• OU VA « LES GILETS-JAUNES » ?

      OU VA « LES GILETS-JAUNES » ?

      Le 17 novembre 2018, ou après, vous vous êtes engagés dans le mouvement des Gilets-Jaunes. Il y eut ceux de la première ou de la deuxième heure s’était très bien. Puis il y eut ceux d’après et il y en aura d’autres encore demain et plus tard, et c’est très bien aussi, car il faut que le mouvement grandisse et se renforce. Vous êtes, nous sommes tous les biens venus. Nous vous attendons encore par milliers.

      Il y eut le premier temps. Celui de l’Agora des ronds-points. Un peuple de « taiseux » se congratulait et s’éveillait enfin. Protestant unanimement contre la hausse des carburants et les taxes abusives il découvrait qu’il avait tant à dire sur mille autres sujets. Mille revendications fusaient de centaines de milliers de bouches, et l’aspiration à un autre modèle social, plus égalitaire et solidaire se dessinait en pointillés.

      Il y eut le deuxième temps. Celui de la réponse brutale du gouvernement et de la dispersion des ronds-points : la mise en œuvre d’une stratégie répressive et liberticide. Il eut fallu dès ce temps que le mouvement tire toutes les conséquences de la nouvelle donne ainsi créé et se refonde immédiatement en « Assemblées populaires ». Mais ce mouvement, marqué au fer rouge de la défiance à l’égard du monde politique, qui craignait avant toute chose la récupération, se méfiait comme de la peste « des petits chefs » et de toute idée de structuration ressentie comme le premier doigt dans l’engrenage infernal, ne pouvait réaliser alors pareille mutation.

      Ce fut d’abord le mouvement d’un peuple de résignés dont la colère rentrée s’affichait enfin. La grande majorité des gens qui se trouvèrent sur les ronds-points manifestaient et protestaient publiquement pour la première fois de leur vie. Ils se virent des millions, et pensant alors, selon le discours officiel, que la France était un « pays démocratique », le gouvernement ne pouvait pas refuser d’entendre leurs doléances. Aussi crurent-ils qu’il apporterait au moins quelques réponses positives. Ils ont appris à leurs dépens que « la démocratie » n’était en vérité que voiles et maquillages pour cacher sous un jour avenant la dictature des plus riches dont Macron est un représentant aboutit.

      Mais dès lors que le gouvernement ne cédait pas, ils furent désorientés, ne sachant plus ni que faire ni vraiment dans quel but. Certains se sont « accrochés » à leurs ronds-points comme les moules à leurs bouchots, d’autres à leurs manifestations, comme des fins en soi. Pourquoi faire ? Pour être vus ? De moins en moins nombreux ? Pour faire bouger, avec toujours moins de forces un gouvernement qui avait résisté à la puissance du premier assaut ? Cette « stratégie par défaut » n’était en vérité que la fuite en avant, vers le mur, de ceux qui n’avaient pas voulu, ou plutôt pas su ni pu, se poser à temps la question des perspectives et d’une autre stratégie pour le mouvement. Au fil des « actes » et des mois, le mouvement s’est usé, érodé, amenuisé. Mais le paradoxe, et c’est là que réside la promesse d’avenir, le mouvement des Gilets-Jaunes perdure et les sympathies dont le peuple l’environne ne font que croître et s’enraciner. Cela démontre que ce dont souffre le mouvement à l’étape actuelle ce n’est non pas tant de la fatigue de la peur ou de la lassitude, mais de l’absence de perspective. Or la clé indispensable pour l’élaboration de perspectives c’est l’accès à un minimum de structuration. Structuration et perspective sont en l’état des choses un couple indissociable, tel est le fond du problème.

      Parce que le gouvernement n’a pas cédé jusque-là, les raisons de la colère ont elles disparues, et les motifs de poursuivre le combat sont-ils moins grands ? Bien sûr que non. Tout au contraire. Et vous le savez bien. Le prix des carburants à la pompe sont aujourd’hui plus élevés qu’à l’origine du mouvement. Les tarifs de l’électricité qui ont augmenté de 50 % en 10 ans (c’est l’INSEE qui le dit) doivent augmenter encore de 5,9 % au 1er juillet. La privatisation d’E.D.F.et l’ouverture à la concurrence ne devait-elle pas les faire baisser ? « Notre gouvernement a inventé la concurrence qui fait monter les prix ». La loi Blanquer (dite « projet de loi pour une école de la confiance ») poursuit et accélère l’œuvre de privatisation rampante de l’école publique entreprise depuis plusieurs décennies. Avec la liquidation du statut des cheminots et la réforme de la SNCF c’est le processus de privatisation du transport ferroviaire et le démantèlement du service public ferroviaire qui vient d’être mis en œuvre. On assiste, avec la vente des aéroports de Paris à la liquidation des biens nationaux stratégiques Cependant que se poursuit la liquidation du potentiel et des emplois industriels (Général Electric – Belfort). Sous couverture de « Bio » et d’agriculture raisonnée, c’est une vaste offensive financière et industrielle qui se met en place, sous l’impulsion de la grande distribution, pour venir à bout des derniers « Mohicans » de l’agriculture traditionnelle. La course effrénée aux profits et à la rentabilité qui implique la réduction des revenus salariaux (salaires et salaires différés compris cotisations sociales et charges patronales) induisent la récession dès lors rendu inévitable des services publics et prestations servies impactant tous les services et tous les métiers. La destruction du code du travail et de toutes les lois de protection sociales, la déréglementation des métiers, l’Ubérisation généralisé ont pour finalité de transformer le monde du travail en un vaste « marais informe » où tout le monde est en concurrence avec tout le monde. Précarité généralisée, insécurité sociale permanente, salaires écrasés.

