ».

      Tous ces échafaudages mentaux ne sont que balivernes et une fois encore la preuve que ce bravache ne fait jamais confiance au peuple lui-même, à l’action du peuple. Il lui cherche inlassablement des alternatives, des substituts des palliatifs, des « expédients ». En peu de mots Sylvain Baron « est un révolutionnaire qui ne croit pas à la « Révolution ».

      Le pouvoir de la parole, « La parole de feu » de Sylvain Baron, mais qu’en est-il en vérité ? Dans la vidéo incriminée il déverse un flot d'injures plus crapuleuses les unes que les autres (« sous-merde », « fils de putes », « Grève Générale à la con », « enculé », etc.) à l’endroit des directions syndicales et des « Gilets-Jaunes » qui militent pour la convergence des luttes. Toutes les locutions et vocables scabreux de notre idiome national tirés de l’ordure langagière ne semblent pas suffire à étancher sa soif d’insulter et de blesser autrui.

      Sylvain Baron a-t-il voulu administrer de la sorte la preuve de sa « radicalité » ? Derrière cet affichage d’une vulgarité sans modération j’ai la conviction pour ma part qu’il a surtout voulu masquer la grande vacuité (vide) de sa pensée et de son discours politique.

      Que Sylvain Baron se réclame donc tant qu’il veut « des gilets-jaunes », il n’y a pas de carte d’adhérent à ce mouvement et quiconque peut s’en revendiquer. Mais que les gilets-jaunes, les autres, tous les autres soient avertis, Sylvain Baron ne sert pas les intérêts du mouvement, il leur nuit au contraire.

      S’il insulte « la Grève Générale à la con », c’est parce qu’il craint que l’éventuel succès de l’action nationale du 5 décembre ne rende son discours ubuesque définitivement inaudible. S’il insulte la convergence des luttes, c’est parce qu’elle est la voie obligée de l’insurrection révolutionnaire de tout le peuple, à quoi avons-nous dit jusque-là il ne croit pas. Non, en vérité Sylvain Baron n’est pas même un révolutionnaire qui ne croit pas à la révolution ainsi que nous l’avons définie précédemment par une précaution de style. Disons-le tout net en conclusion, Sylvain Baron n’est pas un révolutionnaire du tout. Ce n’est même pas tant qu’il ne croit pas à la Révolution du peuple, c’est qu’il ne la souhaite pas, qu’il y est opposé, il est contre. Tout juste peut-il être classé dans la catégorie historique des aventuriers si ce n’est dans celle des provocateurs.

      Ne lui en déplaise, le 5 décembre s’annonce comme une grande journée de mobilisation populaire et de convergence des luttes. L’Assemblée des Assemblée (A.D.A.) des Gilets-Jaunes, réunie à Montpellier les 1,2, et 3 novembre 2019 a appelé à travailler à son succès et à se joindre à cette action. Nous en serons. Et nous espérons qu’elle ne sera qu’une étape dans une mobilisation plus vaste plus déterminée encore pour déposer Macron et en finir avec l’ultra libéralisme.

      Patrick Seignon. Mardi 29 octobre 2019.