• QUE DIRE DE L’INTERVENTION TURQUE EN SYRIE

      QUE DIRE DE L’INTERVENTION TURQUE EN SYRIE

      Voilà donc que la Turquie a lancé une importante opération militaire en territoire syrien. Cela fait bien longtemps qu'elle rêvait d’une telle incursion. En 2016 déjà l’hypothèse d’une intervention associée « arabo-turque » avait été envisagée. Il se serait agi en ce cas d’une immixtion de la Turquie dans le conflit syrien aux côtés de ses alliés d’alors saoudiens et américains. Or l’intervention actuelle est tout autre. Visant les milices kurdes alliées des américains elle témoigne du renversement de facto des alliances qui se sont produites dans cet intervalle de temps. Ce renversement d’alliance ressort d’une évolution radicale de la perception Turque du conflit régional consécutive aux errements de la politique américaine.

      Nous avons affirmé de tous temps, et les faits nous ont donné raison, que, ni l’intervention russe, ni la consolidation du régime légal syrien, ni la défaite de Daesh, ne changeaient rien au fond à la politique syrienne de l’administration américaine (et de son indéfectible allié français) qui poursuit toujours les mêmes buts seulement par d’autres voies et moyens. Le cartel occidental était certes bien obligé d’intégrer à ses plans « la nouvelle donne » induite par l’intervention russe, mais … « « Intégrer (la nouvelle donne) ne veut pas dire renoncer à leurs desseins, » écrivions-nous le 23 avril 2016 « « Le jugement de Salomon » (Syrie). Cela signifie seulement « adapter à la nouvelle situation les moyens de parvenir aux mêmes buts.

      Or, « Le but politique général poursuivit, par-delà le fait de se débarrasser des régimes honnis (laïque BAAS iraquien, Jamahiriya libyenne, laïque BAAS syrien, Islamique Chiite Iranien) est la « balkanisation » du Moyen-Orient arabe. Redessiner 3, 4, ou davantage d’Etats ethniques ou religieux, (Kurde, Chiite, Alaouites, chrétiens, sunnites, etc.) dans chacune des nations héritée du partage, en 1916, entre brigands impérialistes, de la dépouille de l’Empire Ottoman. »
      Nous précisions « Poursuivre le même combat par d’autres voies et moyens » Ne peut-il s’agir aussi « de la proclamation d’un état Kurde qui ferait exploser la Syrie et l’Irak, et impacterait la Turquie et l’Iran. Celle-ci serait de nature à bouleverser la disposition des forces voire à renverser un certain nombre d’alliances ou d’inimités régionales. » « On le voit, une intense activité diplomatique se déploie autour de la question Kurde qui pourrait bien être le « Joker » avec lequel les USA tenteraient de transformer en victoire la débâcle de leur politique moyen-orientale. » (Le joker Kurde d’Obama 23 mars 2016)

      C’est donc bien ce qui s’est produit. Et l’intervention Turque d’à présent n’est que la réplique induite et inévitable à cette politique.

      Condamner l’intervention Turque ? Mais ne serait-ce pas admettre que par une voie où une autre l’impérialisme américain est justifié à atteindre ses objectifs et que le monde n’a d’autre option que de s’y soumettre. Est-il écrit quelque part que de façon ou d’autre les USA doivent toujours avoir raison ? Comment pourrait-on de manière cohérente s’inscrire en faux contre l’interventionnisme US qui vise à balkaniser le Moyen-Orient, et sous prétexte de solidarité avec la revendication nationale Kurde, admettre que la défense de celle-ci produise les mêmes effets au profit des mêmes acteurs ?

      Nous ne sommes pas indifférents aux revendications nationales Kurdes. Nous avions même un faible pour celles portées par le PKK (Parti communiste du Kurdistan) en cela précisément qu’elles étaient anticapitalistes et anti impérialistes. Mais comment ne pas voir qu’en s’enrôlant dans l’alliance occidentale les nationalistes Kurdes se font l’instrument de la politique impérialiste des USA ? Le PKK a-t-il véritablement suivit cette trajectoire ? Si c’est le cas c’est une faute rédhibitoire et impardonnable qu’il payera sans nul doute au prix du sang comme d’autres partis communistes ( Chinois ou Indonésiens ) avant lui payèrent leurs alliances contre nature.

