• AUX MARTYRES QUE L’ON DÉTERRE

      AUX MARTYRES QUE L’ON DÉTERRE

      Pauvre peuple, pauvres martyres, pauvres frères, pauvres aïeux, ne pourrez-vous donc jamais dormir en paix dans la grande chambre mortuaire de l’Histoire ?

      Vous fûtes, chair à canon, traités comme des bêtes dans la boue des tranchées, déshumanisés, envoyés à la mort ou exécutés parfois par vos propres officiers, lorsque vous aviez peur, lorsque vous refusiez de vous battre, lorsque vous fraternisiez avec « l’ennemi désigné » vos frères ouvriers et paysans d’Allemagne tant mal traités que vous,…

      Or, voilà que les héritiers de vos tortionnaires prétendent à présent faire de vous des « immortels ».

      Immortels !..Vous qui êtes morts depuis longtemps, vous enterrés parfois encore dans la boue fétide des tranchées, au fond d’un ancien cratère d’obus, ou dispersés en charpie par les explosions, vous blessés, mutilés, morts déjà quand bien même vous viviez encore, vous les fantômes dont les noms hantent les milliers de monuments aux morts de nos villes et villages ?

      Ils vous ont trompé avec le prétendu amour de la Patrie. Bafoués au nom de la liberté quand il ne s’agissait en vérité que de gros sous, de profits, de dominations, de rapines. Ils vous ont désigné en ce temps un ennemi dont ils ont fait à présent leur ami, toujours pour les mêmes considérations de « profits ». Ils vous ont instrumentalisé, insulté, humilié, frappé et même assassiné au nom de la marâtre, mais lorsque la révolution pointa son nez en Allemagne, la République de Weimar débarqua en toute hâte l’empereur Guillaume et signa la capitulation du Reich, pour sauver « l’essentiel », la domination du capital. Alors, de notre côté du Rhin vos « suceurs de sang » hurlèrent de joie à la « victoire ». Eux qui vous avaient envoyé par vagues successives, crever par centaines de mille, sur la Somme au chemin des dames, à Verdun, dans leur guerre statique de tranchées, se découvrirent tout à coup des qualités de grands stratèges, de génies militaires. Commanditaires et exécutants de la grande boucherie ils devenaient « Tigre » ou « Père la victoire ».

      « La grande guerre » ! C’est ainsi qu’ils la prénommèrent. C’est ainsi que la désignent encore tendrement et avec un brin de nostalgie leurs héritiers et successeurs les maitres de l’économie et de l’État actuels. Ils vous ont instrumentalisé dans une entreprise atroce qui n’était pas la vôtre, et ils veulent vous instrumentaliser encore à présent, pour abuser les générations nouvelles, en vous déterrant, en vous décrétant « immortels » (on a assassiné personne, ils vivent encore) vous les morts assassinés par eux, ou pour eux, ou par leurs pères et semblables.

      La falsification de l’Histoire, sa réécriture sous la forme « d’une fiction nationale romancée » : c’est ce qu’ils appellent « le devoir de mémoire ».

      Ils vous ont précipités, dans la grande machine à broyer de leur « guerre préférée ». Vous fûtes victimes sacrifiées en holocauste sur l’autel de l’industrie et de la Banque. Or, ils pensent à présent pouvoir s’absoudre de leur crime, ou mieux le dissimuler en l’exposant à la lumière de la célébrité. Ils se proposent de vous ressusciter au Panthéon, métempsychose débile, en « héros de la nation », vous les centaines de milliers de victimes innocentes de la Patrie infanticide.

      C’est une manipulation injurieuse faite à vos mémoires. L’homme qui prétend vous honorer ainsi a d’ailleurs commis une faute rédhibitoire en voulant honorer avec vous les généraux de la grande boucherie. « Tous Héros, tous frères », le bétail envoyé à l’abattoir et les chefs qui les y envoyèrent, ceux qui fraternisaient avec leurs frères ennemis et ceux qui, à cette raison, les exécutaient froidement. Cet homme démontre de la sorte son manque de discernement et le peu de considération qu’il a en vérité pour votre Histoire et pour votre martyre.

      Je sais, mânes éternels que vous ne les laisserez pas en paix. A peine y serez-vous entré que les murs du Panthéon bruiront déjà de vos gémissements pétitoires, pour défendre contre les falsificateurs la vérité de l’Histoire.

      Il est là « Poilus » le vrai repos, elle est là votre immortalité s’il en est, dans le cœur et les larmes secrètes de vos générations, dans la haine entretenue de vos assassins et dans la vengeance des peuples qui est la certitude de demain.


      Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr » ; vendredi 9 novembre 2018.
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