      Telle est la toile de fond qui motive tous les mécontentements multiples auxquels nous assistons : Grogne des Taxis et des autos écoles, grèves des Urgentistes des hôpitaux, Réforme de la fonction publique avec à la clé la suppression de dizaines de milliers d’emplois et surtout la transformation de dizaines de milliers d’autres emplois protégés en emplois précaires. Réforme des retraites, qui implique la liquidation de notre modèle français de retraite par répartition dont nous étions si fiers, la liquidation des « régimes particuliers » c’est-à-dire des acquis sociaux des salariés, avec à la clé vous l’avez compris une chute du montant des pensions servies (certains spécialistes estime qu’elle pourrait atteindre « moins 25 % »), c’est-à-dire d’une paupérisation accrue des retraités dans un temps où la misère s’accroit déjà dans cette catégorie sociale.

      C’est un véritable cataclysme social qu’entend produire la politique ultra libérale folle de Macron sous la dictée du capital de taille internationale et du monde de la finance. Alors oui, jamais raisons de se mobiliser pour venir à bout de ce gouvernement n’ont été si grandes, et elles le seront encore plus demain. C’est pourquoi Gilets-Jaunes, vous ne devez pas céder au « spleen » à la lassitude ou au découragement. Votre combat est plus justifié que jamais. La colère légitime doit soutenir votre moral. Les matériaux inflammables s’accumulent dans les soubassements de la société. Il faut entretenir et attiser la braise qui mettra le feu à la poudrière sociale. C’est une des missions dont l’Histoire vous a investi.

      Le troisième temps est venu enfin. C’est celui de la mutation du mouvement des Gilets-Jaunes en Assemblées Populaires, c’est l’Appel à la convergence des luttes pour venir à bout, « TOUS ENSEMBLE » de « l’Ultra-libéralisme fou » et fonder un nouveau modèle social, plus égalitaire et solidaire. Pour l’immédiat le défi à relever est de franchir le cap difficile de la période estivale et rebondir en septembre. Le mouvement des Gilets-Jaunes doit être l’étendard de la lutte et un appel vivant et puissant à la convergence de toutes les luttes.

      Car, quel est le dénominateur commun de toutes les luttes et de toutes les colères sociales ? Quel est le point de convergence, l’horizon unificateur des urgentistes, des enseignants, des agriculteurs, des chômeurs, des auto-écoles, des taxis, des retraités, etc. N’est-ce pas l’arrogante volonté de « l’ultra libéralisme mondialiste » qui est la politique des plus riches, de déréglementer les métiers, de réduire la part des revenus de la population laborieuse, de réduire le peuple laborieux à l’état d’assisté, et cela dans le but unique d’augmenter la part des revenus du capital, de gonfler les dividendes des actionnaires et les « salaires » et parachutes dorés des grands patrons. ?N’est-ce pas au nom de cet « idéal dément » qu’ils s’acharnent à réduire ou détruire les salaires et les revenus, les prestations sociales, les services publics des transports, de la santé de l’éducation, à déréglementer les métiers pour transformer la population laborieuse en un vaste marais de travailleurs précarisés ou d’assistés, précipitant les peuples dans les souffrances et la misère et vouant la planète à la destruction.

      Notre idéal à nous les peuples est tout autre. C’est celui de la satisfaction des vrais besoins des populations et de la préservation de la terre qui est l’Arche commune de l’Humanité. C’est là la véritable URGENCE, Il faut cesser de nous battre chacun dans notre prés-carré et de se faire battre en détail chacun à notre tour. Il faut unifier toutes nos luttes et tous nos efforts en un élan commun pour changer de République et de modèle social. Le Président de la République est la clé de voûte des institutions de la cinquième République. Il en est donc aussi le point d’équilibre qu’il faut atteindre. C’est pourquoi il doit-être pour l’heure la cible privilégié de notre élan populaire.

      Patrick Seignon. "lavoiedessansvoix.fr". 14 juin 2019, (Publié le16 septembre 2019).