      Erdogan attaque les Kurdes ? Certes, il entend détruire la nouvelle armée mercenaire recrutée par les USA pour poursuivre par d’autres voies les buts qu’ils n’ont pas réussi à atteindre en enrôlant précédemment les milices radicales islamistes.
      Or, il y a des gens chez nous, assez naïfs pour les uns, assez barbares pour les autres, qui s’émeuvent sincèrement ou pleurent des larmes de crocodiles sur ces « pauvres Kurdes qui ont mené pour nous (occidentaux) et au premier rang la guerre contre Daesh et qu’on laisse seuls aux prises avec l’armée turque. Des imbéciles ou des irresponsables qui voudraient que l’on vole au secours de ceux-ci fusse au prix d’un conflit ouvert des USA avec la Turquie. Des qui militent en vrai, les salauds, pour une extension de l’horrible guerre régionale qui à leur sens, n’a semble-t-il pas encore assez faits de victimes et de dégâts.

      Un conflit ouvert entre Turcs et Américains, entre « OTAN et OTAN » ? A priori les USA doivent se garder d’une telle dérive. Non parce qu’elle ferait rentrer la Turquie de plain-pied dans la guerre régionale, mais parce qu’elle est lourde de conséquences désastreuses pour eux-mêmes et pour l’OTAN. Imaginez, les USA forcés de déménager la base d’Incirlik qui est essentielle à leur présence militaire sur le théâtre d’opération moyen-oriental. L’OTAN qui en perdant la Turquie perdrait du même coup le contrôle des détroits (Dardanelles et Bosphore) qui ouvrent la mer noire vers la Méditerranée, ruinant en cela tous les efforts entrepris dans sa politique ukrainienne, pour le contrôle de celle-ci. Mais la politique moyen-orientale des USA est à la dérive. Elle a subi en Syrie avec ses alliées les milices islamistes radicales, plus qu’une défaite, une véritable débâcle. La carte Kurde tirée par Obama et que Trump veut jouer à présent, est celle de la panique et de la fuite en avant. La politique arabe des USA nage à présent dans des eaux plus troubles que jamais, aux limites du rationnel. Où peut conduire pareille dérive ? Nul ne peut le prédire, et si l’intérêt bien compris des USA est de faire le dos rond face à Erdogan, nul ne peut affirmer qu’ils s’en tiendront à cela.

      La Turquie a pris l’initiative d’une intervention anti Kurde. La tache lui en incombait naturellement. Et quoique en disent les uns et les autres elle fait l’affaire de toute l’alliance régionale (Russie, Iran, Syrie, Irak) Aucun de ces pays ne pouvait prendre une telle initiative, sans s’exposer aux foudres des USA et leur fournir prétexte à une intervention massive directe soutenue par Israël militant de la cause nationaliste kurde. Or tous ont un intérêt bien senti à rappeler les kurdes aux réalités. L’Iran, l’Irak et la Syrie, parce que comme la Turquie ils seraient directement impactés par la montée en puissance de la sécession kurde, La Russie parce que l’éclatement des Etats actuel consacrerait la victoire à l »arrachée des USA et la défaite de son principe de défense des frontières existantes.

      La Syrie entend à juste titre recouvrer totalement son intégrité territoriale. Il lui était difficile, à plusieurs titres d’entreprendre la réduction des zones kurdes sous protection américaine. C’eut été fournir à l’oncle Sam l’occasion de la frapper cruellement. C’est donc le nouvel allié régional turc qui profitant de ses spécificités, partage des compétences, s’est chargée de cette tâche délicate et infiniment dangereuse. La Turquie n’a pas dans cette affaire de prétentions territoriales. Ecarter le danger d’une sécession kurde telle est sa préoccupation et en cela elle est l’alliée indéfectible de l’Irak, de l’Iran, et de la Syrie. C’est pourquoi elle restituera à l’État syrien les territoires repris aux kurdo-américains. Tel est son intérêt bien compris.


      Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr ». Dimanche 28 janvier 2018.
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